Informatique
STMicro reste dans le rouge à cause d'une acquisition difficile
Les réactions à l’annonce vendredi de la création d’une joint-venture avec son homologue néerlandais NXP, société de semi-conducteurs indépendante créée par Philips, afin de regrouper leurs activités clés dans le domaine des technologies sans fil au sein d'une co-entreprise, ont été mitigées.
Si l’objectif de cette association, à savoir devenir l’un des «trois premiers du secteur du multimédia mobile et sans fil» (avec 14% de parts de marchés) et concurrencer Qualcomm et Texas Instruments, est salué, les modalités sont plus contestées : en effet, cette joint-venture qui sera détenue à 80% par STMicroelectronics représente un investissement financier particulièrement lourd.
Le groupe franco-italien a cherché à rassurer en indiquant que l'opération sera relutive au niveau du résultat net par action cash (en non-GAAP) dès 2009 grâce notamment à des synergies sur les coûts annuels de plus de 250 millions de dollars en 2011.
Les analystes sont tout de même inquiets, à l’instar de JPMorgan qui estime que «la taille de la transaction est susceptible de peser sur le cours de l'action STMicro à court terme». Il réitère cependant sa recommandation à «surperformance» et son objectif de cours à 12 euros. Les autres analystes sont plus sévères et certains à l’instar d’UBS redoute même un profit warning sur les résultats du premier trimestre du groupe à paraître le 29 avril.
Les actionnaires vont devoir être patients
Les agences de notation prennent le relais : Standard & Poor's a annoncé vendredi avoir placé la note 'A-' de crédit long terme et de dette senior non subordonnée du fabricant franco-italien de semi-conducteurs sous surveillance avec implication négative. L'agence de notation a, par ailleurs, confirmé la note 'A-2' de crédit court terme du groupe.
Mais Patrice Cochelin, analyste crédit chez Standard & Poor's, pense «mettre en suspens la surveillance dans les semaines à venir» après avoir évoqué avec la direction de STMicroelectronics «la future stratégie du groupe, le profil financier pro forma de la co-entreprise, la politique financière après la restructuration de la co-entreprise, et les perspectives de développement».
Cependant, il partage les inquiétudes des analystes sur l’impact financier de cette acquisition qu’il juge élevé (le multiple valeur d'entreprise sur chiffre d'affaire se situe autour de 1,3). Il s’interroge également sur la pertinence du calendrier retenu, jugé risqué au moment où l'économie américaine ralentit fortement, pesant sur l'économie mondiale et rendant difficile la réalisation de synergies dès 2009. Cette acquisition devrait peser sur le chiffre d’affaires de STMicroelectronics d’un côté et de la joint-venture de l’autre.
Par ailleurs, sa place de numéro trois mondial aux côtés de Qualcomm ne doit pas faire oublier que Qualcomm a une longueur d’avance, notamment en matière de dépenses en R&D. Elles s'élèvent à 800 millions de dollars pour la joint-venture de STMicroelectronics contre 1,9 milliard de dollars pour l'américain.
Les défis sont nombreux mais pas insurmontables, d’après l’ensemble des analystes qui estiment tout de même que le chemin va être, sinon long, en tout cas difficile. Et que les actionnaires vont devoir être patients pour bénéficier des retombées de leur investissement et de la place de numéro trois mondial de cette joint-venture.
L'action a clôturé en forte baisse de près de 4% vendredi, à 6,81 euros (- 3,88%), et a ouvert en forte baisse avant de remonter légèrement. L'action reste dans le rouge, à 6,78 euros (-0,59%).
Laure Gaillard
Publié le 14 Avril 2008
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