Budget de l'Elysée : un mieux à confirmer dans les faits
(Easybourse.com) Alors qu'un climat d'affaires délétères empoisonne la vie du Gouvernement depuis plusieurs semaines, la Cour des comptes a dévoilé les conclusions de son dernier rapport sur la gestion budgétaire de l'Elysée. Exemplarité et transparence sont les maître-mots du président, mais si les magistrats de la Cour s'estiment globalement satisfaits, le chemin de la vertu reste encore long…
Au terme de ses contrôles, la Cour a par ailleurs souligné «les efforts développés […] pour rendre la gestion des services de la Présidence plus rigoureuse et plus soucieuse du bon emploi des deniers publics ainsi que de la réduction des coûts».
Reste que, dans le détail, si les frais pour les sondages ont effectivement chuté, le rapport de la Cour des comptes laisse à penser que d'autres pratiques onéreuses auraient pu être évitées…
Voyages présidentiels : voyager "léger"
A la lecture du rapport de la Cour, il ressort en effet que les excès sont encore le fruit des besoins irrépressibles de Nicolas Sarkozy en communication. A en croire les magistrats, «la médiatisation des déplacements du président engendre des coûts de plus en plus élevés», ces derniers étant passés de 465 000 euros en 2008 à 1 060 000 euros en 2009.
Ainsi, relèvent les magistrats, les dépenses engagées pour les déplacements en France ont augmenté de 98% tandis que pour les déplacements à l'étranger, cette hausse a atteint 200%. En guise d'illustration, la Cour des comptes a décortiqué les frais résultant du déplacement du président à Artemare dans l'Ain où il a été décidé le réaménagement d'un gymnase recevant pour l'occasion 1000 personnes. Le montant de la facture a alors culminé à 17 000 euros pour un fond de scène, la moquette de l'estrade, la création d'un escalier d'accès, l'habillage des caches de ventilateurs et de la régie, l'éclairage et la sonorisation de la salle… Au total souligne le rapport, près de 141 000 euros ont été versés en 2009 pour «la fabrication, à chaque déplacement, d'un fond de scène ou d'un dais sous lequel» le président s'exprime.
Concernant les déplacements eux-mêmes, la note reste des plus salées, la Cour des comptes observant que ceux-ci ont représenté l'an dernier une charge de 19,7 millions d'euros en hausse de 40% par rapport à 2008, soit 18% du budget de l'Elysée. Une antienne reprise dans le rapport de 2009 qui précisait déjà que les effectifs des délégations restent «un des facteurs déterminants du coût de ces voyages». Pour exemple, le voyage à Culloz et Artemare, de deux heures et demie, comptait pas moins de 68 personnes. Pour finir su ce chapitre, la Cour rappelle que des économies pourraient également être réalisées sur les plateaux repas servis lors des déplacements en avion, et qui ressortent à un coût moyen allant de 120 à 160 euros.
Frais de bouche : peut mieux faire
Dernier élément des plus symboliques, les coûts du service de restauration du palais présidentiel. Selon la Cour, «les deux branches du service, restauration administrative et table du Palais, représentent une lourde charge pour le budget de l'Elysée qu'il conviendrait de réduire». Dans le détail en effet, les frais de bouche dans la restauration administrative ont atteint un coût moyen par repas -hors charge de personnel- en progression de 27,60% de 2007 à 2009. Côté charges des personnels, elles avoisinent allègrement plus d'1 600 000 euros pour 32 agents dont 11 cuisiniers et deux pâtissiers.
Quant à la restauration au Palais de l'Elysée, elle a coûté l'an dernier 6 694 728 euros, de quoi pousser les magistrats de la rue Cambon à «s'interroger sur l'importance des effectifs mobilisés et sur le poids de la charge représentée par la restauration à l'Elysée», l'ensemble représentant 7,40% du total des crédits dont profite la Présidence de la République.
Au total donc, si Nicolas Sarkozy peut s'enorgueillir de ce retour à davantage de transparence dans la gestion du budget élyséen, il lui faudra encore prouver par les actes que sa «République irréprochable» n'est pas qu'une vaine image sensée flatter l'opinion publique, en donnant le ton par son propre exemple. Rendez-vous donc pour le prochain contrôle de la Cour…
Nicolas Sandanassamy
Publié le 19 Juillet 2010





