Biotechs
Un fonds pour les Biotechs de 150 millions d’euros
La nouvelle est plutôt bien accueillie dans l’industrie des sciences de la vie française qui a déjà souffert d’une chute «conjoncturelle et préoccupante de 79% des investissements» en 2008, selon les données fournies par France Biotech.
Création d’un fonds dédié
France Biotech, l’association des entrepreneurs des sciences de la vie, a en effet annoncé mercredi 3 juin avec le Fonds stratégique d’investissement (FSI) la création d’un partenariat visant à «accompagner le FSI dans l’évaluation de projets innovants issus des biotechnologies» nécessitant des investissements de sa part.
Partant du constat que «des enjeux forts de santé publique [étaient] attachés à cette filière», cette dernière comptant par ailleurs plus de 400 entreprises pour près de 4 000 emplois, le FSI a donc décidé de suivre de près l’évolution de ce secteur en renforçant tout d’abord son intervention indirecte via l’activité de fonds de fonds de CDC Entreprises dans le cadre du dispositif France Investissement.
En chiffres, rappelle le FSI, cet appui représentait déjà au 31 décembre 2008, 295 millions d’euros répartis dans 152 PME de biotechnologies depuis les 6 dernières années.
Mais le FSI compte aller plus loin. Son président, Gilles Michel, a également indiqué que son fonds, doté de 6 milliards d’euros de liquidités, s’engageait à appuyer la création d’un nouveau fonds d'investissement dédié aux entreprises de biotechnologie, à hauteur de 75 millions d’euros sur les deux prochaines années.
Le FSI prévoit en outre de consentir «une souscription à hauteur d’un tiers aux côtés de grands laboratoires pharmaceutiques français et d'autres investisseurs». Au total, estime Gilles Michel, la dotation de ce fonds devrait donc s’élever pour commencer entre 100 et 150 millions d’euros.
En complément de ces engagements, le président du FSI a précisé que son fonds avait aussi «vocation à regarder les dossiers jusqu’à 10 millions d’euros, en co-investissement avec les fonds de la place», si jamais des projets intéressants n’étaient pas couverts par le fonds et nécessitaient un investissement «direct». A raison de 2 à 3 projets par an au maximum…
Enfin, et surtout, le FSI s’est engagé à ce que la durée des investissements, soit portée à 10 ans, «compte-tenu de la longueur du processus de développement d’un nouveau produit» qui peut d’ailleurs atteindre 15 ans…
Réformer l’épargne française
De bien bonnes nouvelles donc pour le secteur des biotechs qui ne donnent toutefois pas entière satisfaction. Il s’agit certes d’un pas important allant dans la bonne direction, ainsi que l’indiquait le président de France Biotech, Philippe Pouletty, mais ce dernier ne cache pas l’impérative nécessité d’un changement de mentalité profond qu’il faudrait voir naître en particulier dans le domaine de l’épargne.
S’il s’avoue «optimiste» et se réjouit «de la volonté du FSI d’investir aux côtés des investisseurs privés (…)», Philippe Pouletty n’en oublie pas pour autant les quelques chiffres décrivant l’abyme qui nous sépare d’un secteur autrement plus dynamique outre-Atlantique.
D’après lui, en effet, «pour que l’industrie des Biotechs françaises ait un rythme de croissance stable par rapport à l’industrie anglo-saxonne, il faudrait multiplier tous les montants d’investissement dans le secteur (capital risk, FSI, Etat, etc.) par 4 à 5.» Et pour avoir une industrie dynamique, ce dernier précise qu’il serait nécessaire «de retrouver un rythme d’investissement annuel entre 500 millions d’euros et 1 milliard», sachant qu’en 2007, les levées de fonds ont atteint 650 millions d’euros avant de fondre de 79% en 2008…
Pour autant, Philippe Pouletty constate que la solution existe dans la mesure où, rappelle-t-il, «l’épargne financière française avant la crise représentait 3 000 milliards d’euros !» Et l’assurance-vie, quelque 1 400 milliards d’euros, avant la crise.
Aussi estime-t-il que la meilleure solution «consisterait à flécher 5% de l’assurance-vie, contre un avantage fiscal, vers les entreprises innovantes.» Une idée déjà proposée en 2004 par Nicolas Sarkozy qui avait alors convoqué les assureurs pour qu’ils prennent un engagement solennel.
«Malheureusement, se souvient Philippe Pouletty qui prit part aux négociations, il était pressé et a demandé que 6 milliards d’euros provenant de l’assurance-vie soient investis dans les PME à fort potentiel de croissance «notamment» innovantes. A l’époque, la compréhension du cabinet du ministre, et de nous, conduisait à penser que cela devrait représenter au moins 50% des 6 milliards allant vers les jeunes entreprises innovantes. Mais pour les assureurs, et en particuliers pour Gérard de la Martinière, président de la FFSA [Fédération française des sociétés d’assurance, ndlr], en français «notamment» signifiait 5%...».
Force est de constater, comme le relève le président de France Biotech, que «les assureurs-vie n’ont pas tenu leurs engagements de 2004 puisqu’ils comptabilisent dans leurs investissements des filiales de sociétés d’assurance, des sociétés de gestion, etc.»
Demeurant pourtant confiant, ce dernier en fait le pari, «avec une croissance molle de 2,5% en période de récession, […] dans les deux ans qui viennent, il y aura en France une réforme de l’épargne.»
Pour l’heure, le Fonds stratégique d'investissement, contrôlé à 51% par la Caisse des dépôts et à 49% par l'Etat français, a prévu de lancer le fonds dédié aux biotechs d'ici à la fin du mois de juillet. Son but, faire vite et susciter autant que possible une dynamique et un effet d'entraînement…
Nicolas Sandanassamy
Publié le 04 Juin 2009
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