Marchés
Crise : 15 économistes nous donnent leur point de vue
Voilà plus d'un an qu'elle perdure. Nul ne soupçonnait son ampleur même si de multiples signes semblaient annoncer qu'une rupture allait avoir lieu. A l'origine bancaire, devenue financière, la crise est à présent économique et mondiale. Si l'année 2008 a été dure, l'année 2009 s'avèrerait pire. Le marché de l'immobilier, qui a été la cause initiale de cette crise, devrait en effet poursuivre sa détérioration. En France, un ralentissement de l'activité de l'ordre de 15% est même attendu l'année prochaine sur le marché immobilier de l'ancien. Quant au secteur bancaire, il n'a pas fini de souffrir. Plus de 2000 milliards de pertes au total ont été pronostiqués récemment par le FMI. Et nous n'en sommes qu'à la moitié.
L'économie réelle ne sera pas au beau fixe non plus : 0% de croissance est escompté ce premier semestre 2009 pour les sept plus grandes puissances mondiales ; 200 000 chômeurs supplémentaires devraient être comptabilisés d'ici le début de l'année 2010 dans l'hexagone ; enfin, élément positif, s’il en est, le baril de pétrole pourrait baisser à 50$ mais au prix d’un très fort ralentissement économique voire d’une récession.
Afin de rendre compte des premiers dommages de cette crise, et surtout, appréhender la suite des évènements, nous avons souhaité recueillir les avis d'une dizaine d'économistes émérites. Ces derniers ont accepté de nous livrer leurs analyses et leurs commentaires sur les causes profondes de la crise et les leçons qu'il faut en tirer. Chacun d'entre eux nous apporte un éclairage particulier sur cette crise d'un genre nouveau qui inquiète.
Michel Aglietta, Conseiller scientifique CEPII et professeur de sciences économiques à l'Université de Paris-X Nanterre,
«La crise financière actuelle pourrait bien en annoncer une deuxième, au moins aussi virulente, dans les deux ou trois ans à venir…».
Nathalie Alazard-Toux, directeur des Etudes économiques de l'Institut Français du Pétrole (IFP),
« Le coût marginal de production de pétrole pourrait baisser de 10 à 20$ »
Agnès Bénassy-Quéré, directrice du Centre d'études prospectives et d'informations internationales
«Le manque à gagner de la part des Etats-Unis et les répercussions de son affaiblissement peuvent-ils être compensés par la Chine?»
Jean-Paul Betbèze, chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA, membre du Cercle des économistes, et du Conseil d’analyse économique
«Deux éléments sont indispensables pour sortir de la crise : une liquidité moins chère, plus ample et plus longue, et le développement de garanties sur les SICAV»
François Bourguignon, directeur de l'Ecole d'économie de Paris,
« On ne peut pas comparer les 2000 milliards envisagés pour soutenir le secteur bancaire aux 50 milliards d'aide internationale au développement »
Philippe Chalmin, directeur du CyclOpe, professeur à Paris-Dauphine, consultant auprès d'organismes internationaux (OCDE, CEE, CNUCED),
« Le prix d'équilibre du baril est d'environ 100$, avec une grande volatilité qui autoriserait ce prix à une fluctuation entre 80 et 120$ »
Michel Didier, président de La Française des Placements Gestion Privée et directeur de l'institut Coe-Rexecode,
« Le sentiment de «panique» n'a vraiment pas lieu d'être »
Bertrand Jacquillat, co-fondateur et président directeur général d'Associés en Finance, auteur du livre Les 100 mots de la finance,
« Les banques françaises ont leurs cartes à jouer dans la consolidation du secteur bancaire qui s'accélère »
André Levy-Lang, ancien Président du directoire de Paribas avant sa fusion avec BNP,
« Il est important qu'on ne se trompe pas d'objectifs et de solutions apportées suite à cette crise »
Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des économistes, conseiller du directoire de La Compagnie Financière Edmond de Rothschild, membre du Conseil d'analyse économique et professeur à l'université Paris-Dauphine,
« L'organisation d'un nouveau Bretton Woods sera la seule chose qui permettra de calmer véritablement les marchés financiers »
Jacques Mistral, directeur des études économiques de l'Institut français des relations internationales (IFRI),
« Crise financière, les réponses européennes se sont révélées meilleures que les décisions américaines »
René Pallincourt, président de la Fédération Nationale de l'Immobilier
«Le ralentissement de l'activité sur le marché immobilier de l'ancien en 2009 pourrait être de l’ordre de 20%. La baisse des prix pourrait aller jusqu’à -10%»
Georges Pauget, président de la Fédération Bancaire Française
«Nous pouvons envisager une progression des encours de crédits de 3% à 4% en 2009»
Thierry Pujol, associé DPA Invest,
« Quelles leçons tirer de la faillite de Lehman Brothers ? »
René Ricol, président de Ricol Lasteyrie & Associés, ancien président de la FIAC, auteur du rapport sur la crise financière, mission confiée par le Président de la République, dans le contexte de la présidence française de l'Union européenne 2008,
« Nous assistons avec cette crise à la fin de l'arrogance du financier »
Christian Saint-Etienne, économiste, membre du Conseil d'analyse économique placé auprès du Premier Ministre et professeur à l'université de Tours,
« Sans le plan mis en place au niveau de la France, nous aurions peut-être eu 2 millions de chômeurs en plus en 2009 »
Imen Hazgui avec le concours de Nicolas Sandanassamy
Publié le 20 octobre 2008
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