Dossier
Nouveaux moyens de paiement : un business model viable ?
Pour saisir les enjeux et les opportunités que ce secteur offre, Easybourse a interviewé deux connaisseurs de ce secteur : JL.Pellegrinelli (directeur de l'innovation de GCE NewTec) et Y.Eonnet (CEO de Tagattitude). Cliquez ici pour voir la vidéo
Retrouvez également notre premier volet du dossier sur les nouveaux moyens de paiement en cliquant ici.
On a coutume de penser que les pays anglo-saxons -Angleterre et Etats-Unis en premier lieu-, sont souvent à la pointe de l’innovation. De fait, les expériences les plus célèbres de paiement ou de transfert d’argent par mobile nous viennent effectivement de là-bas, mais pas seulement…
Situation contrastée
En Afrique de même qu’en Asie, ce sont principalement les paiements par téléphone mobile qui ce sont développés, du fait d’un environnement particulièrement propice à ce type d’activité.
«D’abord parce que, estime Rambert Namy, directeur du mobile payment Sofrecom [filiale à 100% de France Télécom], dans les pays émergents, il y a un taux de bancarisation faible mais un taux d’équipement mobile fort. Or le principe du mobile payment dans les pays émergents, c’est de proposer un service de banque sur mobile aux populations non-bancarisées.»
A l’en croire, «les seules expériences de mobile payment qui marchent à grande échelle, sont les expériences dans les pays émergents.» Dans le détail, les premiers pays qui ont lancé ces services avec succès sont les Philippines avec la solution SMART MONEY, l’Afrique du Sud, et depuis deux ans, le Kenya avec la solution M-PESA.
En Europe donc, et notamment en France, la situation est sensiblement différente, au point que les expériences les plus réussies dans les zones géographiques précitées ne déterminent pas nécessairement ce que sera le visage de ce marché sur le Vieux Continent.
Cela étant, comme le constate Jean-Marie Dragon, le directeur marketing Argent au Quotidien de La Banque Postale : en France, «nous ne sommes pas en retard, et nous avons surtout l’avantage d’avoir travaillé sur la partie standardisation.»
Une maturation des business model encore d’actualité en Europe
En Europe, les expériences se multiplient -en France notamment, à Caen et à Strasbourg et bientôt à Nice qui doit lancer en 2010 une expérimentation avec du sans-contact mobile à large échelle-, mais aucun business model ne semble être finalisé à ce stade.
Les défis et les enjeux sont en effet multiples, les offres devant encore gagner en expérience. Devant les modèles économiques déjà en place dans les pays émergents, Jean-Marie Dragon estime qu’en France, «nous sommes un peu au milieu de tous ces modèles». Ce dernier précise toutefois que «le choix qui a été fait en France autour du mobile est de dire chacun son métier». Le France a donc, pour l’instant, opté pour un système où banques et opérateurs de téléphonie travaillent en coopération, et non en concurrence.
Néanmoins comme le souligne Jean-Marie Dragon, «il y a plusieurs niveaux de coopération possibles qu’il faut réussir à valoriser, et c’est que nous essayons de faire…»
L’idée est donc en France, de commencer par disposer d’une plateforme technique de normalisation relativement commune, afin «d’avoir des modèles économiques et industriels plus facilement atteignables».
Questions qui demeurent
Reste que pour proposer des offres alléchantes, un certain nombre de choix doit être fait. A commencer par la technologie : téléphone mobile NFC (avec carte intégrée ou non à la carte SIM) ou TPE biométrique, carte à lecture RFID (avec ou sans puce) ou lecteurs d’empruntes USB pour paiements online ?
Autre question à résoudre, quels types de paiements et de services devrait-on offrir ? Porte-monnaie électronique, débit sur compte bancaire, transfert d’argent, crédit, virement, assurances diverses…
Et que dire de l’évolution des rôles de chacun ! Avec la prochaine application de la Directive sur les services de paiement et la dérégulation imposée par ailleurs avec le SEPA [Single euro payments area], l’objectif du régulateur européen est en effet de s’assurer que la concurrence et la dynamique de marché s’amélioreront.
La lutte risque donc d’être âpre entre banques, nouveaux établissements de paiement, opérateurs de téléphonie et fournisseurs de technologie. De fait, les adaptations et les évolutions qu’implique l’émergence de ce marché auront des conséquences pour tous ces acteurs qui verront leur rôle grandement modifié.
De la définition des responsabilités à la gestion des risques, de la politiques de ciblage et de fidélisation à la tarification jusqu’aux questions de services et leur attribution en fonction des acteurs impliqués, de nombreux chantiers restent à ouvrir.
Pour l’heure, le secteur des moyens de paiement étant encore en construction, que ce soit d’un point de vue réglementaire ou sur le plan des nouvelles offres et des nouvelles technologies, il semble désormais évident que l’avenir de ce marché se joue aujourd’hui.
N.S.
Publié le 26 Juin 2009
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