Marchés
Nous raconterait-on des krachs ?
Sur fonds de crise des subprimes et de craintes de récession américaine, le plan Bush, destiné à relancer l’économie outre-Atlantique, n’a pas rassuré les marchés… Au contraire.
Non seulement, les propositions du président américain n’ont pas semblé suffisantes aux yeux des investisseurs, mais en plus, elles les ont conforté sur le fait que l’économie américaine marchait au ralenti.
Les bourses mondiales, qui glissaient déjà depuis le 1er janvier (-13% pour le CAC 40, -13% pour le Nasdaq, -9,5% pour le Dow Jones), ont connu lundi ce que certains appellent déjà un « lundi noir », rappelant ainsi le chao de 1929.
Alors que Wall Street était fermé lundi pour cause de «Martin Luther King Day», le CAC 40 perdait près de 7% et clôturait sous les 4 700 points, un plus bas de trois en fermeture, et le DAX allemand -l’indice européen le plus durement touché- perdait, lui, plus de 7% (6 790 points). Même des valeurs défensives comme l’or (-2%) ou des actions comme Veolia (-9%) et Suez (–8%) dégringolaient.
«Où sont les valeurs refuge en ce moment ?», s’interrogeait Jacques Burlot, gérant chez Tocqueville Finance. Quant à Michael Sellam, gérant chez Iris Finance, il expliquait que «les marchés [étaient] dans une phase émotionnelle et ne regard[aient] même plus les fondamentaux économiques».
«Quand on ne bouge pas, on gagne toujours »
Cela dit, pour Michel Cicurel, président du directoire de la Compagnie financière Edmond de Rotschild, il faut éviter le catastrophisme. «Le marché des actions n’a jamais été aussi prometteur», a-t-il tempéré, mardi matin, lors d’une conférence. Et d’expliquer : «Il faut considérer son investissement dans les actions comme son investissement dans un appartement. Il y a lieu d’avoir un vision sur le long terme, une trentaine d’années. […] Quand on ne bouge pas, on gagne toujours ».
Le système est totalement différent de celui de 1929, selon lui. «Les choses se passent au niveau planétaire […] des solidarités peuvent se créer».
Même optimisme chez Frédéric Leroux, directeur gestion global au sein de Carmignac Gestion, pour qui le tableau n’est pas d’un pessimisme noir, ne serait-ce que par le dynamisme des pays émergents.
Les politiques européens, et notamment français, se voulaient également rassurants. Nicolas Sarkozy et sa ministre des finances ont appelé, mardi, les marchés à garder «beaucoup de sang-froid», soulignant que la crise était spécifique aux États-Unis.
Crise ? Christine Lagarde avait dit plus tôt qu'il n'y avait «certainement pas» de menace de récession en Europe, à la différence des États-Unis…
Il est vrai que les indicateurs macroéconomiques américains montrent ces derniers temps des signes de récessions. La semaine dernière, les indicateurs de construction poursuivaient leur plongeon. Pareil pour le pétrole qui, après avoir flirté avec les 100 dollars le baril, terminait la semaine à 90 dollars, les craintes de récession l’emportant sur les tensions géopolitiques et les difficultés d’approvisionnement.
Devant ce constat, la Réserve fédérale américaine a décidé mardi d’abaisser son taux directeur de 0,75%, alors qu’une baisse de 0,5% était attendue fin janvier.
La décision de la Fed a permis aux marchés européens et asiatiques, de se reprendre un peu mardi, tandis que Wall Street débutait sa semaine dans le rouge.
Marjorie Encelot
Publié le 23 janvier 2008
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