Dossier
La difficile extraction de l’or blanc
L’or blanc n’aura jamais aussi bien porté son surnom. Et le risque de le voir moins souvent, pour cause de réchauffement climatique, ne fait qu’en accroître considérablement la valeur.
Nombre de stations, qu’elles se situent ou non aux altitudes limites, ont déjà renforcé leurs recours à la neige artificielle. Le Service d’étude et d’aménagement touristique en montagne (SEATM) de Challes-les-Eaux évaluait à 61% le nombre de stations françaises équipées de telles installations en 2004.
Une tendance qui ne semble pas prête de s’inverser. Selon Eric Guilpart, directeur de communication du plus grand opérateur de domaines skiables en Europe, La Compagnie des Alpes, «à peu près 22% de nos domaines skiables sont ainsi recouverts de neige de culture (…). C’est un pourcentage important que nous aimerions porter à 30%».
Il existe deux types d’enneigeurs : les mobiles, qui coûtent plus de 30 000 euros, et les fixes, disséminés le long des pistes et qui coûtent plus de 10 000 euros. Il faut également ajouter le prix de l’installation, de l’entretien et des consommations en électricité et en eau.
Une facture lourde à porter. Que l’on juge : à raison d’1 m3 d'eau pour 2 m3 de neige, la consommation des canons à neige s’élevait à 8,5 millions de m3 d’eau en 2000/2001 et atteignait 16 millions de m3 environ, en 2005/2006.
Aux Ménuires par exemple, où 300 canons à neige sont mobilisés pour arroser 100 ha sur les 450 que compte le domaine skiable, on absorbe plus de 300 000 m3 d’eau par saison.
Elargir et compléter la couverture neigeuse au fur et à mesure de l’élévation du baromètre peut apparaître comme une solution efficace. Mais certains experts, dont les promoteurs du rapport de l’OCDE, critiquent avec vigueur cette approche, estimant qu’il s’agit d’une fuite en avant technologique et économique désastreuse à long terme.
Ils rappellent en effet le coût énergétique conséquent et, paradoxalement, son impact sur le réchauffement climatique. Selon les chiffres publiés par ODIT France (Observation, développement et ingénierie touristique), la puissance installée pour la neige de culture est ainsi passée de 150 000 kW en 2000/2001, à plus de 218 000 kW en 2005/2006. Depuis 1980, on constate qu’elle est en augmentation constante.
A ces considérations, s’ajoutent les inquiétudes causées par l’emploi d’additifs (bactéries inactivées) mêlés à l’eau et permettant un enneigement à des températures où le gel ne se formerait pas à l’état naturel.
Toutefois, rappelle Eric Guilpart, « le Cemagref (organisme public de recherche finalisée sur la gestion des eaux et des territoires) a fait des études sur ces additifs, révélant qu’ils n’avaient pas d’incidence sur les écosystèmes ». Avérés ou non, les incertitudes entourant les additifs font qu'ils ne sont de toute façon pas commercialisés en France.
Montagne d’argent public
Dans l’optique d’une amélioration salutaire des comportements, plusieurs alternatives font désormais l’objet d’intenses réflexions. Déjà cités lors de la signature du protocole «Tourisme » en faveur du patrimoine alpin, les objectifs visent en premier lieu l’innovation et la diversification de l’offre touristique.
La situation n’est pas évidente. Afin d’éviter la désertification touristique, nombre de conseils généraux sont tentés d’user massivement de subventions. Selon la géographe Martine Tabeaud, dans « Les savoyards et l’or blanc », le département de l’Isère contribue ainsi à la survie de sociétés de remontées mécaniques.
Même chose dans la Drôme, où le département injecte chaque année quelque 1,5 millions d’euros dans plusieurs sites souffrants, ou dans le département de la Savoie qui permit en 1996-1997 de sauver une de ses communes, Valmeinier, en reprenant son parc de remontées mécaniques pour 2,5 millions d’euros.
En France, l’ONERC ne s’y trompe pas. Selon elle, la mobilisation des investissements publics ne devrait plus être synonyme de « pérennisation artificielle » mais de développement durable.
Dans ses propositions rendues publiques en juin 2006, l’observatoire propose de trouver « des alternatives de loisir, étaler la saison et profiter de l’été ».
Dessous verts contre manteau blanc
Outre la méthode technologique déjà évoquée, les stations de ski ont en effet à leur disposition différents moyens de résistance, que l’on peut résumer en deux grandes stratégies : l’adaptation et la reconversion.
Leurs coûts sont inégaux. L’adaptation prévoit par exemple le déplacement à plus haute altitude de certaines stations. Une solution qui semble bien plus onéreuse qu’une diversification, voire une reconversion complète de l’offre touristique.
Les stations de basse et moyenne altitude pourraient en effet, au terme d’une période de transition, devenir des zones propices à la randonnée, aux bains thermaux ou à des parcours écologiques et culturels (agrotourisme etc.), bien plus en harmonie avec la préservation de l’environnement.
Les grands opérateurs de domaines skiables demeurent pourtant sceptiques. Fort de son expérience à La Compagnie des Alpes, Eric Guilpart juge qu’ « il serait illusoire de croire que les milliers d’emplois créés par l’activité des stations de ski, pourraient être reconvertis. Ca n’empêche pas qu’il faut y réfléchir, pour éventuellement diversifier l’offre, mais je pense que l’économie du ski se fonde sur un plaisir, celui de la glisse ».
N.S.
Publié le 19 janvier 2007
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