La désindustrialisation vue par trois grands patrons
(Easybourse.com) Pour les patrons de Renault, Rhodia et Air France-KLM, le remède aux maux de l'industrie française est simple : baisser les charges sociales.
Dans le cadre de sa Mission d’information sur la compétitivité de l’économie française et le financement de la protection sociale, l’Assemblée nationale a auditionné trois grands patrons du SBF 120 (Renault, Air France-KLM, Rhodia) sur leurs stratégies industrielles en France et à l’étranger.Le constat de départ est plutôt alarmant : d’après un récent rapport du COE-Rexecode (centre de recherche proche du patronat), la France a subi un véritable décrochage industriel par rapport à l’Allemagne au cours de la décennie écoulée. La valeur ajoutée créée par l’industrie implantée sur notre territoire représentait 50 % de la valeur ajoutée créée sur le territoire allemand en 2000. Ce poids a diminué à 40 % aujourd’hui. Parallèlement, entre 2000 et 2007, la France a perdu environ 13 % de ses entreprises industrielles par rapport à son voisin allemand. Cela s’explique essentiellement par une perte de compétitivité des produits d’exportation français, dont le prix a augmenté d’environ 8% de plus que celui des exportations allemandes, sans pour autant égaler l’image de qualité du Made in Germany.
La recherche-développement, un atout à conserver
Dans ce contexte, les multinationales françaises ont déjà largement délocalisé leur production. «Nous réalisons environ 7% de notre chiffre d’affaires en France, 30% de notre production et 50% de notre recherche-développement», a ainsi indiqué Jean-Pierre Clamadieu, le PDG de Rhodia, devant les députés. De son côté Renault tire 25% de ses revenus du marché français, mais il n’y produit que 21% de ses voitures (en volume de production). «Cela nous est souvent reproché. La stratégie de Renault consiste à localiser en France sa recherche-développement (82% de la R&D du groupe y est réalisée) et ses productions de véhicules à forte valeur ajoutée», s'est justifié Patrick Pélata, directeur général délégué aux opérations du groupe.
Ces choix ne sont pas le fruit du hasard. En effet, selon Jean-Pierre Clamadieu, «l’environnement est favorable en France à la recherche-développement. L’une des raisons à cela réside dans la qualité de l’infrastructure de recherche universitaire. Rhodia a ainsi 4 équipes mixtes de recherches avec le CNRS». L’autre raison de l’attractivité du territoire français en matière de R&D réside dans les incitations fiscales, en particulier le crédit impôt recherche. Simplifié au 1er janvier 2008, ce dernier permet aux entreprises de se faire rembourser jusqu’à 30% de leurs dépenses de R&D jusqu'à 100 millions d'euros et 5% au-delà de ce montant. Grâce à ce dispositif, «il n’y a plus aucune raison économique d’implanter des activités de recherche en Chine», a estimé Jean-Pierre Clamadieu.
Le coût du travail, toujours trop élevé
En revanche, le point noir de l’activité en France, de l’avis des dirigeants en poste, reste le coût du travail.
Entre un véhicule produit en France et le même produit en Europe de l’Est, il y a un écart de coût de 1400 euros, dont 1000 euros de charges sociales
«Les charges sociales sont beaucoup plus élevées en France que dans la plupart des pays avec lesquels nous sommes en compétition», a témoigné Patrick Pélata. Renault a calculé le coût horaire du travail (charges sociales comprises) dans ses différentes usines à travers le monde : il est de 28 euros en France, 20 en Espagne, 8 au Brésil, 5 euros en Roumanie, 4 euros au Maroc et environ 1,5 euro en Inde…
«Entre un véhicule produit en France et le même produit en Europe de l’Est, il y a un écart de coût de 1400 euros, dont 1000 euros de charges sociales», a précisé Patrick Pélata. «Sur un véhicule vendu à moins de 10 000 euros à notre réseau, type Clio, cela fait une différence énorme en termes de marge.» D’où la délocalisation des petits modèles du groupe.
Des secteurs plus exposés que d'autres
Face à ce constat, Patrick Pélata se déclare favorable à une «TVA sociale» sur le modèle allemand, autrement dit une baisse des charges patronales qui serait compensée par une hausse générale de la TVA. Le président d’Air France-KLM, Jean-Cyril Spinetta, plaide également en ce sens. A défaut, il propose de mettre fin aux exonérations de charges sur les bas salaires, qui profitent essentiellement aux secteurs faiblement exposés à la compétition internationale tels que l’hôtellerie-restauration, le BTP, et la prestation de services, dont les emplois sont difficilement délocalisables. Les recettes ainsi obtenues «pourraient servir à une baisse générale des cotisation patronales», a-t-il souligné. D’après une étude de COE-Rexecode, le poids des charges sociales est en effet nettement plus élevé dans les secteurs les plus exposés (industrie chimique, métallurgie, électricité, mécanique, automobile, électronique), où il varie entre 35 et 43% des salaires bruts, alors qu’il se situe entre 22 et 28% dans les secteurs dits « abrités » (construction, commerce, hôtellerie-restauration). De quoi relancer le débat sur l’utilité de la TVA à 5,5% dans le BTP et la restauration…
A l’heure où le gouvernement cherche par des moyens détournés à enrayer la désindustrialisation (suppression de l’ISF, aide aux relocalisations, etc.), le retour d’expérience des grands groupes montre qu’une politique industrielle efficace passe avant tout par une réforme du marché du travail. Ce que l’Allemagne a compris il y a dix ans…
Lire aussi: Appliquer la méthode allemande pour faire reculer le chômage?
François Schott
Publié le 23 Mars 2011
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goldmember a dit:
Les charges sociales qu'il faudrait appeler cotisations sociales , financent les retraites la politique familiale la protection sociale, et sont payées par les employeurs alors que la TVA est payée par les consommateurs dont les retraités ,envisager aussi la suppression des exonérations de charges et la normalisation des taux de TVA dérogatoires serait plus équilibré.





