Dossier
Un cataclysme pour le secteur bancaire
Ces différents accidents arrivent à un moment où il est de plus en plus difficile pour les établissements financiers de céder des portefeuilles d’actifs déjà sous stress, dans la mesure où le marché devient de moins en moins liquide.
Face à la montée des risques, la Fed et une dizaine de banques ont annoncé la création d’un fonds anti-faillite d’un montant de 70Mds de dollars, de manière à fournir le financement nécessaire lors des périodes de crise.
Un plan de sauvetage dessiné par le Trésor devrait par ailleurs être finalisé ce week-end pour faire le ménage dans toutes les sociétés financières en leur permettant de se débarrasser de leurs créances douteuses. Il s’agirait d’une immense structure de défaisance portée par l’Etat (à l’instar de ce qui s’est produit dans le dossier du Crédit Lyonnais) pour reprendre tous les mauvais risques, toutes les mauvaises dettes et mauvais crédits des banques américaines.
«Nous sommes à l’heure actuelle à un peu plus de 550 mds de dollars de pertes et de dépréciations. Le niveau des augmentations de capital est à 350 mds. Le gap est relativement important. Parallèlement, le capital disponible pour investir est de plus en plus rare. De moins en moins d’acteurs sont prêts à injecter du capital dans les établissements financiers», explique Franck Dixmier.
En outre, selon Vincent Juvyns, ces incidents ont contribué à renchérir les coûts de financement sur le marché interbancaire, qui ajoute : «Les taux de crédit interbancaires sont actuellement à des niveaux record».
«Par ailleurs, se ‘déleverager’, céder des actifs devient un exercice de plus en plus difficile» indique Franck Dixmier.
«Finalement, la seule option pour les établissements les plus fragilisés se réduit à s’adosser à un acteur plus solide ou disparaître ; conséquence typique d’une crise de surcapacité. C’est de ce fait que le terrain va être assurément de plus en plus miné» conclut le directeur gestion d’Allianz GI France.
Vers une remise en cause du modèle de banque d’investissement indépendante
A en croire Franck Dixmier, les acteurs les plus fragiles sont actuellement les banques irlandaises, certaines banques anglaises (comme Bradford & Bingley), des caisses d’épargne espagnoles et d’importants acteurs suisses, notamment UBS.
Mais si les projecteurs sont essentiellement tournés vers les grandes institutions, le risque est grand de voir des acteurs de moindre importance déchanter, à l’instar de multiples autres banques régionales qui ont des dettes négociables de moindre ampleur, et ne sont généralement pas cotées.
Selon Romain Boscher, directeur de la Gestion Actions Europe et International chez Groupama AM, il est à craindre que les plus grandes victimes de la défaillance de Lehman Brothers, soient toutes les institutions qui ont un modèle de fonctionnement proche de la banque de financement et qui subiront une crise de confiance même s’elles n’auront pas eu à supporter de perte.
Il est vrai que la disparition des trois grandes banques d’investissement américaines pose la question de l’avenir du modèle de banque d’investissement indépendante qui, par définition, n’a pas accès à un financement long sur une base stable de dépôts pour assurer la continuité de leurs activités de marché et de banque d’affaires, très consommatrices de fonds propres.
Les regards se sont tournés, de fait, vers les deux acteurs restants, Goldman Sachs et Morgan Stanley. Ces deux acteurs ont prouvé leur capacité à traverser cette crise sans trop de dégâts.
Mais selon Romain Boscher, «la problématique ne réside pas dans la capacité bénéficiaire de ces acteurs, mais est liée à l’insuffisance de liquidités» .
La spirale de la défiance est telle qu’elle place de facto les deux derniers brokers dans une situation extrêmement difficile pour assurer leur financement. Goldman Sachs et Morgan Stanley ont tous deux environ 33 Md$ d’échéances obligataires d’ici à la fin de l’année 2009, or ces marchés leur sont totalement fermés actuellement.
Alors que les résultats du troisième trimestre de Goldman Sachs sont meilleurs qu’attendu, le CDS de Goldman Sachs s’est écarté de plus 200 pb à la suite de l’annonce de la société. Morgan Stanley, traitait le 17 septembre sur des niveaux de CDS proches de 10% sur l’Euribor.
A noter que Merrill Lynch, qui avait énormément souffert en fin de semaine dernière sur les marchés de crédit, traitait -avant son rachat par Bank of America pour 50Mds (29$ l’action, soit une prime de 70%)- sur un niveau CDS 5 ans à 420 pb vendredi soir à la clôture.
Aussi certains experts à l’instar de Thibault Cuilliere tablent sur une certaine remise en cause du modèle de broker dealer indépendant. Autrement dit, «sur l’accélération d’une tendance de long terme apparue il y a 10 ans qui a résidé dans un adossement des brokers dealers indépendants à des banques globales bénéficiant de dépôts importants», énonce le stratégiste de Natixis.
Ce qui justifie que des rumeurs aient circulé sur d'éventuels rachats ou partenariats. On évoquait ainsi un possible rapprochement entre Goldman Sachs et Wells Fargo, une des dernières banques américaines qui résiste relativement bien à la crise, et qui est relativement peu exposée au marché immobilier non-prime. «Wells Fargo n’ayant par ailleurs pas encore participé à la consolidation (contrairement à Bank of America et JP Morgan)», constate Thibault Cuilliere.
De fait, la banque d'affaires américaine Morgan Stanley aurait été en discussion avec le fonds d'investissement China Investment Corp. (CIC). Et selon le Financial Times, le chinois, qui serait préféré à l'américain Wachovia, aurait pu prendre jusqu'à 49% du capital de la banque d'affaires…
Au final, nous avons appris ce week-end que la Fed a autorisé Goldman Sachs et Morgan Stanley à changer de statut afin de devenir des banques commerciales. Cela leur permettra de recevoir des dépôts, d'accroitre ainsi leurs ressources et leurs fonds propres, et d'avoir accès aux prêts d'urgence à court terme de la Fed.
Ce changement aura alors pour conséquence de soumettre ces deux institutions à des règles plus restrictives et à un contrôle plus rigoureux.
C'est la fin d'une époque où ces acteurs avaient la possibilité de développer à outrance l'usage des produits dérivés de crédits.
Imen Hazgui
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Publié le 19 septembre 2008
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