Agroalimentaire
Le vin français se casse la bibine
En septembre dernier, une déferlante catastrophiste s’abattait sur les vignobles hexagonaux : climat déplorable et conditions sanitaires douteuses, autant d’éléments à charge venant dégrader les bonnes perspectives de la cuvée 2007 qui allait ainsi passer au rang historique de plus mauvaise année du siècle en termes de quantités produites.
Selon l’Office national interprofessionnel des fruits, des vins et de l'horticulture (Viniflhor), il pourrait d’ailleurs s'agir de «la plus faible récolte enregistrée depuis plus de vingt ans, si l'on excepte les années 1991 et 2003 marquées respectivement par des gelées dévastatrices ou la canicule».
La qualité prime sur la quantité
Certes, la situation ne semble pas satisfaisante, et comme l’explique Françoise Brugière de Viniflhor, «à 47 millions d’hectolitres, la récolte 2007 s’annonce très réduite : -11% par rapport à 2006 et -10% par rapport à la moyenne des 5 précédentes récoltes. La moitié sud de la France est plus touchée. Climatologie atypique, pression cryptogamique et arrachage de 16 000 hectares de vignes se combinent pour expliquer ce résultat».
La quantité n’est toutefois pas tout, comme le relève le président des Vignerons indépendants de France (VIF), Eric Rosaz, selon lequel «le bilan [de la récolte 2007] est très positif d’un point de vue qualitatif».
Une qualité d’autant plus importante que, indique Françoise Brugière, «la production subit des variations liées au déroulement de chaque campagne. Une récolte comme 2004, abondante au niveau mondial peut créer un excédent conjoncturel qui mettra plusieurs années à se résorber. Mais une récolte limitée (-10% au niveau mondial pour les prévisions 2007) peut assainir la situation».
En définitif, estime-t-elle, «le marché mondial n’est pas structurellement déséquilibré».
L’autre aspect essentiel, lié à la quantité produite, se trouve logiquement dans la consommation de vin, or ici, le problème devient plus difficile à résoudre. En France, à en croire les études réalisées par Vinifhor, «la baisse de la consommation au cours des 40 dernières années est liée au changement de mode de vie. Après guerre, rappelle Françoise Brugière, le vin contribuait à la ration calorique des ouvriers et des paysans. La tertiarisation de l’emploi, la progression du travail salarié des femmes, l’éloignement croissant entre le lieu de travail et le domicile, ont profondément changé les modes alimentaires et induit une diminution de la pratique du vin quotidien».
Les Français buveurs réguliers ne sont ainsi plus que 20% aujourd’hui, contre quelques 50% au début des années 1960. Néanmoins, si nos compatriotes consomment moins, ils restent les plus gros consommateurs de vin au monde, devant les Italiens. Et s’ils le font, précise Eric Rosaz, c’est «pour des occasions particulières. Ils sont donc plus exigeants sur la qualité de leur produit et sur leur provenance».
Une adaptation inéluctable
Dès lors, parallèlement à ces changements des modes de consommation, les types d’exploitation et méthodes de production ont également évolué, notamment dans les années 1990 lorsque la mondialisation devint un phénomène incontournable pour le secteur.
Confirmant le mouvement de concentration de l’agriculture en général, Eric Rosaz observe ainsi qu’«en l’espace de 20 ans, le nombre d’exploitations de vignerons indépendants a été quasiment divisé par deux (62 000 en 1988 contre 37 000 en 2000), alors que la surface exploitée est restée la même».
A cette professionnalisation du secteur, traduite en particulier par une augmentation notable de la taille des exploitations, s’est ajoutée une refonte des circuits de distribution.
A titre d’exemple, le président des Vignerons indépendants de France rappelle qu’«en 1979, la vente en vrac représentait 80% des volumes et le principal circuit était celui du négoce […]. En 2000, le vrac ne représente plus que 66% des volumes et la vente directe est passée à 34%».
Une part par vente directe certes plus importante mais qui, selon Viniflhor, «reste marginale», tournant plus généralement autour de 15 à 20%. Selon Françoise Brugière, «la grande distribution écoule d’importants volumes (en France pour la consommation à domicile, 2/3 des volumes) et induit une concentration croissante de la filière. Le marketing, juge-t-elle finalement, devrait prendre de l’importance à l’avenir.»
Nicolas Sandanassamy
Publié le 30 octobre 2007
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