Dossier
Un ralentissement du rythme de progression de l'assurance vie qui n'est pas inquiétant
En 2008, le rythme de progression du marché de l’assurance vie poursuit son ralentissement. La baisse atteint 8% sur le seul mois de janvier, les cotisations ont baissé de 6 % en février. Depuis le début de l’année, les versements effectués s’élèvent à 24,3 milliards d’euros, en diminution de 7 %.
Les raisons de ce ralentissement sont diverses : la fin des transferts des PEL des banques et des transferts Fourgous, la concurrence des produits plus liquides, l’attentisme engendré par les inquiétudes concernant l’évolution des marchés financiers.
Selon Gilles Benoist, directeur général de CNP Assurances, «la grande croissance à deux chiffres qui avait marqué le marché français de l’assurance vie ces dernières années ne pouvait pas continuer, en particulier, pour des raisons mécaniques et automatiques liées au fort ralentissement des transferts des PEL qui avaient alimenté au cours de l'année 2006 près de la moitié de la croissance du marché français de l'assurance-vie (9% de 17%), et des transferts Fourgous».
La société a vu son chiffre d'affaires reculer de 3,4% en 2007 en France sur le marché de l'assurance vie.
Par ailleurs, du fait de la crise financière, l’augmentation brutale de la rémunération de l’épargne liquide par les banques a constitué un élément supplémentaire poussant à l’accentuation de la baisse dans la collecte de l’assurance vie. «Les gens ont eu tendance à placer leur argent sur le court terme, dans des livrets faiblement taxés et supportant peu de frais», précise Gérard de la Martinière, président de la Fédération française des sociétés d'assurance (FFSA).
Faut-il s’inquiéter ?
Si l’on en croit le président de la Fédération française des sociétés d'assurance, la réponse est a priori négative. «Les gens qui continuent à avoir besoin de se constituer une épargne de long terme pour répondre aux différents objectifs de gestion patrimoniale et familiale ne font pas un arbitrage définitif entre un livret et un produit d’assurance vie», signale le président.
Il y a donc plutôt une position d’attentisme à l’égard d’une épargne plus longue. Les épargnants diffèrent leur décision d’investissement dans un produit de plus long terme, le temps de voir comment les choses évoluent.
Gérard de la Martinière explique que «l’expérience montre que les situations d’inversion de la courbe des taux dans lesquelles la rémunération de l’épargne court terme est plus élevée que la rémunération de l’épargne long terme ne durent jamais très longtemps. Les marchés finissent par rétablir une hiérarchie normale du taux de rémunération de l’épargne qui doit augmenter au fur et à mesure que l’horizon de placement s’allonge».
Ainsi, la concurrence des produits bancaires - qui a fortement pénalisé l'assurance vie en 2007 - ne devrait pas durer éternellement, conclut Gilles Benoist.
Les perspectives du marché
Selon le président de la FFSA, l’assurance vie reste un très bon produit quelles que soit les circonstances. « Il y a alors lieu de distinguer deux aspects, le premier lié à la conjoncture financière, le second relatif à la modification de l’environnement réglementaire, fiscal… »
L’expert explique qu’au plan conjoncturel, l’assurance vie continue d’être le principal véhicule pour une épargne longue, 8 ans au minimum, 10 à 12 ans dans la pratique.
Le fait qu’à un moment donné les taux d’intérêt ne soient pas très attractifs par rapport aux taux courts et que les valeurs boursières soient chahutées peut momentanément perturber la collecte d’épargne mais ne modifie pas le profil de gestion des portefeuilles d’assurance qui orientent la performance des différents fonds. Ces dernières s’appréciant sur des durées longues permettant d’absorber les cycles baissiers.
«Par rapport à un environnement troublé et volatil, l’épargne longue notamment sous forme d’assurance est sans doute le meilleur moyen de protéger son patrimoine financier et de préparer les échéances fortes comme la retraite ou l’investissement immobilier», indique le président.
Au plan institutionnel, l’assurance vie est un produit bien inscrit dans le paysage financier français et apparaît comme le produit clé de l’épargne longue.
Selon Bruno Rostain, président du directoire d’Aviva France, l’assurance vie répond à un objectif de long terme et doit être conçue, gérée, dans une perspective de durée. De ce fait, la sensibilité à la conjoncture économique est relativement limitée, au-delà de l’impact immédiat qu’elle peut avoir sur la collecte annuelle.
Le déblocage de l’épargne salariale et la réforme des droits de succession
Au-delà de la crise financière, d’autres éléments peuvent jouer sur l’évolution du marché de l’assurance vie. Récemment, Nicolas Sarkozy a adopté des mesures dans le but d'inciter les Français à consommer davantage. Une des mesures concerne le déblocage de l'épargne salariale et l'autre la transmission de succession.
Si la réforme sur les droits de succession n’a qu’un impact limité sur le marché de l’assurance vie, selon les professionnels du métier, les inquiétudes sont plus importantes concernant le déblocage de l’épargne salariale.
Gérard de la Martinière déclare : «nous avons pu nous poser la question du changement de l’environnement juridique et fiscal dans lequel s’inscrit l’assurance vie compte tenu de la réforme sur les droits de succession. Une des caractéristiques de l’assurance vie est de permettre la transmission du patrimoine selon les volontés du souscripteur.
Après quelques mois de recul, les experts s’accordent à penser que cette réforme ne retire rien à l’intérêt que peut avoir l’utilisation de l’assurance vie en tant que complément d’exonération pour les patrimoines les plus importants, ou en tant que moyen efficace de gestion pour les situations familiales plus compliquées.
En dépit de la réforme des droits de succession, il est toujours intéressant d’avoir une partie de son patrimoine financier constituée sous forme d’assurance vie».
Gilles Benoist, directeur général de CNP Assurances, souligne que «la réforme des droits de succession n'a qu'un impact limité sur l'intérêt global de l'assurance-vie. Le premier motif unanimement décrit par les titulaires de contrats d'assurance-vie réside dans la préparation de la retraite.
Une épargne longue est nécessaire pour répondre aux enjeux fondamentaux de la retraite et de la dépendance».
Le scénario ne se présente pas de la même manière concernant le déblocage de l’épargne salariale.
Pour Gilles Benoist, directeur général de CNP Assurances, «si l'on change complètement la structure de l'intéressement de la participation et qu’on le rapproche du salaire, le schéma global de l'épargne salariale risque d'être remis en cause.
L'intéressement reste un moyen important de motivation des collaborateurs des entreprises. De ce fait, je pense que les pouvoirs publics ne supprimeront pas un tel dispositif».
Bruno Rostain, président du directoire d’Aviva France, déclare de son coté : «si on regarde les besoins, on voit bien que la retraite, voire la dépendance, vont nécessiter une épargne long terme croissante. De la même manière, le financement de l’économie en confirme les besoins. Pour autant, de façon ponctuelle et conjoncturelle, on peut comprendre la volonté de relancer l’activité économique en soutenant la consommation, et c’est ce que le gouvernement s’efforce de faire».
Gérard de la Martinière ne comprend tout simplement pas très bien la logique de cette mesure. «L’épargne salariale est un outil permettant de familiariser la population des travailleurs salariés avec l’épargne de long terme. Le déblocage s’inscrit en contre sens de la philosophie de ce dispositif.
Il n’est pas impossible que cette mesure affecte le marché de l’assurance vie. Mais tout dépendra de l’arbitrage qui sera fait par les bénéficiaires : conserver cette épargne et la reporter dans un autre instrument ou la consommer. Dans ce dernier cas, la question se pose de savoir si au final ce déblocage ne conduira pas à creuser le déficit du commerce extérieur de la France» signale t il.
Enfin, Helman le Pas de Sécheval, directeur financier du groupe Groupama, estime que «toute mesure incitant à réduire les encours d'épargne ne peut être que négative pour les assureurs. Mais les mesures envisagées ne concernent pas le segment de clientèle TPE/PME qui constitue avec les particuliers notre coeur de cible».
Imen Hazgui
Publié le 27 mars 2008
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