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Les surfeurs objet de toutes les convoitises

Les surfeurs objet de toutes les convoitises

(Easybourse.com) C’est historique : le cap symbolique des 50% de la population connectée a été franchi pour la 1ère fois en France. Une réussite exceptionnelle qui se vérifie à l’échelle mondiale. Résultat, la course aux internautes augmente proportionnellement au poids économique des géants du Web. Seules des alliances stratégiques permettent désormais de les concurrencer.

Interview de Marc Lolivier

Interview

Marc Lolivier
Délégué général
Fevad

Interview de François-Xavier Hussherr

Interview

François-Xavier Hussherr
directeur du département Internet et Nouveaux Médias
Médiamétrie

Aucun doute possible : Internet a définitivement conquis les Français. Nous sommes aujourd’hui plus d’un sur deux à pratiquer ce surf d’un nouveau genre, devenu en l’espace de quelques années un phénomène de société à part entière. C’est ce que vient de révéler l'enquête semestrielle d’Ipsos-Media.

L’hexagone compte désormais 26,9 millions d'internautes chez les 15 ans et plus. Le taux de pénétration a augmenté de 10 points entre juin 2005 et juin 2006, passant de 44,1% à 54,6%.

Depuis l’arrivée de l’Internet commercial en 1997, le nombre de foyers français équipés d’une connexion a été multiplié par 100. Marquée par l’arrivée de l’ADSL, l’année 2000 a notamment enregistré une forte croissance. « Internet est le phénomène de cette décennie », résume François-Xavier Hussherr, directeur du département Internet de Médiamétrie qui a publié ces chiffres à l’occasion des « 10 ans d’Internet en France ».

Cette progression fulgurante a été dopée par la success story de plusieurs sites, considérés depuis comme des références. Orchestrée par Marc Simoncini, celle de Meetic fait partie des plus connues (voir encadré ci-contre).

Les Français accros au shopping sur le Web

Mais le véritable moteur économique du Net, c’est l’e-commerce. Le nombre d’acheteurs en ligne a augmenté 2,5 fois plus vite que le nombre d’internautes en 2005. Un internaute sur deux est acheteur…ce qui signifie qu’un Français sur 4 fait ses emplettes sur la Toile. Des chiffres faramineux quand on sait qu’ils n’étaient que 4% en 2000.

La France détient même le record européen en termes de croissance : la part des acheteurs en ligne y a augmenté de 21% entre le 1er trimestre 2005 et le 1er trimestre 2006, contre 17% en Espagne, 2% au Royaume-Uni et 6% en Allemagne. A noter que le secteur de l’habillement a majoritairement profité de cette affluence d’internautes. En 2005, le commerce en ligne a progressé de 44%, ce qui équivaut à la création d’une quinzaine d’hypermarchés de taille moyenne. Très bons résultats en particulier pour l’e-tourisme qui enregistre 51% de croissance. Plus rien ne semble arrêter cette ascension : le chiffre d’affaires du commerce électronique devrait approcher les 10 milliards d’euros dans l’hexagone cette année, contre 7,4 milliards d’euros en 2005. A l’échelle européenne, le cabinet d’études américain Forrester table même pour un montant total des dépenses de 100 milliards d’euros en 2006…

A qui profitent ces sommes titanesques ? En premier lieu à eBay. Le leader incontesté des sites marchands en France a enregistré plus de 6 millions de visiteurs uniques en juillet 2006. Son ascension a été irrésistible : il occupe à l’heure actuelle la 10ème place du classement général alors qu’il n’était que 245ème en 2000. Le phénomène est encore plus surprenant aux Etats-Unis où pas moins de 430 000 personnes vivent des revenus liés au site. eBay pèse plus de 51 milliards de dollars en Bourse, 3 fois plus que le premier constructeur automobile mondial, General Motors.

Ses concurrents bénéficient aussi largement du gâteau. Selon une enquête réalisée par Médiamétrie pour la Fédération des entreprises de vente à distance (Fevad), les 15 premiers sites d’e-commerce ont attiré à eux seuls 80% des internautes, soit 17 millions de visiteurs sur le 1er trimestre 2006.

Ils comprennent des sites de C to C, c'est-à-dire du consommateur vers le consommateur (eBay, Price Minister), des acteurs de B to C issus du monde de l’Internet (Rue du commerce, Amazon, PIXmania…) et des sites de commerce traditionnel (Fnac, La Redoute, 3 Suisses…). Les professionnels de l’e-commerce sont actuellement 5 670 contre 3 730 il y a 3 ans, et leur nombre devrait encore progresser.

La raison de cette frénésie de cyber shopping est simple : Internet offre un plus grand pouvoir d’achat que les magasins traditionnels. L’offre est à la fois plus fournie, plus diversifiée et très facile à comparer grâce aux sites spécialisés, ce qui donne deux fois plus de chance de dénicher la bonne affaire. De quoi faire réagir les grands distributeurs. Carrefour a lancé le premier son cyber marché Ooshop, Auchan a racheté le site de vente d’informatique en ligne Grosbill, les 3 suisses viennent de reprendre une plate-forme de C to C, Casino a pris le contrôle de Cdiscount. Pari réussi puisque le chiffre d’affaires de ce dernier a progressé de 82% en 2005 à 383 millions d’euros.

Il n’est donc plus question de ne pas exploiter le filon du Web, devenu complémentaire du magasin. Le processus inverse se vérifie également : les sites Internet ont désormais pignon sur rue, à l’instar de Lastminute qui a ouvert une agence à Paris. Le célèbre voyagiste abandonne ainsi son statut de « Pure Player », ces sociétés qui n’ont pas de point de vente physique et dont l’économie repose exclusivement sur Internet.

Guerre ouverte aux Etats-Unis

Impossible d’évoquer les success story d’Internet sans mentionner Google. Avec un chiffre d’affaires de 6,13 milliards de dollars en 2005, le groupe fait partie des acteurs qui ont connu une croissance forte et rapide. C’est à la fois le site et le moteur de recherche le plus consulté par les internautes français depuis 2004, alors qu’il n’était que 94ème en août 2000 au classement d’audience Médiamétrie/NetRatings.

Quelque 15 906 000 visiteurs uniques ont consulté Google en juillet 2006, soit 75,6% des internautes français.

Créé en 1998 par deux jeunes visionnaires, Larry Page et Sergey Brin, la start-up a pourtant dû affronter des mastodontes comme Altavista, Hotbot, Lycos ou Excite. Mais Google s’est très vite démarqué grâce à un important réseau de serveurs d’indexation et à la pertinence des recherches renvoyées aux internautes. Cette réussite exemplaire permet à la star de proposer aujourd’hui un ensemble de services et de logiciels qui ne cesse de s’étoffer. On peut notamment y consulter des livres et même survoler la terre grâce à Google Earth. En multipliant ses services, le groupe bouleverse en permanence le marché et force les majors de l’édition de logiciels à revoir leur stratégie, Microsoft y compris. « Google s’est construit autour d’une technologie ultra performante et de forts investissements en Recherche et Développement » précise François-Xavier Hussherr, de Médiamétrie.

Yahoo! compte parmi les autres acteurs incontournables de la nouvelle économie. Il a réussi le tour de force de se maintenir dans les 30 premiers sites les plus consultés en France depuis 2000, selon une étude réalisée en juin 2006 pour les « 10 ans de l’Internet ».

Evidemment, les millions de dollars en jeu exacerbent la compétition. Les places sont chères et le succès fragile pour les stars du Net. En juillet, Yahoo! a par exemple vu son action s’effondrer de plus de 20% en cours de séance dans un Nasdaq pourtant en hausse. Motif de cette panique des investisseurs : des résultats inférieurs à ceux de l’année dernière au 2ème trimestre, bien que tout à fait corrects. L’annonce d’un retard de plusieurs mois dans le déploiement d’une plate-forme liens sponsorisées baptisée « Panama » a renforcé cette semi-déception. Cette technologie doit permettre de mieux localiser les internautes afin de procéder à des campagnes de publicité ciblées. Il s’agit avant tout de séduire les annonceurs pour tenter de rattraper l’avance considérable prise par Google en la matière. Ce dernier reste le leader incontesté aux Etats-Unis avec un part de marché de 44,7% aux Etats-Unis contre 28,5% pour Yahoo! suivi par MSN, le portail de Microsoft (12,8%).

Face à cette intensification de la concurrence sur la Toile, l’union fait la force. Yahoo ! et eBay l’ont bien compris : ils ont décidé de s’allier en mai dernier sur le marché américain pour contrer Google et MSN. Objectif : profiter du trafic internet généré par son partenaire. Ce type d’alliances entre des géants américains du Web se généralise et il a certainement encore de beaux jours devant lui.

florian

Publié le 01 Septembre 2006

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