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Enquête


L'imbroglio sur le coût du démantèlement des installations nucléaires


(Easybourse.com) Il est communément admis que le nucléaire est la source d'énergie la moins coûteuse pour produire de l'électricité. Certes. Mais une fois adjoints à cette considération les coûts de démantèlement et de gestion des déchets, bien que difficilement chiffrables, le choix de l'énergie nucléaire n'apparaît plus si bon marché que ça. Entre estimations de coût, méthodes de calcul, choix de définitions, l’atome ne cesse d'appeler des questions. Pourtant, le nucléaire passionne les débats, enflamme l’imagination de ceux qui y voient l’avenir d’une humanité moderne, tandis que pour d’autres, au contraire, le danger l'emporte sur toute autre considération.

Combien coûte le nucléaire ? A question simple, réponse compliquée... En 1979, la commission PEON (Production d'électricité d'origine nucléaire) avait émis un certain nombre d’hypothèses, réajustées par la loi du 30 décembre 1991, établissant le montant des dépenses pour démantèlement à hauteur de 15% de la valeur de la centrale.

Dans les années 1990, ainsi que le rappelle Didier Gasse, magistrat à la Cour des comptes et auteur du rapport public sur « Le démantèlement des installations nucléaires et la gestion des déchets radioactifs » (janvier 2005), «EDF avait tenté de répondre plus précisément à cette question, pour savoir si les provisions calculées seraient suffisantes. EDF a fait des études avec des scénarii de démantèlement immédiat, puis au bout de 25 ans et enfin de 50 ans. Il se trouve que le montant ainsi calculé était finalement en cohérence».

Toutefois, précise-t-il, «tant que l’on aura pas démantelé les premiers réacteurs de la série, on ne pourra pas jurer que le montant est celui là». Ce à quoi Frédéric Potelle, directeur de la communication financière chez Areva, rétorque que «[le leader mondial du nucléaire] fai[t] tous les jours du démantèlement puisque le démantèlement c’est exactement comparable à de la maintenance lourde d’installations dans laquelle [Areva] ne remplacer[ait] pas ce qu'[il] [a] démonté».

«Chacune de ces opérations fait l’objet d’un suivi de projet qui est comparable à celui que l’on peut faire dans n’importe quel projet d’ingénierie et de construction. Tous les coûts unitaires, par exemple combien de temps il est nécessaire pour scier un tuyau de tel diamètre, sont collectés et envoyés dans une base de données qui nous permet d’alimenter un modèle d’évaluation appelé ETEeval. Ces modèles-là sont rafraîchis au fur et à mesure des opérations de maintenance», précise-t-il.

«Le prix du démantèlement des 8 centrales arrêtées de première génération est extrêmement élevé»

D'un point de vue économique, la pérennité de la filière nucléaire suppose une certaine rentabilité. La question se pose d’autant plus vigoureusement, que les éléments grevant cette rentabilité, coût du démantèlement et de gestion des déchets radioactifs, sont l’objet d’inquiétudes et d’incertitudes que soulignent régulièrement les opposants au nucléaire.

Selon le porte-parole du réseau «Sortir du Nucléaire», Stéphane Lhomme, «les coûts de démantèlement et de gestion des déchets nucléaires sont énormes. Une fois ramené le coût du nucléaire à ces considérations, estime-t-il, tous les autres modes de production d’électricité sont moins chers».

Les complications surviennent dès le sujet défini. Selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), le démantèlement peut se décomposer en trois phases, établies dans les années 1980. Revenant sur cette division, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a, de son côté, instauré son propre cadre de référence où elle distingue : la mise à l’arrêt définitif décidée par décret, l’assainissement et enfin le déclassement, permettant de changer le statut administratif de l’installation concernée.

De là, le système gagne encore en sémantique sous l'égide d'EDF qui caractérise également le processus de démantèlement selon trois étapes : la déconstruction, l’assainissement et la démolition proprement dite.

D’après le rapport de la Cour des comptes, «le prix du démantèlement des 8 centrales arrêtées de première génération [appartenant à EDF] est extrêmement élevé, puisqu’il dépassait, dans les comptes 2003, 2,6 milliards d’euros pour une puissance installée de l’ordre de 2,7 GW, à comparer aux 17,2 milliards d’euros pour les 58 réacteurs en service représentant 63 GW, auxquels il faut ajouter 3,5 milliards au titre des derniers cœurs».

L’exemple a des vertus explicatives que la Cour a bien relevées. Citant le cas de la centrale de Brennelis, parmi les 8 centrales d’EDF dites de première génération en phase de démantèlement, la Cour a conclu à la vertigineuse difficulté d’estimer le coût réel du démantèlement.

D’un point de vue financier relève-t-elle, «les provisions pour le démantèlement de la centrale de Brennelis ont été dans un premier temps largement sous-estimées : de 1992 à 1999, les provisions ont oscillé entre 10 et 30 millions d’euros, pour des reprises très limitées. La révision de l’estimation des coûts de démantèlement est intervenue en 1999 et 2000 avec un « complément» de dotation de 200 millions d’euros». Au total, ce sont plus de 480 millions d’euros qui sont prévus, ainsi que 110 000 t de déchets.

Toutefois, précise la Cour, il y aura un effet de série qui devrait jouer pour les autres centrales…

La transparence à l'index

Naturellement, le constat fait par la Cour des comptes sur l’imprécision chronique des coûts de démantèlement, l'a amenée à porter son attention sur la transparence des comptes des trois principaux acteurs du nucléaire français : EDF, Areva et le Commissariat à l’énergie atomique (CEA).

Elle devint d’ailleurs l'une de leurs préoccupations majeures, tant la question des provisions pour frais de démantèlement se révélait cruciale vis-à-vis d’un nucléaire complexe et coûteux. Le manque de transparence dans ce domaine apparaissait tel, que l’évaluation de ces frais devint rapidement incontournable pour assurer l’avenir de la filière nucléaire en France.

Selon Didier Gasse, «la mise en œuvres des différentes réformes comptables (le règlement sur les passifs à partir de 2002 et la mise en oeuvre des normes IFRS à compter de 2005) a eu pour effet de faire apparaître au passif des bilans de chaque entreprise l’intégralité des provisions, c’est-à-dire la totalité des coûts à venir».

Néanmoins, ajoute-t-il, «pour avoir une véritable transparence, il fallait que tout le monde fasse apparaître à la fois les provisions actualisées, mais également la valeur totale en euros d’aujourd’hui, de ce que coûtera le démantèlement». Une nuance nécessaire à la clarté, car si l’écart entre les deux valeurs est important, cela signifie que les opérations de démantèlement sont étalées et éloignées dans le temps.

Quant à savoir si les fonds d’Areva et d’EDF sont sécurisés, plusieurs formules étaient envisageables, dont celle préconisée notamment par le réseau Sortir du nucléaire mais aussi par la Cour des comptes : externaliser les fonds dédiés en en transférant la gestion à un organisme comme la Caisse des dépôts et consignations. Cette dernière, malgré ses atouts, n’a pas été retenue.

La Cour estime pourtant avoir été entendue par le gouvernement qui a tranché par la loi votée en juin 2006. Elle prévoit finalement le maintien des fonds à leur place tout en affirmant que «nul ne peut se prévaloir d’un droit sur les fonds dédiés pour l’exécution des travaux correspondant aux provisions, même en vertu des dispositions du livre VI du code du commerce, relatives aux difficultés des entreprises».

Une solution qui devrait empêcher un exploitant nucléaire en faillite, de toucher aux fonds dédiés afin de régler ses créances ou d’y piocher de quoi financer sa croissance externe.

Satisfaction, donc, pour la Cour qui se dit toutefois « attentive à l’exécution de cette obligation : EDF a cinq ans pour constituer les fonds à hauteur des provisions, tandis qu’Areva l’avait déjà fait et que le CEA est encore au milieu du gué ».

Globalement, selon l’Etat, ce sont 68 milliards d’euros de provisions financières constituées par les exploitants qui seraient nécessaires pour le démantèlement des installations nucléaires. On pourrait dès lors considérer la question pécuniaire relativement close, si ce n'est que la méthode de calcul des provisions - qui repose sur plusieurs hypothèses, dont celle d’un retraitement-recyclage total de tous les combustibles, y compris du Mox (mélange de plutonium et d’uranium) - interroge.

Le nucléaire, le choix de l'indépendance énergétique ?

EDF admet, hormis le surcoût dû à l’émission de CO2, que les coûts de production des centrales à charbon, des cycles combinés à gaz et du nucléaire sont assez proches. Aussi, l'électricien pourrait très bien préférer le charbon et le gaz au nucléaire, sauf que le prix de ces combustibles représente une part trop importante du coût de production de l'électricité.

Pour les centrales à charbon, le prix du combustible représente entre 40 et 50% du coût de production, et entre 60 à 70% pour les cycles combinés. À l’inverse, l’uranium ne représente que 5% du coût de production. Pour EDF il apparaît donc que «cette faible sensibilité aux prix des matières premières est un des avantages du nucléaire et lui confère une grande sûreté d’approvisionnement». Mais pour Michel Risser, membre de Greenpeace Strasbourg et ingénieur à l’INSA, «cette indépendance, toute relative, était vraie quand la France possédait encore des mines d’uranium rentables».

En France, l’extraction d’uranium s’est interrompue en 2001 avec la fermeture de la mine souterraine de Jouac/Le Bernardan (Haute-Vienne).

La solution de l'indépendance énergétique pourrait se trouver dans le retraitement des combustibles usés. A ce niveau là, indique Laurence Piketty, chef du service assainissement du CEA Fontenay-aux-Roses, «le [centre] a mis au point un certain nombre de techniques afin de récupérer non seulement un maximum de plutonium et d’uranium, mais aussi tous les actinides mineurs contaminant les déchets de façon importante. Nous cherchons à avoir des déchets les moins radiotoxiques possibles. C’est tout ce procédé qui n’est pas encore industrialisé et qui sera mis en place dans les années à venir». Elle précise toutefois qu'elle n'est pas en mesure de répondre pour le Mox en particulier.

Si techniquement, Areva affirme être en mesure de réaliser un retraitement de tout le combustible, y compris du Mox, « la Cour des comptes, rappelle Didier Gasse, a constaté qu’on ne le faisait pas. La réponse avancée consiste à prédire que, dans la stratégie future du nucléaire français, on mettra au point dans les années 2040 et suivantes, des réacteurs de quatrième génération (l’EPR correspond aux centrales de troisième génération) consommateurs de plutonium. On a donc prévu que le Mox usé, qui s’accumule dans les piscines de La Hague, sera retraité à cette occasion lorsqu’on aura besoin de plutonium ainsi conservé ».

Outre l'aspect environnemetal et sanitaire, les déchets hautement radioactifs coûtent très cher à stocker comme l'évoque Frédéric Potelle. Il est donc dans l'intérêt des acteurs du nucléaire - en particulier pour EDF et le CEA, puisqu'«Areva est propriétaire d'une ultra minorité des déchets français» - de faire en sorte d'en avoir la plus petite quantité possible.

Plus globalement, le stockage des déchets donne lieu à querelles entre pro et antinucléaires. D'autant que les chiffres donnent la profondeur de l'abyme. Selon l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), le total des déchets produits par les installations actuelles jusqu’à leur fin de vie (démantèlements compris), dans un scénario de renouvellement du parc de centrales, atteindrait plus de 3 milliards de m3, tout type de déchets confondus. 
 
Au-delà de 2020, précise-t-elle, la quantité de combustibles usés déchargés chaque année des réacteurs EDF s'élèverait à 900 tonnes par an - la quantité déchargée aujourd’hui est de 1 150 tonnes. Et la quantité de combustibles déchargée entre 2020 et la fin de vie du parc actuel serait de 7 000 tonnes avec une hypothèse de durée vie, pour chaque centrale, de 40 ans.

Le texte de loi voté en juin 2006 apporte des précisions en la matière. Pour le stockage réversible en couche géologique profonde, il prévoit de réunir en 2015 tous les éléments nécessaires à une autorisation. Quant au centre de stockage éventuel, sa date de mise en exploitation est fixée à 2025.

Sur les 122 installations nucléaires en France, 22 sont d’ores et déjà à l’arrêt, dont Superphénix, mais toutes devront, selon la loi, être un jour démantelées. Les coûts de ces démantèlements et de la gestion des déchets radioactifs ont fait, et feront encore, l’objet de calculs alambiqués, mais ils serviront avant tout à alimenter le débat indispensable sur l’engagement de la France dans la voie de l’atome.

Marjorie Encelot et Nicolas Sandanassamy

Publié le 25 mars 2007 Copyright © 2007 logo easybourse


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L'Andra, éboueur nucléaire


C’est à l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), établissement public industriel et commercial, qu’a été dévolue le soin de la gestion à long terme des déchets radioactifs produits en France. Indépendante des producteurs de déchets, cette institution créée par la loi du 30 décembre 1991 est placée sous la tutelle des ministères en charge de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement.

 

La classification des déchets radioactifs


L’Andra distingue quatre familles de déchets, selon la durée (supérieure ou non à 30 ans) et l’intensité de leur radioactivité :
 Les déchets de haute activité à vie longue (HAVL)
 Les déchets de faible et moyenne activité à vie courte (FMAVC)
 Les déchets de très faible activité (TFA)
 Les déchets radifères et graphites

 

L'uranium dans le monde


Les réserves mondiales prouvées d'uranium, que l'on peut obtenir à moins de 80$/kg U, atteignent un total de 2516 milliers de tonnes, hors Chili et Chine (AIEA/OCDE 2001), pour encore 70 ans environ.

Les plus importantes ressources connues se trouvent en Australie (26%), au Kazakhstan (17%), au Canada (12%), en Afrique du Sud (9%), au Brésil (6,4%), en Namibie (5,7%), en Russie (5,5%), aux États-Unis (4,1%), en Ouzbékistan (3,6%), en Mongolie (2,4%), en Ukraine (1,7%), au Niger (1,2%) et en Algérie (1%).

 

Areva : l'EPR finlandais plombe le résultat opérationnel


Le chiffre d'affaires 2006 du groupe Areva, publié le 31 janvier 2007, s'établit à 10,86 milliards d'euros, contre 10,125 Milliards d'euros en 2005, soit une progression de 7,3%, dont 3,5% publiés dans le nucléaire et 15,9% dans le pôle transmission & distribution.

Le résultat opérationnel s'élève à 407 millions d'euros en 2006, en retrait par rapport aux 551 millions d'euros de l'année 2005. Cette baisse est essentiellement liée au recul du pôle Réacteurs & Services, affecté par le contrat OL3 en Finlande.

Le résultat net part du groupe ressort à 649 millions d'euros en 2006, en croissance de 43,9% par rapport aux 451 millions d'euros réalisés en 2005, hors résultat des activités cédées (pôle connectique) grâce à des produits de cession.

 

Superphénix, un projet avorté


Superphénix, ancêtre d'Iter basé sur la fusion nucléaire et non plus la fission, est le nom du prototype de réacteur à neutrons rapides et à caloporteur sodium ; successeur des réacteurs nucléaires expérimentaux Phénix et Rapsodie. Construit en 1977 sur la commune de Creys-Mépieu, dans l'Isère, Superphénix a été mis à l’arrêt définitivement en 1998.

Le coût de la construction (dix milliards de francs pour une prévision de quatre milliards) et de l'entretien de Superphénix durant son fonctionnement a été évalué à 40,5 milliards de francs et celui de son démantèlement a été estimé à 16,5 Milliards de francs. Sur le plan financier, le montant de l'opération Superphénix a donc été très important.
En 1997, la Commission de la production et des échanges de l'Assemblée Nationale a mis en avant des données économiques approuvant la poursuite de l'activité de Superphénix et indiqué que l'arrêt immédiat du réacteur était plus coûteux que la poursuite de l'activité même grevée d'un faible taux de disponibilité de l'infrastructure.

Superphénix avait un coût d'exploitation de 900 millions de francs par an, et aurait pu rapporter entre 1,5 et 2 milliards de francs par an. Le combustible utilisé aurait permis de produire durant 1 500 jours pleins, soit 4 ans, hors problèmes de fonctionnement (techniques, politiques ou administratifs). Les dépenses de fonctionnement venaient d’abord d'incidents techniques multiples empêchant la centrale d’être disponible en continu. Au total, Superphénix a, en 11 ans, fonctionné pendant 53 mois, subissant des réparations pendant 25 mois, jusqu’à être arrêté durant 54 mois pour des raisons administratives. La production d'électricité aurait dû rapporter 12 milliards de francs, elle n'en a fourni que 2 milliards. Le bilan comptable de la centrale de Creys-Malville n’est donc pas satisfaisant, bien que Superphénix ait montré ses possibilités durant une année de fonctionnement normale où le coefficient de charge (>90%) a dépassé celui des autres réacteurs du parc EDF, en 1996.

Finalement, l'expérience industrielle a été jugée coûteuse, et la possibilité d'une exploitation industrielle optimale souvent discutée.

 

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