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Rentrée littéraire


Le Goncourt ou comment faire la nique à Harry Potter


(Easybourse.com) Tous les grands prix littéraires, aux enjeux financiers considérables, sont décernés à l’automne. Voilà qui répond à la question, mais pourquoi un déferlement de titres en septembre ?

Les prix littéraires ? « Tout le monde s’en fout », tonitruait le dandy Frédéric Beigbeder, dans une chronique de Lire datée de septembre 2004 (cf ci-contre). Ce touche-à-tout aimant à cultiver le paradoxe constatait que le prix Goncourt, la plus prestigieuse récompense littéraire française, « ne fai[sait] plus vendre de livres ». Pour autant, les chiffres tendent à prouver le contraire. Et ce n’est pas François Weyergans qui s’en plaindra. Le lauréat du Goncourt 2005 pour Trois jours chez ma mère (Grasset), s’est réjoui qu’un public plus large, et surtout un public « qui ne s[avait] pas comment [il] [s]’appelai[t] avant », lise son livre. Ou comment faire la nique à Harry Potter et le prince de Sang-Mêlé (Gallimard) dans le classement des ventes de livres établi par L’Express. Alors que le dernier J.K. Rowling plastronnait en tête des ventes en octobre 2005, les mois de novembre et décembre ont, quant à eux, couronné le roman de François Weyergans.

Plus généralement, l’écrivain est arrivé second au classement des auteurs francophones les plus lus en 2005, derrière Marc Lévy et son Vous revoir (Robert Laffont), et devant Michel Houellebecq, prix Interallié pour La possibilité d’une île (Fayard), selon le palmarès annuel L’Express-RTL.

De 300 000 à 400 000 exemplaires vendus pour un Goncourt

Le prix Goncourt, le plus vendeur des prix littéraires, s’écoule, en moyenne, entre 300 000 et 400 000 exemplaires, et peut à lui seul sauver une maison d’édition de la faillite ou, du moins, lui assurer son bénéfice annuel. De quoi inciter ces maisons à ne pas manquer leur rentrée littéraire, d’autant que, comme le précisent Janine et Greg Brémond dans L’édition sous influence (édition Liris, 2001), la concentration dans le secteur accroît la pression financière et les exigences de rentabilité.

Aussi, les éditeurs, que les économistes se plairaient à définir comme des « individus rationnels », sortent pléthore de bouquins à la rentrée pour justement surfer sur la vague de prix littéraires. Du début novembre à la mi-mois, depuis le premier étage du restaurant Drouant ou les salons de grands hôtels parisiens, nombres de cercles littéraires se réunissent pour élire leur lauréat (le Goncourt et le Renaudot le 3 novembre, le Femina et le Médicis le 7 novembre, le Décembre, début novembre, le prix Interallié à la mi-novembre, etc.).

A cette ronde automnale des récompenses, trois maisons, Gallimard, Grasset et Le Seuil - «Galligrasseuil » dira Frédéric Beigbeder -, s’illustrent particulièrement. En un siècle, Gallimard et Grasset se sont, par exemple, partagé plus de 60% des prix Goncourt. Et l’année dernière, Gallimard a reçu les prix Décembre, Médicis et celui de l’Académie française.

Pas de machines à rafler des prix en 2006 mais des poids lourds

« La seule maison où l'on compte par demi-étages » comme la qualifiait Jean d’Ormesson publie, cette année, la seule tête d’affiche marketing en l’absence de Michel Houellebecq, à savoir Patrick Poivre d’Arvor, associé à son frère, Olivier, pour la signature de Disparaître, un roman qui réinvente les derniers jours de Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d'Arabie, le célèbre officier et écrivain britannique qui mena la révolte arabe contre les Turcs au cours de la Première Guerre mondiale.

Le livre du journaliste viendra remplir les étalages des librairies avec 682 autres ouvrages (20 de plus qu’en 2005, +67% par rapport à 1997, mais moins que le record établit en 2003 avec 691 romans sortis). Parmi lesquels, des écrits de la régulière, mais bête noire des critiques, Amélie Nothomb, qui avec Journal d’une hirondelle (Albin Michel) sort son quinzième roman en quinze ans – déjà troisième des ventes amazon alors qu’il n’est pas encore disponible -, le très controversé Yann Moix – Panthéon (Grasset) -, la provoquante Christine Angot - Rendez-Vous (Flammarion) – ou encore le déjà primé et professeur de littérature à Sciences-Po, Florian Zeller. Le prix Interallié 2004 pour La fascination du pire sort cette année Julien Parme (Flammarion) et aime à répondre aux critiques qui déblatèrent sur son manque de style et sa coupe de cheveux, qu’ « [il] n'[a] peut-être aucun talent mais[qu’il a] des ventes ».

Des ventes, Laurent Mauvignier, déjà donné favori du Goncourt par certains, devrait en faire avec Dans la foule, aux éditions du Minuit, qui s’inspire du drame du Heysel.

Publié le 25 Août 2006 Copyright © 2006 logo easybourse


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«Les prix Goncourt ne font plus vendre»


« Créé en 1903, le prix Goncourt a fêté son centenaire l'an dernier; or le voici sur le point de trépasser l'année suivante. (...) Des critiques ou éditeurs pseudo-courageux dénonçaient pêle-mêle la corruption du jury, son favoritisme envers quelques labels (le fameux «Galligrasseuil»), ses légendaires fautes de goût (passer à côté des Particules élémentaires de Houellebecq en 1998), son erreur historique de 1932 (couronner Les loups de Guy Mazeline au lieu du Voyage au bout de la nuit de Céline). (...) Il semble que cette fois l'alerte soit sérieuse. Depuis deux ou trois ans, quelque chose a changé: tout le monde s'en fout. Le prix Goncourt ne fait plus vendre de livres. Il n'en fait même plus parler! (...) Cette rentrée 2004 est celle du Goncourt de la dernière chance. Le choix de cette année devra être «littérairement crédible» et «commercialement efficace» ».

Frédéric Beigbeder,
Lire (sept. 2004)

 


 


 

Le match Sarko-Ségo d’avant 2007


Coulisse préélectorale, la rentrée littéraire est placée cette année sous le signe de la politique.

Le patron de l’UMP n’a pas attendu septembre pour sortir son essai. Témoignage se serait écoulé à 55 000 exemplaires en une semaine, 285 000 exemplaires auraient été tirés en quinze jours et une sixième édition serait déjà sous presse, selon l’éditeur XO. Du bluff, rétorque certains libraires qui expliquent que ces chiffres concernent les mises en rayons et non pas les ventes. Surtout que selon le système des « offices », des librairies, essentiellement les plus petites, reçoivent d’office un certain nombre de nouveautés sans les avoir commandées.

A l’inverse, Ségolène Royale, la candidate potentielle du PS, effectuera sa rentrée littéraire en novembre. Désormais annoncé à cette date, et tiré entre 35 000 et 55 000 exemplaires, Désirs d’avenir sera précédé toutefois par deux ouvrages : Ségolène et les éléphants de Philippe Alexandre et Les deux visages de Madame Royal d’un auteur qui a préféré rester anonyme… Qui a dit un proche de Nicolas Sarkozy ?
 

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