Dossier
Un doublement des prix des céréales en 8 mois
Les raisons de cette forte envolée sont diverses : une densité démographique plus importante, des changements dans les habitudes alimentaires (en Chine on observe une multiplication par 5 de la consommation de kilo de viande), de moins en moins de terres cultivables, une faiblesse des stocks, l’influence des biocarburants, la dégradation des conditions météorologiques, un recul des exportations…
«Les chiffres dernièrement publiés par le département agricole des Etats-Unis révèlent une baisse des plantations concernant le maïs de 3,8% (à l’origine 90 millions d’hectares). Le soja a connu la plus faible augmentation depuis 1995» signale Danièle Tohmé-Adet co-responsable de la plateforme EasyETF au sein de BNP AM.
La diminution des surfaces arables est aussi structurelle en raison de l'urbanisation, en particulier dans les pays émergents.
Par suite, les niveaux de stocks sont très faibles. «Les stocks mondiaux de riz (rapportés à la consommation) sont au plus bas depuis 1977 et il faut remonter au-delà des années 60 pour retrouver des stocks mondiaux de blé aussi faibles que ceux d’aujourd’hui (ces stocks représentent deux mois de consommation mondiale)» précise Hervé Lievore, stratégiste au sein d'AXA Investment Managers. «Le département agricole américain a sorti sa dernière mise à jour mensuelle il n’y a pas longtemps, les stocks de soja ont été revues à -10%» ajoute Benjamin Louvet, directeur général délégué de PRIM' Alternative.
«Des marchés aussi tendus sont très sensibles à tout recul de la production» indique Eliane Tanner.
Face à l'augmentation des besoins énergétiques et au renchérissement des énergies fossiles, la structure de production des produits agricoles est aussi influencée par le développement des biocarburants.
«En témoigne l’exemple du coton» déclare Hervé Lievore . «Alors que le prix de la fibre de coton textile est équivalent à celui du début des années 2000, le cours actuel de l’huile de coton servant à la fabrication de biocarburant est très sensiblement supérieur à celui des années 2000. Les prix ont été multipliés par plus de 3».
Aux Etats-Unis, le maïs est la première matière agricole utilisée dans la production d'éthanol. «La demande de maïs destiné à la production d'éthanol a augmenté d'un tiers cette année» précise Benjamin Louvet. Et depuis deux ans, la moitié de la croissance de la consommation mondiale de graines de soja est imputable aux biocarburants européens et américains.
La dégradation des conditions météorologiques accentue les difficultés. L'Australie qui est un des premiers exportateurs mondiaux de céréales, a connu ces dernières années une très grande sécheresse. La sécheresse a également sévi en Ukraine, qui est le grenier à grain de l'Europe. Dans le même temps, nous avons eu des inondations en Amérique du Sud, une tempête de neige en Chine, d’une violence extrême pour la saison. « Près de 40% de la récolte d’oléagineux de type colza utilisé dans la fabrication de l'huile, et servant de base à la nourriture animale a été endommagée, voire détruite. Ainsi les Chinois vont être obligés d’importer massivement des oléagineuxs de l’extérieur pour compenser les pertes de production. Ceci va constituer un fort soutien des prix » déclare Benjamin Louvet.
Le cours du soja a aussi été soutenu par les pluies torrentielles qui s'abattent sur le Brésil, à tel point que les moissons ont été pour l'instant interrompues.
Les achats massifs et la mise en place de taxes à l'exportation par de nombreux pays émergents, Chine et Inde en tête, pour limiter l'inflation alimentaire sur leur marché domestique ont accentué cette hausse sur le court terme.
Enfin, de plus en plus de pays font face à une inflation interne très forte et s’efforcent, pour défendre leurs prix domestiques, de limiter les exportations : la Russie, l’Argentine, le Kazakhstan, cinquième exportateur mondial de blé. Seuls les Etats-Unis et le Canada ont aujourd'hui les capacités nécessaires pour fournir des céréales sur le marché mondial.
Selon Benjamin Louvet, s’agissant de l’évolution de ce compartiment des matières première, «il n’y a pas, dans le meilleur des cas, d’incident météo et la courbe devrait légèrement se détendre. Mais la tendance de fond est que la demande est bien présente et qu’elle est complètement inélastique au prix.
En effet, autant sur le pétrole ou sur les métaux, il est possible de reporter ses achats, ou de les remplacer par d’autres achats -il n’est pas concevable de faire de substitution en ce qui concerne les denrées alimentaires. Se nourrir est un besoin primaire».
Imen Hazgui
Publié le 03 mars 2008
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