Agriculture française
Temps de vache maigre pour les agriculteurs français
15,9 % des familles d'agriculteurs sont pauvres, selon le constat de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) en janvier dernier. Ils sont considérés comme pauvres car leur niveau de vie est inférieur à 7 740 euros par an. «En 2003, le taux de pauvreté des agriculteurs est nettement supérieur à la moyenne». Dans le reste de la population, ce pourcentage s’élève en effet à 6,3 %.
Selon l’organisme public de statistiques, le revenu disponible ainsi que le niveau de vie des agriculteurs a reculé entre 1997 et 2003, et ce malgré la pluriactivité. «En 2003, le revenu disponible moyen d’un ménage d’agriculteurs se situe 5 % au-dessus de celui de l’ensemble des ménages, alors qu’il le dépassait en 1997 de plus de 25 %», souligne l’Insee.
«Comme un ménage d’agriculteurs comporte davantage de personnes que le ménage moyen, le niveau de vie des agriculteurs est désormais inférieur de 10 à 15 % à la moyenne», poursuit la note avant de préciser que «c’est chez les plus jeunes que le repli du niveau vie par rapport à 1997 est le plus prononcé».
La hausse des prix des produits agricoles et le poids des revenus non agricoles n’ont pas suffi à maintenir les revenus des agriculteurs à un niveau décent. Notons d’ailleurs que seuls 6 % des chefs d'exploitations professionnelles sont pluriactifs.
Cependant, ce constat doit être nuancé car les revenus agricoles varient fortement en fonction du type d’exploitation et du type de cultures. Que l’on soit viticulteur dans le Bordelais, éleveur de brebis dans les Pyrénées ou grand céréalier dans la Beauce, les revenus ne sont pas les mêmes.
Face à une telle situation, on comprend aisément l’attachement des agriculteurs français à la Politique agricole commune. Grâce à la PAC, le revenu moyen par actif a progressé en termes réels, une augmentation qui est également liée à la diminution du nombre d’employés dans l’agriculture. En effet, entre 1955 et 2000, la population active agricole est passée 6,2 millions de personnes (soit 31 % de l'emploi total en France) à 1,3 million d’individus (soit 4,8%).
Si la PAC a permis de sauvegarder les revenus des agriculteurs, ce constat est surtout vrai pour les années 90, car aujourd’hui, ses effets positifs sur le niveau de vie des agriculteurs français semblent s’effilocher, suite à la mise en place du droit à paiement unique (DPU), du découplage partiel et de leur conditionnalité. En 2005, la France a été le premier bénéficiaire de cette politique avec un taux de retour de 23% en 2003, loin devant l’Espagne (14,5%), l’Allemagne (13,1%), l’Italie (12,1%) et le Royaume-Uni (8,9%).
Le commerce extérieur agroalimentaire français excédentaire en 2006
Si les agriculteurs français s’appauvrissent, le commerce extérieur des produits agroalimentaires se porte bien. A en croire la dernière lettre de conjoncture du commerce extérieur agroalimentaire publiée par l’Agreste, organe du ministère de l’Agriculture et de la pêche spécialisé dans la statistique agricole, l’excédent des échanges agroalimentaires français a frôlé les 9 milliards d’euros l’an dernier, soit un milliard de plus qu’en 2005. Une situation en amélioration qui met un terme au mouvement de baisse qui a vu le jour en 2004. Ce progrès est essentiellement dû aux produits agricoles transformés. Il se concentre davantage sur les pays tiers et non plus sur l’Union européenne.
Autre changement majeur dans le paysage agricole : le visage des structures. Selon une étude de l’Agreste Primeur de février 2007, la part des petites exploitations de moins de 5 hectares va en grandissant. Elles étaient 130 000 en 2000, représentant 20% de l’ensemble des exploitations, 14,5% des actifs dans l’agriculture, 0,8% des surfaces agricoles et 1% du potentiel de production de l’agriculture française.
Quant aux exploitations de taille moyenne, comprises entre 10 et 15 hectares, leur part a reculé, passant de 47% à 31% en 2000. Leur disparition est liée à l’augmentation des exploitations de plus grande dimension. Mais au final, la surface du territoire consacré aux cultures agricoles régresse, passant de 72% du territoire en 1950 à 59% en 2003.
Conséquence de l’évolution de la taille des exploitations, le nombre d’exploitants a fortement baissé depuis 1960. Si en 1955, la France comptait quelque 2,3 millions d'exploitations agricoles, ces dernières ne sont que 590 000 en 2003, dont 62,2% considérées comme professionnelles.
Triste constat pour l’agriculture française : moins de surfaces, moins d’’exploitants et des agriculteurs plus pauvres que la moyenne des Français.
C.P.
Publié le 28 Février 2007
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