Dossier
L'investissement socialement responsable, un marché de niche... en plein décollage
Depuis les années 2000, le marché de l'ISR est en croissance constante.
Le 11 juin dernier était organisée la sixième édition du forum annuel de l'investissement responsable en Europe, organisée par le Forum pour l'investissement responsable. Deux journées bien remplies avec des sujets aussi divers que les indices ISR, l'engagement actionnarial, les places offshore, le reporting de développement durable des entreprises et des intervenants aussi variés que Vigeo, la Fondation Nicolas Hulot, Vinci, Total, Allianz GI, AXA IM, Crédit Agricole AM...
Coup de projecteur sur ce type d'investissement qui fait de plus en plus parler de lui.
Selon Novethic, centre de recherche sur la responsabilité sociale d'entreprise et l'investissement socialement responsable, à la fin 2007, le volume d’encours des fonds ISR disponibles sur le marché français s’élevait à 20,3 milliards d’euros répartis sur 175 fonds (contre une trentaine de fonds en 2001).
Ce volume est faible par rapport à l’ensemble du marché des OPCVM.
L’ISR ne représente actuellement que 5% des actifs sous gestion sur l’ensemble des marchés européens.
L’ensemble des produits financiers ISR souscrits par des investisseurs français s’élève à 22,1 milliards d’euros (deux tiers d’investisseurs institutionnels, en augmentation de 30%).
Néanmoins, le rythme de croissance de l’investissement ISR est important.
«D’autant plus que les données quantitatives ne sont pas forcément représentatives de la multiplicité des initiatives, des forums de discussion, des ressources investies par les gérants d’actifs, ou encore de l’implication des partenaires sociaux avec le comité intersyndical de l’épargne salariale», indique Antoine de Salins, membre du directoire du Fonds de réserve pour les retraites.
L’ISR, un marché de niche…
«Le marché de l’ISR reste un marché de niche», déclare Antoine de Salins.
La thématique semble a priori encore réservée à certains spécialistes.
«Ceci tient principalement à un déficit de pédagogie et d’information auprès des investisseurs institutionnels et particuliers sur ce qu’est l’ISR», explique Antoine de Salins.
Selon Laurence Pessez, Directeur de la responsabilité sociétale de BNP Paribas Assurance, «l’étude que nous avons réalisé sur le lien entre assurance vie et ISR à la fin de l’année dernière et dont nous avons révélé les conclusions en février met en évidence une véritable méconnaissance de l’ISR. Si 84% de nos clients savent ce qu’est le développement durable, 27% seulement ont entendu parler d’ISR, et 5% seulement déclarent détenir des placements ISR. Certains clients ne savent pas qu’ils ont des placements ISR. C’est typiquement le cas dans les produits de retraite par exemple».
Ainsi, lorsqu’un client souhaite souscrire un produit d’épargne auprès d’une banque quelconque, les produits ISR ne sont pas vraiment présentés dans la gamme, ou bien présentés en des termes qui ne sont pas entièrement convaincants.
«Il s’avère que la présentation du produit aux clients axe davantage sur la performance financière que sur la composition des produits. Cela peut s’expliquer par le fait que certains réseaux de vente ne pensent pas que les gens sont sensibles et réceptifs à ce type d’arguments», ajoute Laurence Pessez.
«De ce fait, il faut absolument faire un travail d’information et de pédagogie envers les réseaux de vente et les équipes marketing de manière à ce qu’ils puissent expliquer ce qu’est l’ISR, quels sont les tenants et les aboutissant des produits ISR, quels sont leurs avantages».
«Les études d’opinion montrent que les clients sont a priori intéressés par l’ISR, certains d’entre eux souhaitant réconcilier leurs convictions personnelles et leur démarche d’épargnant. D’autres veulent adopter une démarche d’épargne solidaire», affirme Antoine de Salins.
Les moteurs d’impulsion du marché de l’ISR
Deux éléments semblent clés pour le développement du marché de l’ISR : une implication plus approfondie de la part des investisseurs institutionnels et la prise en considération plus importante de l’ISR dans l’épargne salariale des entreprises.
Sur l’ensemble des actifs investis en ISR à fin 2006, 67% l’étaient par des institutionnels.
Selon la dernière enquête annuelle de Novethic, en collaboration avec Amadeis, BNP AM, sur l’état des lieux et les perspectives du marché de l’ISR institutionnel français, (enquête réalisée auprès de 51 investisseurs institutionnels représentatifs du marché français dont le montant total des réserves s’élève à plus de 700 milliards d’euros), 45% des investisseurs institutionnels interrogés estiment que la prise en compte de critères extrafinanciers va se diffuser à l'ensemble de la gestion dans les cinq à dix prochaines années.
Pour Arnaud de Bresson, directeur général de Paris Europlace, l’immobilisation des investisseurs institutionnels est nécessaire pour accélérer le développement à la fois du côté de l’offre et de la demande.
«Dans le but de dynamiser l’action de ces investisseurs institutionnels dont le rôle est central, nous recommandons dans le dernier rapport rendu par la commission « Investissement Socialement responsable » de Paris Europlace, l’élaboration d’un reporting annuel public sur la manière dont ils prennent en en compte les critères ESG la qualité de la gouvernance de l’entreprise, de la gestion des ressources humaines …) dans le cadre de leur politique d’investissement.
Ce faisant, ils susciteront un dialogue et assumeront les conséquences potentielles à long terme de leur action ou de leur inaction.»
Si l’on considère l’enquête publiée le 18 juin dernier par Novethic et Altedia Investment Consulting sur les entreprises et l’épargne salariale ISR, (enquête synthétisant les réponses de 31 entreprises du SBF120, réparties de façon relativement équilibrée du point de vue de la taille de leurs effectifs, parmi lesquelles Air France, Alcatel, Areva, Carrefour, EADS, EDF, France Telecom, Lafarge, PSA Peugeot Citroën, Renault…), 17 sociétés, soit plus de la moitié des répondants, proposent au moins un fonds ISR dans leur offre d’épargne salariale
Depuis 2001, 1 à 3 entreprises du SBF120 ont lancé chaque année une offre d’épargne salariale ISR pour leurs salariés.
En 2008, sur le seul premier trimestre, quatre entreprises ont intégré un premier fonds ISR à leur offre d’épargne salariale. De plus, un cinquième de celles n’offrant pas d’épargne salariale ISR pensent le faire à court terme, ce qui renforcerait encore la tendance constatée sur le premier trimestre 2008
L’étude met en avant le fait que les deux tiers des entreprises, déjà impliquées sur l’épargne salariale ISR ou non, considèrent que celle-ci va se développer fortement, voire se systématiser ou devenir obligatoire, d’ici 5 à 10 ans.
Les perspectives d’évolution de l’ISR
Selon Michèle Jardin, Directeur général d'IDEAM, «actuellement, nous observons un déplacement de la clientèle institutionnelle vers une clientèle banque privée ; ainsi qu’un développement de l’offre des actions vers les produits de taux. C’est la raison pour laquelle nous travaillons à élargir notre offre taux, pour le moment concentrée sur du crédit libellé en euro.»
Allianz GI vient d’ailleurs d’inclure l'approche ISR dans sa gestion de taux et a créé un fonds ISR qui se compose d'obligations de crédit et d'obligations souveraines.
Le rôle des investisseurs institutionnels dans le développement, la structuration et la professionnalisation de ce marché a été déterminant, et un énorme potentiel se trouve aujourd’hui chez les particuliers.
Une attente importante se ressent du côté de la clientèle privée. Ainsi, Laurence Pessez indique qu’«il y a une attente pour les fonds ISR, et un passage à l’acte qu’il faut faciliter. 40% des clients déclarent qu’ils ont vocation à accorder plus de place aux critères éthiques dans leurs décisions d’investissement. 56% d’entre eux indiquent qu’ils sont prêts à investir une partie de leur contrat d’assurance vie dans ces produits».
L’ISR n’est pas un phénomène de mode qui a vocation à passer. «Le scepticisme qui a pu m’habiter en 1999 a depuis basculé dans l’autre sens», confie Robin Edme. «Nous faisons face à de véritables transformations sociales dont on n’a pas encore pris la mesure.
Des choses ne sont plus admissibles, des salariés d’un groupe qui font l’objet d’une dizaine de plans de restructuration sociale par exemple.
Un nouveau mode de développement est recherché. Il y a un travail important de pédagogie à réaliser. Des prises de positions aussi ciblées et soutenues que celles de Tony Blair dans le domaine du réchauffement climatique méritent d’être multipliées. Le Grenelle de l’environnement est en cela un point de départ.
Les changements ne se feront pas aisément, sans douleur et sans tensions», conclut l’expert.
Imen Hazgui
Publié le 13 Juin 2008
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