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Avancées médicales : gènes et rixes
Ce siècle sera celui des biotechnologies, prédit l’Organisation de coopération et de développement économiques. Celui où l’alliance de la science et de la technologie permettra d'intervenir sur le patrimoine génétique des espèces pour le décrypter ou le modifier pour des applications tant dans les secteurs de l’alimentation, de l’agriculture (OGM issus de la transgénèse), de l’énergie que, bien évidemment, dans ceux de la santé.
Selon la Direction générale des entreprises (DGE), la biotechnologie française est en effet polarisée à 53 % sur la recherche dans le domaine de la santé.
Traitements de la mucoviscidose, du VIH, et vaccins contre le cancer
«Un jour peut-être, un patient arrivera chez son médecin, avec une maladie génétique, donc une erreur dans son ADN, qui peut être très grave et provoquer soit une immunodéficience (la maladie des enfants de la lune ou des enfants bulles, ndlr), soit une mucoviscidose dès la naissance, ou soit une maladie acquise comme le virus du VIH. A ce moment-là, nous éliminerons la séquence d’ADN défectueuse pour la remplacer par une version saine», clarifie André Choulika, le PDG de la société de biotechnologie française Cellectis.
Dans la pratique, cette intervention consiste, chez Cellectis, à utiliser des méganucléases, des molécules naturelles qui existent notamment dans la levure, pour couper la séquence ADN défectueuse et la remplacer par la bonne séquence.
Le champ de recherche des sociétés de biotechnologie est large. Certaines travaillent à développer des vaccins thérapeutiques et des produits d'immunothérapie pour le cancer et les maladies infectieuses, comme Transgene ou Innate Pharma, en manipulant, pour cette dernière, des lymphocytes (c’est-à-dire des globules blancs qui ont un rôle majeur dans le système immunitaire) non-conventionnels.
D’autres, comme Nicox, visent les domaines thérapeutiques de l'inflammation (l’arthrose, par exemple, avec le Naproxinod, actuellement en phase 3) et des maladies cardiométaboliques (le diabète de type 2, avec le NCX 4016, actuellement en phase 2).
D’autres encore ciblent les maladies neurodégénératives telles qu’Alzheimer, qui s’apparentent à un diabète de type 3, et Parkinson.
«Les biotechnologies vont jouer un rôle de plus en plus important, lié à l’évolution même des sciences de la vie», s'accorde à dire Joël de Rosnay, scientifique et président de la société de conseils en nouvelles technologies Biotics International. «Avec la génomique, la transgénie, la bioinformatique, [l']évolution [de la biologie]atteint un nouveau stade : [elle] questionne directement l’homme sujet et objet, ingénieur des gènes, magicien du clonage, apprenti sorcier des OGM. Nous transformons la biosphère et cette transformation nous change de manière irréversible. Les biotechnologies auront donc une influence de plus en plus grande en matière d’agriculture, d’alimentation, d’énergie, de dépollution de l’environnements ou de production de matériaux intelligents», explique-t-il.
Le futurologue estime ainsi que la biologie a évolué, passant de la biologie descriptive et du classement des espèces, à la «biologie transformatrice», avec la capacité de reprogrammer la vie.

Eugénisme, clonage… Les dérapages éthiques inquiètent, à tel point que certains détracteurs envisagent les pires scénarios. Ceux nés dans l’imagination du scénariste et réalisateur de «Bienvenue à Gattaca», Andrew Niccol, ou de l’écrivain du «Grand Secret», René Barjavel, dont le livre traite des conséquences dramatiques de l’immortalité.
«D'importants progrès ont été réalisés dans le domaine du vieillissement», note à ce sujet Joël de Rosnay. «Longtemps, nous avons considéré le vieillissement comme une fatalité, comme un processus inéluctable dont la compréhension nous échappait. Depuis quelques années, la science identifie les mécanismes qui président au déclin du corps. […] Forts de ces nouvelles connaissances, les chercheurs apprennent maintenant à ralentir l'arrivée de la mort», poursuit-il.
Car, si «nous ne pouvons pas vraiment agir sur notre héritage génétique [...], nous pouvons contrôler notre mode de vie, notre alimentation, l'entretien de notre corps, notre sommeil, notre résistance au stress».
Toutefois, rassure-t-il, «malgré les progrés réalisés [...], le processus du vieillissement reste inéluctable». Excepté certains chercheurs très critiqués comme l'Aubrey de Grey ou l'Américain Ray Kurtzweil, personne n'envisage aujourd'hui que l'on puisse un jour accéder à l'immortalité.
Mais plus que la biotechnologie, le biologie dite «impliquante» via la biologie systémique et la biologie de synthèse, est d'autant plus susceptible de conduire à des problèmes éthiques, car cette nouvelle évolution de la biologie vise à reprogrammer complètement les organismes vivants, afin de leur permettre d'exécuter des fonctions souhaitées, qui n'existent pas dans la nature.
Reste aux pouvoirs publics à encadrer les évolutions de la recherche biologique pour éviter que les pires scénarios ne se réalisent. «Tout en poursuivant le financement des recherches biotechnologiques, les pouvoirs publics devront, à mon avis, se préoccuper de plus en plus des effets des découvertes biotechnologiques sur la société, notamment en matière de bioéthique, d’inégalités face aux maladies ou de répercussion de l’accroissement de la longévité», exhorte ainsi Joël de Rosnay.
Marjorie Encelot et Nicolas Sandanassamy
Publié le 16 Juillet 2007
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