Sport
La révolution olympique de la Chine
Les JO sortent du seul cadre sportif quand il s’agit des impacts sur la ville organisatrice. Déjà en amont, «organiser les Jeux, c'est la preuve que le pays a réussi, qu'il rejoint enfin le rang des pays développés», commente Andy Xie, un économiste de Shanghai, sur le site officiel des Jeux.
Le boom des services
Pour un pays en plein développement économique comme la Chine, les enjeux des Jeux sont énormes. 
L’économie de Beijing est très dynamique, selon Yu Xiuqin, directrice adjointe du Bureau municipal des statistiques de Beijing. Les secteurs de la production et des services ont ainsi poursuivi un élan favorable durant le premier trimestre 2008.
Le nombre de nouveaux emplois liés aux JO va s’élever à plus de 1,82 millions. Les secteurs comme la construction, le high-tech, et les services sont les principaux fournisseurs d’emplois.
Le PIB de Beijing a augmenté de 11% durant les trois premiers mois de 2008 par rapport à la même période l’an dernier. Le secteur tertiaire est le secteur qui a bénéficié de la plus forte progression, avec 11%.
Après 2008, le secteur des services représentera 70% de l’économie de Beijing, ce qui est bon signe car dans les grandes villes des pays développés, le secteur tertiaire occupe plus de 80 % de l’économie.
Les salaires augmentent, l’inflation aussi
Les recettes financières ont bondi de 38% pour atteindre 7 milliards de dollars (4,5 milliards d’euros) et la valeur de la production agricole a progressé de 24%, ce qui montre que ces JO ont bien des répercussions économiques sur différents secteurs.
Parallèlement, la consommation des ménages a augmenté de 20% par rapport à l’an dernier et le revenu disponible par habitant à Beijing s’est élevé de 973 dollars (628 euros) au cours de ces trois premiers mois de 2008.
Cependant, ces Jeux ont aussi des répercussions non favorables au développement économique de la ville comme une pression de l’inflation sur les prix et la diminution des besoins extérieurs.
Quant au niveau publicitaire, les JO permettraient à la Chine de générer plus de 1 milliard de dollars (645 millions d’euros), selon l’agence ZenithOptimedia. Et à en croire certains analystes, l’Empire du Milieu deviendrait le cinquième plus grand marché publicitaire mondial d'ici à la fin de l'année, derrière la Grande-Bretagne.
Pékin nettoie l’environnement
La Chine a déjà dépensé plus de 2 milliards de dollars (1,3 milliard d’euros) pour nettoyer l’environnement et l’air de sa capitale car la révolution olympique chinoise passe aussi par une prise de conscience au niveau écologique.
Beijing est l’une des villes les plus polluées du monde avec ses complexes industriels, ses millions de voitures et ses centrales de charbon étouffant la cité de 17 millions d’habitants.
Certains athlètes en préparation préolympique ont même critiqué ouvertement la pollution de la ville chinoise et ont aussi menacé de ne pas se rendre aux Jeux si la situation ne s’améliorait pas.
L’énergie qui alimentera les JO de Beijing sera une énergie verte en cela que 20% de l’électricité servant à alimenter les stades proviendra de la force du vent.
De même les climatiseurs et les systèmes de chauffage des infrastructures olympiques seront alimentés par l’énergie géothermique. L’éclairage des rues et des stades fonctionnera à l’énergie solaire.
En outre, Pékin interdira les voitures de manière alternée à partir du 20 juillet, selon l’immatriculation des véhicules (numéros pairs ou impairs). Les autorités espèrent que cette mesure permettra d’immobiliser par alternance 45% des 3,29 millions de véhicules de la ville et de réduire de 63% les émissions de gaz à effet de serre des véhicules.
La Chine mène la vie dure aux libertés
Mais il reste à la Chine encore beaucoup de chemin à parcourir avant de devenir un pays développé et démocratique, notamment sur le chemin du respect des libertés comme la liberté d’expression. La Chine est l’un des pays les plus répressifs au niveau de la censure des medias.
Ainsi toute information s’opposant aux idées du parti communiste chinois peut être supprimée ou remodelée.
Par exemple en Juin 2006, le film américain Da Vinci Code a été retiré des salles chinoises par le Bureau du film chinois.
De même Internet n’échappe pas à la censure, certains sites sont inaccessibles comme le site de libération du Tibet (www.freetibet.org).
Dans le même registre, Google vient d’annoncer le lancement d’une version chinoise censurée de son moteur de recherche. Une logique commerciale dans un marché de 111 millions d’internautes, mais qui empêche les Chinois d’accéder à des sites interdits par les autorités.
Les événements de mars 2008 au Tibet et le parcours chaotique de la flamme olympique n’ont pas arrangé l’image de la Chine au niveau mondial.
En effet, de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme ont appelé à un boycott massif des Jeux de Beijing. Cependant un boycott des JO au niveau sportif semble peu envisageable car, pour les athlètes, cet évènement représente souvent des années d’efforts et l’aboutissement d’un rêve de gosse.
En France, l’association Reporters Sans Frontières est devenu actionnaire de plusieurs sociétés partenaires des JO de Beijing comme Coca-Cola, Adidas et McDonald’s afin d’interpeller lors des assemblées générales sur les respects des valeurs prônées par la charte olympique.
Les Jeux sont un évènement qui dépasse le cadre sportif, comme le dit le président du CIO, Jacques Rogge, les valeurs essentielles de l’olympisme ont pour but de «promouvoir une société pacifique, soucieuse de préserver la dignité humaine».
La tenue des Jeux de Pékin est une formidable opportunité pour la communauté internationale de faire passer un message fort au gouvernement chinois.
Thomas Disch
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Publié le 08 Juillet 2008
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