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Le marché automobile


Coup de frein sur la réussite française


(Easybourse.com) Alors que le Mondial 2006 bat son plein, l’industrie automobile française n’a pas le moral. Ses ventes sont en berne et ses parts de marché en chute libre. Le seul prestige d’un constructeur ne suffit plus à convaincre des consommateurs de plus en plus séduits par les voitures étrangères. Une tendance qui commence à avoir des répercussions sur l’ensemble du tissu industriel hexagonal.

La France mauvaise élève de l’industrie automobile. Si le marché mondial est en bonne santé avec plus de 65 millions de véhicules particuliers produits, une étude récente de l’Insee révèle que la production de l’industrie automobile hexagonale a baissé de 3,5% en volume l’année dernière, avec un solde commercial qui s’est détérioré. L’excédent est passé de 12,2 milliards d’euros en 2004 à 8,5 milliards un an plus tard. Les importations ont augmenté de 3,5%, tandis que les exportations ont diminué d’1,3%.

Alors que les marques françaises ont longtemps occupé 60% du marché hexagonal, la situation ne cesse de se dégrader. Selon le Comité des Constructeurs Français d'Automobiles (CCFA), elles perdent 2 points de parts de marché chaque année depuis 2003, jusqu’à atteindre 54,5% fin août dernier.

Les mauvaises performances de Renault-Nissan sont en grande partie responsables, mais le numéro 1 du marché partage cet échec avec PSA Peugeot Citroën. La marque au lion a d’ailleurs prévu un plan de relance incluant des réductions massives d’effectifs en Europe de l’Ouest cette année. Et son PDG Jean-Martin Folz vient d’annoncer qu’environ 7 000 à 8 000 suppressions de postes sur les 10 000 prévues concernaient la France.

Parallèlement, les immatriculations de voitures neuves ont continué à baisser sur le marché français, le recul atteignant 1,3 % entre janvier et août 2006. Selon certains analystes, les ventes de voitures ne devraient progresser que d’1,5% en 2006 contre 2,7% en 2005. PSA et Renault sont là encore directement touchés.

Pour éviter de se retrouver avec d’énormes stocks sur les bras, les constructeurs français ont dû lever le pied, réduisant leur production dans l'Hexagone de 13 % au premier semestre. Mais cela ne suffit pas : «Les réseaux de distribution en France doivent absorber une surproduction chronique qui les oblige à stocker avec des coûts financiers induits des modèles parfois difficiles à écouler. Ils doivent aussi gérer des stocks de véhicules d’occasion dont les valeurs vénales sont devenues extrêmement volatiles», précise Alain Rizzo, spécialiste de la distribution et du marché automobile.

Même difficultés au niveau européen, où l’alliance Renault-Nissan est en pleine crise commerciale. Les immatriculations de voitures neuves du groupe au losange ne cessent de plonger. Elles se sont effondrées de 11,5% au mois d’août, avec une part de marché catastrophique de 7,7%, selon les chiffres de l’Association des Constructeurs Européens d’Automobile (ACEA). Nissan enregistre quant à lui la plus forte chute de tous les constructeurs d’Europe occidentale, avec des ventes en recul de 29,7%.

Déconvenue également pour Peugeot. Le constructeur compte sur un sursaut dans les prochaines semaines : «Aujourd'hui, les résultats économiques dépendent très clairement du volume des ventes en Europe au second semestre, qui ont jusqu'alors été en décroissance. Les résultats de juillet et d'août n'ont pas été très bons; septembre et octobre seront les mois clés», a récemment précisé Jean-Martin Folz.

La Chine redistribue les cartes

Plusieurs facteurs expliquent cette débâcle. Les constructeurs français doivent faire face à la concurrence grandissante des marques étrangères. PSA et Renault ont en particulier de plus en plus de mal à rivaliser avec les enseignes asiatiques, notamment japonaises et coréennes. «Le problème vient d’abord de la différence de stratégie entre les importateurs et les marques françaises. Les premiers mènent une guerre commerciale agressive à coups de rabais, alors que PSA Peugeot Citroën et Renault veulent préserver la rentabilité. Ce n’est pas parce qu’on vend plus de voitures qu’on gagne plus d’argent», explique Jean-Pierre Mercier, directeur de la communication du Comité des Constructeurs Français d'Automobiles (CCFA).

Conséquence de cette nouvelle donne de la compétition mondiale, les marques tricolores ont perdu 2,2 points de parts sur le marché européen entre 2002 et 2005. Dans le même laps de temps, les immatriculations étrangères ont atteint 44% sur le marché français, frôlant leur plus haut niveau historique de 1997. Sans compter la nouvelle déferlante des voitures chinoises à bas prix sur le marché français… «La Chine est déjà devenue le 3ème producteur mondial avec 5,6 millions de véhicules produits en 2005», souligne
Alain Rizzo.

Autre élément pénalisant, les Français sont dans le creux de la vague en termes de nouveaux modèles, contrairement à leurs concurrents étrangers. PSA a également dû encaisser les mauvaises performances de la Peugeot 1007 et de la Citroën C3 Pluriel.

Les constructeurs français doivent enfin compter avec la hausse des matières premières. Toutes ces conditions défavorables les ont obligés à réduire leurs coûts par tous les moyens pour continuer de dégager des bénéfices. S’ils produisent toujours de plus en plus de voitures, c’est désormais à l’étranger. Renault a sorti la « low-cost » Logan, mais c’est sa filiale Dacia qui la construit en Roumanie et dans les pays émergents. «D’ici 2 ans, 1/3 des ventes des marques françaises se fera hors d’Europe occidentale, en Asie, en Amérique du sud, et en Europe centrale et orientale», prévoit Jean-Pierre Mercier.

Les répercussions de cette mutation du marché se sont déjà sentir sur l’économie française. L’emploi salarié a notamment baissé de 5% depuis 2001, ce qui représente 14 000 postes en moins. Le rebond est cependant attendu pour le second semestre, avec la montée en puissance des véhicules les plus récents et la présentation de nouveaux modèles au Mondial de Paris. A noter toutefois que Renault n’aura pas de véritable nouveau véhicule à présenter avant le second semestre 2007. La reprise devrait intervenir à plus long terme : PSA Peugeot Citroën s’est engagé à proposer 20 nouveaux modèles à l’horizon 2010, contre 26 avant 2009 pour Renault. C’est en tout cas la promesse du « Contrat 2009 » présenté en février dernier par Carlos Ghosn.

M.L.H

Publié le 29 septembre 2006 Copyright © 2006 logo easybourse


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Les équipementiers sous pression


Ils sont eux aussi touchés de plein fouet par la crise qui touche le secteur, en raison de la hausse des matières premières alliée à la demande répétée de baisse des prix de la part des constructeurs. Les chiffres sont éloquents : en 2005, l’investissement des entreprises du secteur automobile a chuté de 9% en valeur. Selon l’Insee, cette mauvaise conjoncture atteint en premier lieu les équipementiers automobiles situés le plus en amont de la filière, comme la fonderie ou le travail des métaux.

Leur avenir passe désormais par le développement des composants électroniques, mais l’Insee se montre là encore peu optimiste. Bien que l’industrie automobile reste en pôle position en termes de recherche et de développement en France avec plus de 1 500 brevets déposés l’an dernier, l’Institut redoute que les Français aient pris du retard par rapport à leurs concurrents asiatiques. Ils bénéficient en effet de la proximité de géants de l’électronique. «En 2005, la Chine est passée devant la France pour le nombre de véhicules produits, elle a présenté les premières voitures de conception et de fabrication nationale. C’est à l’aune de cette compétition que les résultats des constructeurs français peuvent être jugés préoccupants pour l’avenir», conclut l’Insee. A bon entendeur…
 

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