Les réseaux virtuels
Clique chez moi, je travaille chez une copine qui embauche

Patrons, cadres sup, amis de lycée ou encore femmes d’affaires: tous les prétextes sont bons pour se regrouper sur la Toile. Rien d’étonnant quand on sait qu’Internet signifie littéralement «réseau interconnecté». Des regroupements virtuels qui prennent peu à peu autant d’importance que ceux qui ont pignon sur rue.
L’explosion d’Internet dans les foyers a d’ailleurs renforcé ce phénomène de société: rares sont les Français qui ne disposent pas d’au-moins une adresse mail. Pour être à la page, il convient désormais de « faire jouer ses relations »… plus question de parler de « piston », terme honteux devenu obsolète. Les réseaux virtuels sont pourtant avant tout consultés dans une perspective professionnelle. «Dans le domaine de l’emploi, les sites d’annonces ne satisfont pas toutes les demandes et ne représentent qu’une partie limitée du flux des offres», explique Yann Mauchamp, manager France d’openBC.
La plupart des sites fonctionnent sur le même principe: ils proposent d’élargir son carnet d’adresses en le partageant. C’est le cas de Viaduc, leader français en la matière avec 700 000 abonnés. Par le biais du site, ils rentrent dans le réseau des contacts de leurs contacts…un véritable « trésor relationnel » qui peut se démultiplier à l’infini. Pas de panique si cette avalanche d’informations s’avère difficile à gérer: le Net a tout prévu. Les logiciels permettant de répertorier les adresses ne manquent pas, avec un must sur Plaxo: la mise à jour des coordonnées de vos interlocuteurs se fait automatiquement.
En offrant la possibilité de prendre contact avec des inconnus sans passer par une quelconque hiérarchie, le Web gomme les inégalités sociales, ce qui constitue l’un de ses principaux avantages. Celui qui sait bien s’en servir n’a pas besoin d’entrer au Jockey club ou au Rotary pour atteindre des décideurs… Et ce d’autant plus que les liens entre réseaux virtuels et réels sont de plus en plus ténus: LinkedIn, Viaduc, 6nergies ou encore openBC/Xing développent des prolongements IRL, comprenez « In Real Life ». Viaduc a ainsi donné naissance à 55 clubs d’affaires en France. « Près de 60% des salariés indiquent avoir trouvé leur poste par l’intermédiaire, plus ou moins direct, de leurs connaissances. Un site comme Viaduc permet justement à tous ceux qui n’ont pas au départ les bonnes entrées de se constituer un véritable carnet d’adresses », confirme Dan Serfaty, cofondateur du site.
Code de bonne conduite

Pas question pour autant de bombarder les chefs d’entreprise de demandes d’emploi: le réseautage virtuel a ses règles strictes, et il est très mal vu de proposer ses services de façon abrupte. Mieux vaut tisser des liens informels à partir de centres d’intérêts communs, l’idéal étant d’avoir soi-même quelque chose à offrir afin de pouvoir «renvoyer l’ascenseur».
Par ailleurs, cette accessibilité a ses limites. Sur le très select aSmallworld.com par exemple, vous risquez d’être purement et simplement éjecté si vous essuyez sept refus de demandes de mise en relation…dur retour à la réalité. Il n'est d'ailleurs pas question de contacter des inconnus: ce n'est pas le but du site, comme l'explique la directrice marketing Louise Wachtmeister: «En fait, vous ne développez pas de réseau sur ASW. Vous recontactez et vous entretenez votre réseau de la vie réelle partout dans le monde. Vous pouvez étendre votre réseau parmi les amis de vos amis sur notre site, comme vous le feriez de façon naturelle lors d’un mariage par exemple».
Malgré ces barrières sociales persistantes, le jeu en vaut la chandelle. Si l'on sait bien l’utiliser, un réseau virtuel apporte à la fois sur le plan professionnel et personnel, en France aussi bien qu’à l’étranger, comme en témoigne Jérémy Fabre, chargé d'affaires pour Alios Finance récemment expatrié à Dakar et abonné à Viaduc: «J’ai été étonné de voir que mes amis sénégalais utilisaient beaucoup cet outil de communication. [...] J’utilise le site pour trouver de nouveaux partenaires et les rencontrer par la suite. Au-delà de l’aspect professionnel, il m’a aussi permis de rencontrer des « gens du pays » et de pouvoir m’intégrer plus facilement au Sénégal».
La « réseau attitude » serait-elle une réaction à l’individualisme du 21ème siècle ? Toujours est-il qu’elle remet au goût du jour l’adage selon lequel «l’union fait la force».
M.L.H.
Publié le 20 octobre 2006
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