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Enquête


Le nucléaire, 'pas une si bonne affaire économique et écologique'


(Easybourse.com) Alors que les travaux de terrassement de l'EPR de Flamanville dans la Manche ont débuté en août 2006, les anti-nucléaires démontent un à un les arguments des pro-nucléaires. Selon eux, l'atome ne garantit plus l'indépendance énergétique de la France et coûte plus cher que toutes les autres énergies une fois comptabilisé les coûts de démantèlement et de gestion des déchets. Le nucléaire n'emêchera pas non plus le réchauffement climatique.

Le nucléaire est à classer au rang des exceptions françaises : 80% de l’électricité en France est produite par l'atome, contre 20% en Grande-Bretagne. De longue date, l’Hexagone a fait le choix de cette énergie afin de s’assurer une certaine indépendance énergétique, ainsi qu’une position de puissance militaire sur l’échiquier international. La France de de Gaulle s’est rapidement dotée de moyens conséquents pour y parvenir.

Dès la fin de la seconde guerre mondiale, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) a été créé dans le but de maîtriser la fission, préalable indispensable à toute recherche sur le nucléaire. Puis en 1955, la Commission PEON (Production d’électricité d’origine nucléaire) fut mise en place et prépara le plan électronucléaire lancé en 1973, sans aucun débat parlementaire. Celui-ci s’est notamment concrétisé par la mise en service de 58 réacteurs de 1977 à 2002, et la tentative avortée de Superphénix (1985-1997).

«Depuis les débuts du programme électronucléaire français, après les deux chocs pétroliers, le gouvernement fait un véritable travail de lobbying pour rendre la population favorable à cette source d’énergie», estime Michel Risser, membre bénévole de Greenpeace à Strasbourg et ingénieur à l’INSA. «Cela, entre autre, parce qu’au début de ce programme, nucléaire civile et militaire étaient indissociables», précise-t-il.

Il a fallu patienter jusqu’à la fin des années 70 pour que se pose la délicate question du démantèlement des centrales en fin de vie et de la gestion des déchets, entamant ainsi l’avenir de la filière nucléaire en France. Celle-ci est d’autant plus compromise aujourd’hui que le postulat d’indépendance énergétique n’est plus vérifié.

«Cette indépendance, toute relative, était vraie quand la France possédait encore des mines d’uranium rentables sur son territoire. Aujourd’hui ce n’est plus le cas puisque la France s’approvisionne dans des mines se trouvant sur d’autres continents», argue Michel Risser. «80% de l’énergie électrique dans notre pays provient du nucléaire, mais ce n’est pas pour ça que l’on consomme moins de pétrole que nos voisins européens».

«Sans l’intervention massive de l’argent public, aucune multinationale voudrait du nucléaire»

En outre, «le nucléaire n’est pas une si bonne affaire économique et écologique», ajoute Stéphane Lhomme, porte-parole du réseau «Sortir du nucléaire», démontant ainsi les arguments des pro-nucléaires.

Il est communément admis que le nucléaire est le mode de production le moins cher : deux fois moins que le gaz, deux fois et demie moins que l’éolien et cinq fois moins que le solaire. Mais raisonner dans une logique purement productiviste tronque la réalité du coût du nucléaire.

«Les coûts de démantèlement et la gestion des déchets nucléaires sont énormes », estime Stéphane Lhomme. Aussi, «une fois ramené le coût du nucléaire à ces considérations, tous les autres modes de production d’électricité sont moins chers». 

Selon lui, «dans chaque pays où il existe des parcs nucléaires, l’Etat finance». Et de conclure : «Le nucléaire est une énergie de pouvoir […]. Les seuls qui s’intéressent encore au nucléaire sont Bush, Blair, Ahmadinejad pour l’Iran, le remercié Berlusconi, la Libye, la Chine ou la France de Sarkozy. Ce ne sont pas des amis du genre humain.[…] Sans l’intervention massive de l’argent public, aucune multinationale en voudrait».

Le nucléaire, «climatiquement correct» ?

Quant à dire que le nucléaire, qui ne produit pas de CO2 responsable pour 2/3 des gaz à effet de serre, est une énergie , comme s’accorde à le dire Anne Lauvergeon, PDG d’Areva, le leader mondial du nucléaire, Stéphane Lhomme relativise. «Le nucléaire ne couvre que 2% de la consommation mondiale d’électricité», souligne-t-il. En conséquence de quoi, «même si le nucléaire était «climatiquement correct», il n’empêcherait pas le réchauffement climatique». D’ailleurs, il n’y a qu’à regarder «l’exemple des transports», majore Michel Risser, «la part de notre énergie que le nucléaire peut substituer est trop faible».

Rappelons que lors du dernier sommet européen des chefs d’Etat et de gouvernement, les 27 sont parvenus à un accord visant un triple objectif à l’horizon 2020 : réduction de 20 à 30% des émissions de carbone, économie d'énergie de 20% et augmentation de la part de l'énergie renouvelable dans la consommation électrique à hauteur de 20%.

Or, le nucléaire n’a pas été intégré dans la définition des énergies renouvelables, en dépit des espoirs français portés par Jacques Chirac. Il a toutefois reçu le statut d'énergie peu carbonée, pouvant être pris en compte pour la réduction globale des émissions de gaz à effet de serre.

Le président français souhaitait fixer un objectif de 45% d’énergie ne produisant pas de gaz carbonique. De cette manière la France, dont le nucléaire assure plus de 70% de l’énergie produite, aurait pu facilement respecter cet objectif.

Plusieurs pays de l’Est et de la Baltique ont d’ailleurs soutenu la France sur cette question, dans l’espoir que le nucléaire les rende moins dépendants du voisin russe.

Quoi qu'il en soit, Olivier Besancenot, candidat LCR à la présidentielle, refuse de choisir entre une pollution par le CO2 et une pollution issue des déchets nucléaires enfouis. Lors d'une conférence de presse organisée début mars par le collectif «STOP EPR» dans le but d'appeler les présidentiables à ne pas construire l'EPR et d'annoncer la manifestation du 17 mars, il a déclaré qu'«il n'y a[vait] pas de choix à faire».

Pour le réseau «Sortir du nucléaire», la solution au réchauffement climatique passe, certes, par le développement des énergies renouvelables (l’hydroélectrique, le photovoltaïque, l’éolien, la biomasse…), mais aussi par la baisse de la consommation de pétrole, de gaz, de charbon. Elle passe également par la construction de bâtiments qui consomment 90% d’énergie en moins, de bâtiments à énergie positive, qui produisent plus d’énergies qu’ils n’en consomment, de maisons passives.

Toutefois, Stéphane Lhomme admet qu’ «au niveau français, les industries ont fait des efforts en matière d’émission de CO2».

 

M.E. et N.S.

 

 

Publié le 23 mars 2007 Copyright © 2007 logo easybourse


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L’énergie nucléaire vue par les quatre principaux candidats


  • Nicolas Sarkozy : le nucléaire, «énergie du futur»

Conformément au programme législatif de l’UMP, qui préconise le maintien et le renouvellement du parc nucléaire, Nicolas Sarkozy soutient pleinement cette énergie : l’ «énergie du futur», selon le candidat. Le 31 janvier dernier, il avait déclaré devant la Fondation Nicolas Hulot que «nous n’avons pas d’autre alternative propre pour fournir une énergie de masse». Le président de l’UMP est également favorable à l’EPR (European Pressurized Reactor). En outre, Nicolas Sarkozy a évoqué fin février une coopération entre la France et l’Algérie dans le domaine du nucléaire civil.

  • Ségolène Royal : réduire la production nucléaire d’ici à 10 ans

Si elle affirme que «la France ne pourra pas se passer du nucléaire», la candidate du PS ajoute que «nous devons en premier lieu limiter sa place dans la consommation énergétique». Elle a ainsi pris l’engagement de ramener la part de l’électricité d’origine nucléaire à 50% d’ici 2017. Au sujet de l’EPR, Ségolène Royal déplorait que «la décision de lancer l'EPR a été prise par le gouvernement actuel dans des conditions d'analyse et de débat tout à fait contestables», dans un courrier adressé au réseau «Sortir du Nucléaire». Elle en a outre a promis d’engager le débat avec une discussion approfondie «non seulement sur l'EPR, mais sur l'ensemble du dossier».

  • François Bayrou : améliorer la transparence

Le président de l’UDF est favorable au maintien du nucléaire, mais souhaite améliorer la transparence en matière de sécurité. «On a la chance d’avoir un réseau de production d’électricité, non polluant du point de vue des gaz à effet de serre, même s’il reste à traiter la question des déchets», a-t-il déclaré. Se basant sur les estimations de physiciens, il espère qu’il soit possible, d’ici quelques décennies, d’effectuer un retraitement efficace des déchets. En ce qui concerne l’EPR, il considère que «les conditions du débat public n’ont pas été satisfaisantes».

  • Jean-Marie Le Pen : miser sur la recherche

Le président du FN souhaite «encourager la recherche en vue d’obtenir un nucléaire propre et sûr». Il s’est également engagé à «maintenir notre effort de production d’énergie nucléaire». C’est le seul des quatre « poids lourds » de la présidentielle à ne pas avoir signé le Pacte Ecologique de Nicolas Hulot.

An.P.

 

Le parcours atomique de Chirac


Dès son arrivée à l’Elysée en 1995, Jacques Chirac se retrouve aux prises avec l’épineuse question nucléaire. Trois ans plus tôt en effet, son prédécesseur François Mitterrand avait décidé la suspension des essais nucléaires. Pressé par le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) qui souhaite tester les nouvelles têtes prévues pour les missiles équipant les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) et la simulation, le président Chirac ouvre la dernière campagne de six essais, de septembre 1995 à janvier 1996, à Mururoa et Fangataufa, en Polynésie française.

Immédiatement, cette décision souleva des tonnerres de protestation, autant en France qu’à l’étranger, qui finiront toutefois par s’estomper. Chirac signe en effet le 24 septembre 1996, le traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TIC), et conduit la France à fermer les silos du plateau d’Albion, les usines de production  de matières fissiles de Pierrelatte et Marcoule, et à démanteler les missiles préstratégiques Hadès.

Néanmoins, la France ne milite pas pour un traité de désarmement général et total, pourtant prévu par l’article 6 du traité de non-prolifération (TNP).En chiffres, le nucléaire représente en 2007, 18% des investissements et 10% du budget des armées de 3,5 milliards d’euros par an. En janvier 2006, lors de son discours à L’île Longue (Finistère), Jacques Chirac a souhaité renforcer la crédibilité de la dissuasion nucléaire afin d’assurer l’approvisionnement énergétique et la protection des intérêts vitaux de la France et des pays alliés.

 

Plus de 60 000 manifestants contre l'EPR


A la mi-mars, plus de 60 000 personnes, selon Greenpeace, ont manifesté dans les villes de Rennes, Lyon, Toulouse, Strasbourg et Lille, contre la construction de l'EPR, réacteur nucléaire de troisième génération à eaux pressurisées, à Flamanville dans la Manche.

L'appel avait été lancé par le collectif « Stop EPR » qui regroupe plus d’un millier d’associations de 48 pays, parmi lesquelles on retrouve Agir pour l’environnement, Attac France, la Confédération paysanne, France Nature Environnement, Greenpeace, Les Amis de la Terre, Réseau Action Climat, Réseau Sortir du nucléaire, WWF France.

L'EPR est une nouvelle génération de réacteurs jugée de plus sûre, plus compétitive et plus respectueuse de l'environnement par les acteurs du nucléaires tels qu'EDF et Areva.

 

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