Reportage
Fontenay rompt avec le nucléaire pour embrasser le médical
Le Centre d’énergie atomique (CEA) de Fontenay-aux-Roses est «particulier» à bien des égards. Ca et là, Maurice Mazière, le directeur du centre, aime à souligner la singularité du site qu’il pilote. Utilisant un vocabulaire emprunt d’émotion, il se plaît à rappeler à ses visiteurs que le CEA de Fontenay, né en mars 1946 sur l’emplacement du fort de Châtillon, situé dans la petite couronne parisienne, a été le premier des centre du CEA.
Après la Libération, dans une France en ruine, le Général de Gaulle décide de créer un organisme consacré aux recherches sur l’énergie atomique et cela, avant même la fondation du Commissariat au plan. Il confie le projet au conseiller d’Etat Jean Toutée, qui rédige les statuts, et le 18 octobre 1945, le gouvernement approuve l’ordonnance de fondation de Commissariat de l’énergie atomique.


Frédéric Joliot croit à la réalisation de la première pile atomique pour la fin de l’année 1948. Il tiendra son pari. Le 15 décembre 1948, à 12 heures 12, Zoé, le premier réacteur expérimental européen, diverge. «L’atmosphère était analogue à celle qui règne dans une salle d’accouchement, auprès d’un être qu’on aime», décrit alors Frédéric Joliot. La France, dans son ensemble, jubile. Vincent Auriol, président de la Quatrième République, déclare : « Voici une réalisation qui ajoutera au rayonnement de la France ».
De cette époque, le CEA de Fontenay-aux-Roses a gardé entreposé plusieurs objets, dont une petite table de bois laissée près de l’ancien poste de commandes sur laquelle Frédéric Joliot, anxieux avant le début de la réaction en chaîne, notait le moindre évènement.
Zoé appartient à «une première génération de bâtiments et d’usines qui ont fonctionné de 1946 à 1958», explique Maurice Mazière. «Les usines de première génération ont été déconstruites en 1958 et 1962 et ont été remplacées par toute une série de bâtiments qui sont les bâtiments actuels», poursuit-il. «Dans ces bâtiments ont été développées un certain nombre de recherches, en particulier sur les transuraniens (éléments radioactifs créés artificiellement) ou encore sur l’irradiation des matériaux et les premiers réacteurs thermonucléaires, c’est-à-dire sur les Tokamaks». C’est aussi dans ces bâtiments qu’a été mis au point le procédé de retraitement Purex exploité dans l’usine de retraitement de La Hague, gérée par Areva.
Du dépistage de la vache folle à la recherche sur le sida et Alzheimer
Certains de ces bâtiments ont fonctionné jusqu’en 1995, d’autres jusqu’en 1999. Aujourd’hui, «le centre de Fontenay-aux-Roses est l’un des centres du CEA en pleine mutation», souligne Maurice Mazière. Les activités nucléaires vont y être arrêtées et le centre va se transformer en un pôle européen de recherche et d’innovation dans le domaine de l’imagerie et des technologies biomédicales.
Un programme d’assainissement et de démantèlement global
du centre a été lancé en 1995 et déjà des plate-formes dédiées aux sciences du vivant ont été implantées sur le site, à l’instar de celle sur le neuroprion, inaugurée en 2004.
Globalement, le pôle de recherche du CEA va s’articuler autour de trois thématiques : la radiobiologie et la toxicologie nucléaires dont l’objectif est notamment d’évaluer l’impact des rayonnements ionisants sur les systèmes vivants ; les maladies neuroinfectieuses (sida et prion) – le CEA de Fontenay-aux-Roses a mis au point le test du dépistage post-mortem de la vache folle utilisé à 70% dans
le monde - ; l’imagerie (scanner, IRM, TEP…) pour l’évaluation de nouvelles approches thérapeutiques (conception, mise en œuvre et validation d’approches thérapeutiques innovantes – cellulaire, génique et chirurgicale - dans le traitement des maladies neurodégénératives – Alzheimer, Parkinson, Huntington -, et éventuellement des maladies cardiaques et hépatiques).
En chantier actuellement, le projet MIRcen de plate-forme d’imagerie multimodale pré-clinique qui s’étend sur 1 500 m2 s’inscrit dans le cadre de cette dernière thématique de recherche.
M.E.
Publié le 23 mars 2007
Copyright © 2007






