Fusions-acquisitions
Arcelor-Mittal : duel d’acier entre deux géants
Depuis le 27 janvier, la mondialisation a deux visages : celui du milliardaire indien Lakshmi Mittal, soupçonné de vouloir démanteler Arcelor, ' l'Airbus européen de l'acier ', selon le mot de son président Guy Dollé ; et, depuis le 26 mai, celui de son ' sauveur ' -sur le dos des actionnaires-, Alexei Mordachov, le patron du russe Severstal. Grâce -ou malgré- eux, la ' vieille Europe ' découvrait aussi que le commerce mondial ne fonctionnait pas à sens unique : les entreprises de l'ex-tiers monde ont elles aussi vocation à chasser sur le pré carré de leurs concurrentes occidentales. Demain, des sidérurgistes coréen (Posco), chinois (Baosteel Corp) ou indien (Tata) entreront à leur tour dans la danse.

Guy Dollé, pourtant rompu à la mondialisation, fustigeait le caractère hostile de la démarche de Mittal Steel ' en l'absence de discussion et de négociation ', une ' différence de culture ', deux groupes qui ne sont pas ' sur les mêmes métiers '. Avant d'enfoncer le clou : ' nous n'avons pas le même modèle économique, ni les mêmes valeurs '. Lakshmi Mittal et son fils Aditya (à l'origine de ce raid) lui proposait pourtant de former un groupe valorisé 40 milliards de dollars, numéro un mondial incontesté de la sidérurgie, avec une production annuelle d'au moins 115 millions de tonnes et des ventes de 69 milliards de dollars. En revanche, les origines équivoques de Severstal et de son patron ne lui ont causé aucuns états d'âmes….
Inamicale ou pas, cette bataille est vite apparue comme la revanche de l'acier, après trente ans d'hémorragies sociales (plus de 100 000 emplois ont disparu en Lorraine) et d'injections massives de fonds publics. Mieux, ce raid prélude une vaste redistribution des cartes d'un secteur, consommateur de process toujours plus sophistiqués et peinant à rassasier une demande poussée à la verticale par la Chine, l'Inde, le Brésil ou l'Europe de l'Est. Or, le marché mondial demeure atomisé : ensemble, Arcelor et Mittal ne revendiqueraient que 10% de l'offre, quand trois groupes tiennent 70 % de la production mondiale de fer.
L'offre initiale de Mittal (26,2 euros par action) était un peu ' cheap ' malgré une prime de 27% sur le dernier cours. Selon Goldman Sachs, elle ne valorisait Arcelor que 3,9 fois l'EBE 2006. Pire, la part de cash était plafonnée à 7,25 euros par titre, ou un quart du ' package '. Guy Dollé se lançait alors dans le siphonage d'Arcelor. D'abord il isolait, Dofasco, que Mittal voulait céder pour financer son raid. Ensuite, il versait à ses actionnaires cinq milliards d'euros en dividendes et rachat d'actions. Avant de mettre au défi Lakshmi Mittal de proposer une offre entièrement en numéraire.

Contre toute attente, l'indien lâchait du lest le lendemain, et propulsait la valorisation du groupe à 25,8 milliards d'euros. Soit un bond de 39% ! Mieux, il acceptait aussi de monter la part du numéraire à 29,8% du total de l'offre, portant ainsi le titre à 37,74 euros, ou un gain de 70 % depuis le 26 janvier dernier.
Puis Arcelor présentait son chevalier blanc ! Contre les actifs de Severstal et une soulte de 1,25 milliards d'euros, Alexei Mordachov, récoltait 32,8 % des actions -valorisées ainsi 44 euros-, évitant d'un poil le lancement d'une OPA. Les actionnaires pourront s'y opposer s'ils rassemblent plus de 50 % du capital le 28 juin prochain. Or, leur présence n'a jamais dépassé 35 % des voix. Guy Dollé a donc beau jeu de rappeler, dans une interview accordée à La Tribune du mardi 6 juin, que rien ne l'oblige à convoquer ' [cette] minorité d'opposants ' ce jour-là…
Publié le 28 Juin 2006
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27 janvier 2006 : Mittal Steel annonce une OPE suivie d'une OPA sur le capital d'Arcelor.
