Banques
AIG sauvé, la Fed lui accorde un prêt de 85 Mds$
De tradition peu interventionniste, le gouvernement américain s'essaye depuis quelques temps à la doctrine. Ainsi, après la nationnalisation coûteuse de Fannie Mae et Freddie Mac il y a dix jour et leurs garanties dans le rachat de Bear Stearns par JP Morgan en mars, les autorités américaines, via la Fed, ont décidé hier soir de venir au secours de l'assureur AIG en lui prêtant 85 milliards de dollars.
L'assureur avait jusqu'à aujourd'hui pour trouver des fonds. Lundi déjà, AIG avait reçu l'autorisation d'emprunter 20 milliards de dollars aux ressources de ses filiales pour les injecter dans la maison-mère. Le groupe avait ensuite subi les dégradations des notes de trois des principales agences de notations. Le groupe compte 18 milliards de dollars de pertes sur les trois trimestres précédents.
La Fed a précisé que le prêt-relais garanti porte sur deux ans et prévoit une prise de participation du gouvernement à hauteur de 79,9% du capital.
L'Etat bénéficiera également d'un droit de véto quant à la distribution des dividendes aux actionnaires prioritaires. Ce prêt est garanti par la future vente de certains actifs d'AIG.
Concernant les actifs que l'assureur pourrait vendre, sont évoquées les branches de l'assurance vie, l'assurance des biens et des personnes et le crédit-bail aéronautique. D'après des rumeurs de presse américaine, les cessions d'actifs d'AIG viseraient aussi International Lease Finance Corporation (ILFC), son activité de financement de l'aéronautique qui pèse 50 milliards de dollars.
Risque systémique
Andrew Cuomo, procureur général de New York, a indiqué 'bien que non favorables aux interventions de l'Etat dans de telles situations, dans ce cas nous soutenons la Réserve fédérale et les tentatives du secteur privé de stabiliser AIG'.
La Fed a justifié sa décision par le fait qu'une faillite d'AIG serait trop ébranlante pour les marchés américains déjà fortement perturbés par l'effondrement de la banque d'affaires Lehman Brothers ce lundi.
Rappelons que dans le cas Lehman Brothers, les autorités financières américaines ne sont pas intervenues et ont estimé qu'il revenait au secteur privé de sauver la banque.
Alan Greenspan, l'ancien patron de la Fed, a souligné ce weekend sur la chaîne américaine ABC que 'nous ne devrions pas chercher à protéger toutes les grandes institutions financières'. Il a rappelé que la faillite d'une banque 'en soi n'est pas un problème' mais c'est plutôt 'comment cela est géré et comment la liquidation est menée'.
Selon l'homme, qui a dirigé la Réserve fédérale pendant près de 20 ans, la crise actuelle est 'un événement qui se produit une fois tous les cinquante ans, probablement une fois par siècle'. Cette crise serait de plus grande ampleur que celle des années 1930.
Et d'ajouter : 'Il n'y a aucun doute, je n'ai rien vu de pareil et ce n'est pas encore fini'.
Depuis vendredi, AIG était donné favori pour suivre Lehman dans les abîmes. En fin de semaine dernière, l'action de l'assureur perdait plus de 30%, lundi plus de 60%, et ce mardi, la décision de la Fed a limité sa chute à -21,22% après avoir oscillé au gré des rumeurs. Hier, le Dow Jones a rebondi à 1,30% au lieu des -4,42% de ce lundi et le Nasdaq à 1,28% au lieu des -3,60% de ce lundi.
C.L.
Publié le 17 septembre 2008
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