Société
Marketing & célibataires : Sex and the City, mais pas que...
Retrouvez ici notre reportage vidéo dans les coulisses d'un Speed Dating
Elles étaient nombreuses les marques à se bousculer aux portes du film 'Sex and The City' pour assister au dernier baiser de célibataire de 'la plus célèbre célibataire' de New York, Carrie Bradshaw. Les groupes de luxe et de grande consommation ont cravaché sec pour être associés à la promotion du film sortie le 28 mai tellement les affinités glamour et luxe avec les personnages sont grandes.
Carrie Bradshaw, Samantha Jones, Miranda Hobbes et Charlotte York-Goldenblatt font vendre en cela que ces quatre belles femmes, indépendantes, friquées, délurées, avec chacune une personnalité distincte bien forgée et un look vestimentaire à l’aune de son caractère séduisent les fans et facilitent l’identification.
Product placement
Sarah Jessica Parker aka Carrie Bradshaw, productrice et héroïne du film, s’est montrée très sélective : seuls huit sponsors mondiaux (dont Mercedes Benz, la vodka Skyy –groupe Campari-, l’eau Glaceau Vitaminwater –marque Coca-Cola-, le joaillier H Stern, les parfums Coty ou encore le spécialiste de la location d'accessoires de couturiers et designers Bag Borrow or Steal) ont pu associer leur nom à celui du film.
En France, ce sont également huit marques qui ont été sélectionnées pour des partenariats cette fois, parmi lesquelles Sephora, Habitat et Swarovski.
Mais le product placement ne s’arrête pas là. Au total, pour des raisons de scénario dit-on, ce sont plus de 150 marques qui apparaissent ou sont citées dans le film.
Evidemment, les Carrie Bradshaw ne sont pas légion parmi les centaines de millions de célibataires à travers le monde.
En France, on compte 15 millions de célibataires qui constituent autant de cibles potentielles pour les industriels. Et qui dit célibataire, dit évidemment marché de la rencontre. Selon une étude réalisée conjointement par Parship et L’Express et publiée début 2007, les célibataires dépensent en moyenne 466 euros par an (rendez-vous galant compris) pour trouver l’âme sœur. Une manne pour les organisateurs de speed dating et, bien évidemment, pour les sites de rencontre.
De fait, Meetic, leader européen de la rencontre Internet, a publié au titre de l’exercice 2007 un résultat net en progression de 12,1%, à 14 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires en hausse de 44,5%, à 113,8 millions d'euros. «Le niveau de rentabilité ressort au-dessus des attentes du marché», s'enthousiasmait alors Sandrine Leonardi, secrétaire générale, en préambule de la présentation des comptes.
Le marché de la rencontre en ligne est «un marché en forte croissance» et qui a encore de belles années devant lui, observe Philippe Chainieux, directeur général délégué de Meetic. «Il y a une étude Jupiter qui montre que le marché va croître encore de façon significative sur les quatre prochaines années. Nous ne sommes pas aujourd’hui, sur le marché européen, à un stade de maturité comme observé aux Etats-Unis».
Fin 2007, 577 000 personnes étaient inscrites sur Meetic, en majorité des «célibataire[s] plutôt urbain[s] -même si c’est de moins en moins vrai- dont l’âge se situe entre 34 et 40 ans», agrémente Philippe Chainieux.
Il faut néanmoins noter que «les usages sont en train de se segmenter à travers deux segments de services […], à savoir le segment du dating (Meetic, Match.com) et celui du matchmaking».
Contrairement au dating, le matchmaking, segment sur lequel Meetic est présent via Ulteem, «apporte une tranche de valeur ajoutée supplémentaire qui est une dimension d’accompagnement. Le principe est assez simple : pour entrer dans le service, vous devez remplir un test psychologique d’une centaine de questions qui, d’une part, dresse votre portrait psychologique et, d’autre part, permet de faire du «matching» avec les autres membres qui sont présents sur le site».

La thématique «Sea Sex and Sun» pour les sites de rencontres est aussi un concept porteur. Ainsi, Julien Purnode de Soloways a eu «l’idée de créer un site pour célibataires mais centré sur un thème, en l’occurrence le voyage». Le site a vu le jour en août dernier et propose des voyages vers des destinations comme la Turquie, la Tunisie ou la Sicile, à des groupes de célibataires.
«Ce marché présente un gros potentiel» et «plus les célibataires sont issus d’un milieu urbain, plus ils ont tendance à dépenser, voire à partir plusieurs fois dans l’année», explique-t-il.
Mais ce marché «est difficile à atteindre», dans la mesure où il faut à ces sociétés «fournir plus d’efforts et de moyens que pour les dossiers plus «classiques» concernant des familles ou des couples. Parce qu’il faut trouver les bons partenaires (en fonction de l’âge, mais aussi des caractères, etc.), assurer la parité etc., ce qui donne plein de petites choses qu’il faut prendre en compte, rendant plus complexe [leur] travail».
Soloways entend atteindre cette année une centaine de clients pour un objectif de 50 000 euros de chiffre d’affaires, «ce qui devrait être largement atteint à la fin de l’exercice», estime Julien Purnode.
Sur ce segment des voyages pour célibataires, la meilleure façon de se faire de l’argent reste tout de même, comme le fait remarquer le publicitaire Franck Tapiro, président de l’agence Hémisphère Droit, est de s’adresser aux célibataires sans en avoir l’air. «C’est en cela qu’ils sont créatifs».
Contacté par Easybourse, le Club Med, incontournable sur le segment des vacances pour célibataires, n’a pas souhaité répondre à nos questions, arguant qu’ils ne proposaient pas de formules «uniquement» pour les célibataires. Ironie de la chose, c’est pourtant le Club Med World, espace de loisir créé par le groupe Club Med, qui a accueilli en grande pompe le samedi 12 avril dernier la 12e édition du «Bal des Célibataires» organisée notamment par Easylove.fr…
Au final, selon Franck Tapiro, «les secteurs les plus proactifs» sur le segment des célibataires sont, outre ceux de la rencontre et des voyages, «ceux des loisirs (organisation d’activités qui leur sont réservées), de la distribution (multiplication des packages individuels) et de la presse magazine (apparition du coaching sentimental et des conseils de filles)». Et celui de l’édition en général, pourrait-on compléter.
Odile Lamourère, psychothérapeute et auteur notamment de «Nous, les célibataires» (1987, Hachette) indique que «depuis la première édition de 1987, mon livre a été réédité et remis à jour cinq fois».
Même «Le Petit Futé» a sorti son «Guide des célibataires» (2007)... Une référence qui s’est plutôt bien vendue, nous assure-t-on.
Marjorie Encelot et Nicolas Sandanassamy
Publié le 30 Mai 2008
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