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Economie


Pébereau et Lévy contre une loi sur les rémunérations


(Easybourse.com) Sans grandes surprises, les auditions de Michel Pébereau, président du conseil d'administration de BNP Paribas, et de Maurice Lévy, PDG de Publicis, organisées par la Commission des lois de l’Assemblée nationale n’ont fait que confirmer un constat déjà connu : les dirigeants de grandes sociétés françaises sont farouchement opposés à toute législation visant à encadrer leurs rémunérations. Pour Michel Pébereau, la solution se trouverait davantage dans l’autorégulation, tandis que Maurice Lévy mettait l’accent sur la pression exercée par le ‘marché internationale des cadres’ pour justifier des salaires ‘généreux’

C’est indéniable, avec 76,4 millions d'euros (hors STMicroelectronics) de rémunération totale moyenne (fixe + variable) en 2008, les dirigeants opérationnels des principales valeurs françaises ont vu leur salaire brut baisser de 13,8% par rapport à 2007.

De fait, certains d’entre eux ont même vu leur rémunération divisée de moitié, comme François-Henri Pinault, le PDG du groupe de luxe PPR. Dans le détail d’ailleurs, la baisse s’est principalement concentrée sur les patrons d'entreprises ayant bénéficié de l’aide de l'Etat, les banques et le secteur automobile en premier lieu.

Pour autant, l’opinion fortement relayée par la presse, sur fond de crise et de tensions sociales avivées par les révélations sur le salaire de certains patrons, n’a de cesse de critiquer le système de rémunération de ces grands patrons au point de pousser Nicolas Sarkozy à commander trois rapports dont les conclusions pourraient aboutir à une loi sur les rémunérations des dirigeants.

‘Il ne faut pas de loi’

C’est dans ce contexte particulièrement sensible que la Commission des lois présidée par le député UMP, Philippe Houillon, a décidé d’auditionner quelques grandes figures du patronat français sur «les nouvelles régulations de l’économie» et notamment sur la question épineuse des rémunérations des patrons.

Au menu des discussions entamées avec Michel Pébereau,  président du conseil d'administration de BNP Paribas, et Maurice Lévy, PDG de Publicis, l’examen des causes et conséquences de la crise économique et financière, mais aussi et surtout, la nécessité ou non de légiférer en matière de rémunérations des dirigeants d’entreprises.

Comme l’on pouvait s’y attendre, les deux patrons ont fermement dénoncé les abus, mais tout aussi fermement indiqué qu’ils n’étaient pas favorables à une loi. Il s’agit même d’une «conviction» pour le président du conseil d'administration de BNP Paribas, selon lequel «il ne faut pas de loi» mais croire aux vertus de «l’autorégulation».

Selon ce dernier en effet, le code éthique Afep (Association française des entreprises privées)-Medef, édicté en octobre 2008, serait amplement suffisant pour encadrer les rémunérations allouées aux dirigeants d’entreprises. Ce qui n’a pourtant pas suffit aux députés présents qui ont repris la critique faite par la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, concernant le manque de dispositions opérationnelles et les imprécisions sur les retraites complémentaires.

Le banquier Michel Pébereau estime d’ailleurs que «l’Etat doit éviter de légiférer dans la microéconomie» et en veut pour preuve que «l'inflation, elle a disparu le jour où l'Etat a cessé de fixer arbitrairement les prix». Et d’ajouter, mordicus, que c’est aux actionnaires et donc, au conseil d’administration de se prononcer…

Encore insuffisant ont estimé les membres de la Commission des lois car, s’est interrogé Philippe Houillon, «la seule préoccupation des actionnaires est-elle conforme à l'intérêt général de la société, comme le recommande la charte du Medef ?»

La voix du ténor de la banque semble à cet instant quelque peu faible. Documents à la main, ce dernier tente de convaincre les députés face à lui : «les rémunérations doivent être cohérentes avec l’environnement, d’une part vis-à-vis du monde bancaire, et d’autre part, vis-à-vis du monde de la bourse» avance-t-il, tout en précisant, bien à propos, «si les entreprises ont été aidées par l'Etat, alors oui, limiter les rémunérations des grands patrons est légitime».

Un marché des cadres international

A la question de savoir s’il existait bel et bien un «marché international des dirigeants», Michel Pébereau a simplement répondu par la négative…

Second round cette fois en présence du publicitaire Maurice Lévy, homme d’affaires français bien connu puisque faisant parti des dix plus hauts salaires de l’Hexagone, qui précisait aux députés de la Commission des lois qu’il y avait effectivement un marché, non pas des dirigeants mais des cadres. 

«Quand je veux un grand patron pour diriger un budget international, a-t-il affirmé, je vais le chercher aux Etats-Unis ou en Angleterre mais j’ai du mal à le trouver en France !»

Et pour justifier des émoluments «généreux» et attractifs, le PDG de Publicis précise que  «ces calibres internationaux sont soumis à une pression qui est elle aussi internationale…»

Quant à légiférer, Maurice Lévy considère qu’une loi «ne pourra pas encadrer la rémunération des grands patrons de façon efficace et intelligente». Rejoignant les propos tenus précédemment par Michel Pébereau, il estime qu’il s’agit-là «d’un comportement que tous les grands patrons doivent se donner et qui doit être en harmonie avec l’économie, le moment, avec les performances de l’entreprise et avec la valeur de chacun […]».

Et pour faire appliquer de telles dispositions, le PDG de Publicis botte en touche et n’hésite pas à insister sur le fait que «c’est surtout au conseil d’administration et au comité des rémunérations de prendre les décisions adéquates, et corriger quand les situations l’impose

Dans ces conditions, une charte de bonne conduite suffira-t-elle à éviter les abus ? Pour Michel Pébereau, cela ne fait aucun doute, d’autant que, a-t-il rappelé à maintes reprises, le code Afep-Medef «n'a pas d’équivalent dans le monde».

Reste à savoir ce que donnera la suite des auditions prévues la semaine prochaine, les députés entendront en effet les principales organisations syndicales ainsi que Claude Bébéar, désormais président du Comité des sages désigné par le Medef et l’Afep, tout un symbole.

Pour mémoire, rappelons que Claude Bébéar a été président du directoire d’Axa avant de céder sa place à Henri de Castries, pour devenir président du Conseil de surveillance d'AXA. Il est actuellement président de l'Institut Montaigne, un groupe de réflexion politique crée avec Alain Mérieux et Henri Lachmann, se présentant comme indépendant mais proche du pouvoir et des milieux patronaux.

Nicolas Sandanassamy

Publié le 15 Mai 2009 Copyright © 2009 logo easybourse


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