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France : les dopants identifiés pour avoir plus de champions nationaux (2/2)

France : les dopants identifiés pour avoir plus de champions nationaux (2/2)

(Easybourse.com) Aider les entreprises à s'internationaliser et améliorer l'image des chefs d'entreprises auprès de l'opinion publique sont d'autres éléments indispensables pour renforcer le tissu entrepreneurial de l'Hexagone.

«Il est difficile de se développer en France. Un problème de taille se pose. En outre, il y a une difficulté à favoriser les entreprises françaises sur notre propre territoire. Le processus de l’internationalisation doit alors commencer plus tôt que dans d’autres pays européens comme l’Allemagne. C'st ce qui explique que nous nous soyons résolument implantés aux Etats-Unis » certifie Bertin Nahum.
«Rester en France c’était la certitude de mourir. Nous avons commencé à Lyon, mais avons rapidement dû aller en Europe, à Singapour, et en Argentine » renchérit Alexandre Saubot.

« Ceci étant, plus on va loin, plus on prend des risques. On doit être capable de les assumer : soit on a assez d'argent pour le faire soit on a assez de partenaires prêts à nous accompagner. En France, les entreprises ont rarement les moyens de prendre ces risques » continue le président d’Haulotte.

Une bonne manière d’y arriver réside dans le regroupement d’entreprises.

«Nous ne sommes plus dans la France de Louis XIV, Napoléon ou Général de Gaulle. La France est 5ème puissance économique mondiale, et sera 9ème d’ici 15 ans. Il faut voir au-delà de nos frontières : les entreprises en France sont trop centrées sur elles mêmes. Je crois beaucoup au regroupement d’entreprises. Dans un contexte morose, c’est un bon moyen de gagner des parts de marché et d’augmenter la rentabilité par des synergies» énonce Benoit Sellam, président du Fonds de Consolidation et de Développement des Entreprises.
«Dans cette première guerre mondiale économique que nous vivons nous avons le devoir d’être solidaire et de nous battre ensemble » corrobore Nicolas Doucerain.

Ce regroupement est toutefois très difficile à mettre en pratique. «Au-delà des problèmes actionnariaux- certaines sociétés préférant mourir que de s’associer avec des concurrents- une question managériale est également posée. Gérer un business de 50 millions d’euros n’est pas la même chose que de gérer un business de 150-200 millions d’euros » reconnait Nicolas Doucerain.

Clara Gaymard refuse pour autant le fatalisme et veut se montrer optimiste. «Nous avons réussi à associer le savoir faire des PME à ce que nous nous faisons au sein de GE. Nous avons, par exemple, travaillé avec une entreprise qui fait des chariots pour la logistique. Nous avons introduit la technologie de laser utilisée par cette PME dans notre expertise médicale pour faire de la chirurgie. L’investissement a été de 35 millions d’euros, dont 6 millions d’euros apportés par la PME».

Ce type d’association doit se multiplier indique Clara Gaymard. «Les PME ont toute leur place dans les technologies émergentes : eolien, solaire, biomasse, voitures électriques, internet des objets (les consultations médicales à distance). Le développement de produits à partir de ces nouvelles technologies suppose parfois un changement drastique au niveau du business model, donc une agilité caractéristique des PME-ETI ».

Le développement à l’international est alors une bonne manière de contourner le problème de ressources humaines auquel de très nombreuses entreprises de taille intermédiaires sont confrontées. « 77% des entreprises interrogées dans notre étude considèrent que recruter est un problème. Les meilleurs éléments ont tendance à aller travailler pour l’Etat ou les grandes entreprises du pays ».

Si en Allemagne, il est prestigieux pour un bon élément de travailler pour une entreprise du Mittelstadt, tel n’est pas le cas en France s’agissant des ETI nationales. Il y a un lien identitaire très fort outre-Rhin. Une entreprise allemande aura tendance à revendiquer son appartenance au Mittelstadt quand une entreprise française voudra le nier.

Améliorer l’image des chefs d’entreprises

« Une véritable défiance à l'égard du chef d'entreprise s’est installée dans le pays. Celui-ci est suspecté de voler dans la caisse, d’exploiter ses salariés, de garder les profits pour lui. Cette suspicion existe partout » avance Alexandre Saubot. Et d’ajouter «il y a lieu de rétablir la confiance dans la mesure où l’entreprise est le seul lieu de création de richesses et d’emplois».

Cette opinion est partagée par l’ensemble des experts présents. «La perception du monde entrepreneurial dépend du discours de nos autorités. Or nous avons dans le pays une vraie particularité, celle de taper fort sur l'appareil productif. Cela n’est guère surprenant lorsque l’on considère que sur nos 577 députés, 19 sont des chefs d’entreprise, 186 sont des enseignants ou fonctionnaires. Ces autorités ont une grande responsabilité dans le message envoyé. Elles se doivent d’affirmer que pour sortir de la morosité économique, il n’y a d’autre voie que de passer par la croissance des entreprises. Protéger les entreprises c’est protéger les Français» développe Olivier Duha.

Pour Clara Gaymard, il est tout à fait exact de considérer les choses ainsi. « Ce qui fait défaut, c’est le ton employé par nos politiques. Jeff Immelt président du Conseil pour la compétitivité et l’emploi nommé par Obama l’a d’ailleurs mis en évidence. Une des principales critiques adressée au président américain a été le ton utilisé. Il n’est pas possible de vouloir d’un côté aider les entrepreneurs et de les accuser ensuite sur la scène publique de crapules, voleurs. Le ton donne la confiance. A ce titre, fort heureusement, au niveau national le discours politique est de plus en plus conforme à ce que nous voulons entendre. Pourvu que cela dure pour mettre fin à la guerre de crispation ».


Imen Hazgui

Publié le 20 Novembre 2012

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