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Web 2.0, le succès d’un «moi» virtuel en prise avec le réel
A la personne assise en face de moi, j’ai demandé : si je te dis Web 2.0, tu me réponds ? «Un pot pourri». Soit. «Ça vient du cœur» au moins. Bien que désolé pour la consonance assurément péjorative de son choix freudien, celui-ci justifie bien, selon lui, le flou qui règne autour de ce terme. D’ailleurs même avec les définitions, qu’il qualifie «à géométrie variable», il ne parvient toujours pas à se représenter à quoi correspond le 2.0.
«Tout le monde se projette dans une définition qui l’arrange. Les informaticiens se focaliseront sur les technologies quand les internautes y verront, eux, la facilité de mise en ligne de contenus multimédias», constate Jean-François Gervais, auteur de «Web 2.0 : les internautes au pouvoir» (Dunod, février 2007).
«Il n’existe pas de définition stricte pour le Web 2.0, conformément à la volonté de Tim O’Reilly, l’inventeur du terme et fondateur de la maison d’édition O'Reilly Media […]. Il cherchait juste un nom pour une conférence sur le web qu’il a organisée en 2004», raconte-t-il.
Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Le Web 2.0 pétarade, les chiffres d’audience sont au rendez-vous (72 millions de visiteurs par mois à travers le monde pour YouTube, Wikipédia compte plus de 5 millions d’articles dans 250 langues, il existe plus de 6,36 millions de blogs actifs rien que sur Skyblog, la plate-forme n°1 en France…).
Jean-François Gervais observe que la recette du succès du Web 2.0 peut tenir en trois mots : «simple, gratuit et mondial». Mais admet également qu’il y a une explication narcissique derrière ce carton, «l’envie d’être reconnu comme écrivain, chanteur, etc. -, [la] mise en scène de soi-même, cela d’autant plus […] à une époque où les images occupent un rôle majeur dans [la] société».

Par ailleurs, selon lui, «il faut considérer l’existence d’une identité numérique : un «moi» numérique dans un monde numérique». Le monde virtuel «Second Life» en est peut-être la meilleure illustration. Dans cette société parallèle dans laquelle évolue 2,8 millions d’individus, il vous est donné la possibilité de se créer une identité, un physique, un style vestimentaire. Dans cet espace pixellisé, il vous est possible de vous promener, de tchater avec les résidents, d’aller au cinéma, de faire du shopping et même de développer une activité économique.
Les résidents ont les droits de propriété intellectuelle des objets qu'ils fabriquent (vêtements, bijoux, moyens de locomotion, etc.). Ils peuvent vendre et acheter des objets virtuels contre des Linden dollars, la monnaie locale. Celle-ci peut être échangée contre de vrais billets verts et vice versa selon un taux fluctuant. En moyenne 1 US dollar vaut 265 LD.

Le succès est tel que Time a choisi comme personnalité de l’année «You». En d’autres termes, vous, qui «contrôlez l’ère de l’information», vous qui avez une identité numérique, vous qui propulsez de parfaits quidams sur le devant de la scène d’un simple clic.
D’ailleurs le plus remarquable c’est peut-être que l’hebdomadaire américain Time cite, parmi une liste de portrait d’inconnus «nés sur le web», le jeune rappeur français Kamini.
Aujourd’hui «Marly-Gaumont», le clip du «seul Noir» de son «patelin» dans l’Aisne en Picardie, qui compte plus de vaches que d’habitants, a été vu, depuis septembre, plus de 1,2 fois sur YouTube et plus de 1 million de fois sur DailyMotion. Il apparaît également dans le Top des clips les plus regardés sur Yahoo ! Music.
Et pour ajouter à son identité numérique, Kamini figure désormais sur Wikipédia, l’encyclopédie 2.0 faite par les internautes pour les internautes. Il y est dit : «son clip, envoyé à plusieurs majors de l'industrie musicale le 12 septembre 2006, amuse les employés des labels qui le font circuler jusqu'à en faire un véritable succès populaire».
«Les majors de disques et les télévisions ont compris que les sites de partage de vidéo sont des plateformes promotionnelles efficaces et gratuites!», explique Jean-François Gervais.
Marjorie Encelot
Publié le 15 janvier 2007
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