Dossier
Les banlieues se mettent à leur compte
Retrouvez notre article sur le développement de l'entrepreneuriat en France: France, l'entrepreneuriat ne fait plus peur...
Notre interview de Thibault Bechetoille, fondateur de Qosmos et ambassadeur des journées de l'entrepreneur: En France, on a désormais les moyens de développer des projets intéressants
Au choix ce soir, le thème de l’apéro : mexicain, rustique, love ou classic, le tout livré à domicile ! Il fallait oser. Sofyan et Rhida Zouaghi ont franchi le pas et ont créé Aperomobile. Cette petite société de service à la personne est née en 2008 à Saint Fons, petite ville périphérique de Lyon, classée en zone urbaine sensible. C’est en rentrant d’Angleterre, que les deux frères se lancent dans l’aventure. «Nous étions effarés par la facilité des anglais à créer des sociétés» raconte Rhida Zouaghi, chargé de la communication extérieure de la jeune pousse. Aujourd’hui, Apéromobile poursuit son développement et multiplie les points de ventes en France.
«Pour que notre projet soit pris au sérieux il a fallu convaincre de nombreux interlocuteurs, mais nous avons été forts et bien accompagnés» explique Rhida. A Saint-Fons, ils découvrent à deux pas de chez eux La Coursive, une pépinière de jeunes entreprises qui accompagnent les projets d’entrepreneuriat avant et après la création. «Ils nous ont mis en relation avec des acteurs du Grand Lyon» reconnaît Rhida.
L'accompagnement des jeunes comme un tremplin pour l'entrepreneuriat
Des structures comme celles-ci, il en existe de plus en plus en France. Il y a deux ans, l’Association pour le Droit à l’Initiative Economique (ADIE) a lancé Créajeunes pour répondre au besoin des jeunes de ces banlieues défavorisées à devenir leur propre patron. «Nous avons lancé cette initiative quelques mois après la vague d’émeutes dans les banlieues» explique Audrey Raabe, chef du projet Créajeunes. Dans le même temps, un sondage IPSOS fait l’effet d’une véritable prise de conscience : 75% des jeunes de banlieues veulent créer leur propre entreprise contre moins de 50% en générale.
Depuis, l’association a ouvert sept points d’accueil et a déjà intégré plus de 800 jeunes dans ses cursus de formation. Il s’agit de les aider à monter un projet et à en étudier la viabilité. L’association a mis sur pied des exercices de mises en situation pratiques comme la négociation de prix avec un fournisseur, ou la présentation d’un dossier chez un banquier. L’objectif est de travailler la posture et peaufiner des argumentaires plus ciblés. Des tutorats personnalisés, des permanences d’aides juridiques et administratives sont mis en place pour accompagner les jeunes dix-huit mois après la création de l’entreprise.
Un 'exutoire' pour des jeunes plein d'énergie
Pour ces jeunes, être son propre patron permet de contourner les discriminations à l’embauche dans des emplois salariés. Le Centre d'études et de recherches sur les qualifications (CEREQ) a publié des études inquiétantes. Parmi les jeunes qui sont entrés dans la vie active en 1998, 20% sont d'origines africaine et toujours au chômage cinq ans après, contre 10% pour des jeunes dont les deux parents sont nés en France, d'après le Cereq.
Ce n’est donc pas un hasard si 21% des jeunes issus de l’immigration se lance dans l’entrepreneuriat, contre moins de 10% de moyenne nationale. Contrairement aux idées reçues, les cités regorgent de talents cachés et débordent d’énergie. «C’est comme un exutoire» fait valoir Rhida Zouaghi.
Face à un environnement social dégradé, marqué par l’échec scolaire et les discriminations à l’embauche, ces jeunes ne se résignent pas et s’organisent. Audrey Raabe se félicite de «l’esprit de promo» qui se crée entre ces apprentis entrepreneurs lors des formations collectives de Créajeunes. Un réseau se tisse, on s’échange des tuyaux… La cité s’organise-t-elle ?
Pour l’opinion publique, la banlieue est trop souvent rattachée aux images de voitures brûlées et à l’échec de l’intégration. «J’ai horreur de la victimisation, si on a réussi avec mon frère c’est parce que notre éducation nous a inculqué la réussite par l’effort et le travail» répond Rhida Zouaghi sans toutefois nier la réalité sociale. A Bac+5, Rhida sait qu’il aurait pu trouver du travail, mais c’est «pour un emploi meilleur» qu’il a décidé de se lancer dans l’aventure de l’entrepreneuriat. Pas question de dénigrer l’école républicaine pour autant. Les frères Zouaghi organisent des ateliers de sensibilisation dans des classes de 3è. «Nous communiquons par l’exemple pour montrer que c’est possible quand on se dépasse» raconte Rhida Zouaghi.
La cité se met en valeur
Pour coller à leurs aspirations, ces chefs d’entreprises de demain engagent des projets proches de leur culture urbaine : musique, coiffeurs ethniques, mode… Les «wedding planers» (organisateurs de mariages) et les micro-crèches sont très courues. Les projets de niche accentuent l’originalité de ces initiatives. Un jeune a ainsi ouvert une société de CV vidéo, et plus original, un piano bar sans alcool a ouvert avec le soutien de Créajeunes. Pour Audrey Raabe, il y a une «touche jeune» dans ce foisonnement de projets d’entreprises. La chance des quartiers difficiles réside peut-être ici : de l’énergie à revendre, de la créativité et une culture urbaine qui ne se renie pas…
Nabil Bourassi
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Notre interview de Thibault Bechetoille, fondateur de Qosmos et ambassadeur des journées de l'entrepreneur: En France, on a désormais les moyens de développer des projets intéressants
Publié le 11 novembre 2009
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