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Une croissance chinoise trop artificielle pour perdurer ?


(Easybourse.com) Depuis plusieurs mois, un certain nombre d’indicateurs favorables plaident pour une reprise rapide de l’activité de l’économie chinoise. Le discours sur la crise se veut à l’intérieur du pays d’un optimisme très volontariste. Les autorités chinoises continuent de prévoir une croissance d'au moins 8% pour 2009 alors qu’au premier trimestre cette croissance n’a été que de 6,1%.  La thèse officielle constamment rappelée part du constat que la Chine a touché le fond et est sur la lancée d’une reprise durable. La réalité est loin d’être aussi évidente...

L’indicateur PMI dans le secteur manufacturier, depuis son rebond en décembre pour le deuxième mois consécutif, vient de s’établir au-dessus des 50 points, signe d’une expansion industrielle réamorcée. Les importations de cuivre ont véritablement explosé, avec un gain de plus de 60% en avril par rapport à avril 2008, à 400 000 tonnes, après déjà +55% en mars et +45% en février.

L’intervention publique avec le plan de relance massif décidé par le gouvernement et l’octroi des crédits bancaires à de grandes entreprises d’Etat dans le domaine de la construction, des infrastructures ou de l’immobilier, tiennent l’économie à bout de bras. Mais le secteur privé a toujours du mal à prendre le relais.

Panne des secteurs les plus dynamiques porteurs de la croissance chinoise

Si certains chiffres pourraient tendre à s’améliorer dans certains pans de l’économie nationale, pour autant les secteurs les plus dynamiques porteurs de la croissance chinoise -l’exportation et la production industrielle- restent mal en point.

La production industrielle tend à ralentir après un rebond observé au mois de février, passant de +11% à +7,3%. Les statistiques montrent que les bénéfices cumulés des entreprises du secteur ont baissé d’environ 40% au premier trimestre 2009 par rapport au quatrième trimestre 2008. Le chiffre d’affaires n’est pas au rendez-vous et la structure des coûts supportés par les entreprises chinoises n’a pas évolué. Les salaires au niveau national sont en hausse de 14% en glissement annuel au premier trimestre.

Les exportations (qui représentaient 38% du PIB en 2008) sont elles aussi orientées à la baisse en variation mensuelle depuis le mois de mars (-3,5% en avril par rapport à mars en données corrigées des variations saisonnières). Dans certaines régions traditionnellement les plus riches comme le Guangdong, des centaines d’entreprises ont dû mettre la clé sous la porte.

Dans ces conditions, difficile de déterminer quelle sera la tendance de moyen-long terme que prendra la croissance économique chinoise. Pour Hervé Lievore, stratégiste au sein d'AXA Investment Managers, le redémarrage sera laborieux. Valérie Niquet, directeur du centre Asie de l’Institut français des relations internationales, table quant à elle sur un effet stimulant du plan de relance encore quelques mois mais qui ne résoudra pas les problèmes structurels de la Chine à plus long terme.

Une distribution du crédit en plein explosion

En l’espace de quatre mois les banques chinoises ont atteint le seuil de 5200 milliards de yuans (soit environ 761 milliards de dollars) autrement dit plus que l’objectif fixé par le plan de relance pour l’ensemble de l’année 2009 (qui était de 5000 milliards de yuans, soit environ 732 milliards de dollars). Les banques ont sur-réagit par rapport aux directives de l’Etat.

«Nous assistons à une certaine dissension entre d’une part la volonté du gouvernement chinois de voir une reprise de l’économie suffisamment rapide et forte pour éviter un dérapage de l’emploi et, d’autre part, l’autorité de régulation bancaire chinoise (la China Bank regulatory Commission) qui commence à s’inquiéter de la vitesse de progression des nouveaux crédits» indique Hervé Lievore.

La CBRC par la voie de son président, Liu Mingkang, a indiqué qu’au-delà de 6000 milliards de yuans de nouveaux crédits accordés sur une année, le risque de voir les créances non performantes s’accumuler devient réel. Or «quand bien même nous retiendrions une hypothèse très conservatrice pour le reste de l’année -à savoir 300 milliards de yuans par mois- nous atteindrions facilement les 7500 milliards de yuans cette année» signale le stratégiste d'AXA IM.

Ceci étant, avoir les encours de crédit qui augmentent rapidement n’est qu’une partie du problème. L’autre partie du problème est de renforcer les fonds propres pour permettre aux banques de passer des provisions en cas de besoin. Il est avéré en effet qu’une partie conséquente des crédits accordés a été orientée vers des investissements qui n’étaient pas la priorité du gouvernement. Sur les quatre premiers mois de l’année, l’escompte de créances commerciales a représenté 31% de la hausse des crédits bancaires, alors même que ces escomptes représentent moins de 10% de l’encours des crédits.

«Le fait que ces créances aient significativement augmenté montre à quel point le système bancaire chinois a dû octroyer des crédits en proportion très importante sans forcément avoir conscience de la solvabilité des entreprises auprès desquelles elles distribuaient leur crédit» commente Hervé Lievore.

La politique de distribution de crédits vise à faire du chiffre à très court terme sans se soucier de la qualité des projets, de la santé des entreprises auxquelles on prête. «Au début des années 2000, la Chine avait tenté de faire un peu le ménage dans les institutions financières chinoises. Ce plan de contrôle et de rationalisation est totalement remis en cause. On se retrouve alors avec des effets de collusions, voir de corruption entre les banques d’Etat et les entreprises d’Etat plus ou moins viables, confortés par l’établissements de relations personnelles, et accentués par le fait qu’il n’y a pas dans le pays de système légal développé» relève Valérie Niquet.

Doit-on craindre dans ce cas des effets négatifs à terme, découlant de la distribution du crédit dans le pays, et qui seront supérieurs aux effets positifs ? Selon Hervé Lievore, «même si les créances douteuses venaient à progresser avec le temps, du fait de l’appartenance des institutions bancaires à l’Etat, il reviendra à celui-ci d’assurer leur pérennité. Dans ces conditions, le côté négatif potentiel de la situation pourrait être facilement géré par le gouvernement».

La situation devient en revanche discutable pour ce qui concerne la constitution de bulles. Il est assez évident qu’une partie des fonds investis sur le marché domestique des actions a été financé par du crédit détourné. «Ce qui se passe aux Etats-Unis et en Europe est peu encourageant. Par contraste, le dynamisme de la Chine risque d’attirer énormément d’intérêts très rapidement. Il est alors envisageable que l’on aille sur le marché boursier à un niveau au-delà de ce qui est fondamentalement légitime» estime David Gaud, gérant, Zone Asie hors Japon au sein de Edmond de Rothschild Asset Management.

Depuis le début de l’année la bourse de Shanghai est en hausse de 52%, les valeurs H, les actions chinoises cotées à Hong Kong, sont en progression de 37% et le marché de Shenzhen est en augmentation de 66%.

L’épargne de précaution, principal handicap pour le développement de la consommation chinoise

Depuis janvier, les ventes au détail ont augmenté de près de 15% en taux nominal. Les ventes en volume ont quant à elles progressé de 16% en glissement annuel. A la même période, l'année dernière, les ventes en volume avaient progressé de 13% alors que le PIB s'est sensiblement contracté entre temps. De 11%, il est passé à 6,1%.

Pour Hervé Lievore, cette hausse des ventes au détail est totalement artificielle. Le gouvernement s'est lancé depuis le mois de février dans une politique de subventions à destination des populations rurales qui acquièrent des biens de consommation durables de faible prix. La subvention représente un certain pourcentage du coût d'acquisition : 13%. «Cette politique a eu des répercussions remarquables dans les premiers mois de sa mise en œuvre. Je m'attends alors à une baisse des ventes au détail, une évolution plus en phase avec les fondamentaux du pays» déclare l’expert.

David Gaud ne partage pas cette opinion. Selon lui, il n'est pas possible d'imputer la bonne tenue de la demande domestique uniquement à ces subventions. «La politique de subvention n'a pas encore été mise en pratique sur une large échelle.  Si nous considérons les subventions pour les produits électroniques, elles ont à peine commencé et ne sont pas si facile à obtenir (il faut d’abord acheter le bien et ensuite aller réclamer la subvention)».

Le gérant d’Edmond de Rothschild Asset Management table sur une croissance de la consommation domestique de 8 à 10% sur l'ensemble de l'année.

Ce pronostic bute toute de même sur deux obstacles majeurs. Tout d’abord le taux d’épargne dans le pays ne cesse de s’élever. Le chiffre des dépôts bancaires de la part des ménages qui sont un bon indicateur de l'épargne en Chine, était au mois de mars dernier en progression de 30% en glissement annuel. «Historiquement, nous n'avons jamais vu une telle croissance des dépôts. Nous avons donc une forte augmentation de l'épargne de précaution» relève Hervé Lievore. Ce fort taux d’épargne s’expliquerait d’après Valérie Niquet par la remontée de l’inquiétude de la population liée au fait de devoir passer une période particulièrement difficile dans les mois à venir.

Qui plus est, l'essentiel des crédits qui ont été alloués au premier trimestre ont été destinés aux entreprises liées de près ou de loin aux programmes d'investissement de l'Etat. Les ménages n'ont pas réellement bénéficié de cette envolée des crédits bancaires. Même si on pourrait s’attendre comme le signale David Gaud à ce que les banques élargissent progressivement leur offre de crédits auprès des consommateurs -depuis 2005, le taux interbancaire à un an en Chine était monté de 5,25% à 7,25% en juin 2008- les effets ne devraient se faire ressentir qu’en 2010-2011.

Le pouvoir politique en danger …

La crise tend à remettre en cause la légitimité du parti au pouvoir entièrement basée ces dernières années sur sa capacité à faire croire que l’absence de démocratie, de droits de l’homme ou de système légal efficace, était compensée par une croissance économique importante. Le contrat social confucéen qui a été passé est en train d’être compromis.

Le PNB par habitant est de 2500/2600 dollars par an. La Chine se situe au 107ème rang mondial. Le coefficient de Gini, qui mesure le degré d'inégalité de la distribution des revenus dans une société donnée est un des plus élevés au monde. Il se situe au-dessus de 45.

Les dépenses sociales sont très faibles. La santé représente 1% du budget d’ensemble, l’éducation 2% (contre 4% en Inde), l’administration 25%, les travaux publics 40%. Sur un peu plus de 5 millions de diplômés en 2008, un tiers n’a pas trouvé de travail. On ressent une manifeste insatisfaction au sein de la société chinoise.

Le risque est réel de voir les provinces rurales déstabilisées. Sur 150 millions au total, on estime à 26 millions le nombre de travailleurs migrants sans emploi depuis le début de l’année. Ce chiffre est à relativiser pour David Gaud. «Le nombre total d’employés en Chine approche les 780 millions. Si nous considérons qu’il y aura entre 20 et 25 millions d’inactifs dans le pays d’ici décembre, cela nous donne un taux de chômages de 3%, ce qui reste très faible. Lors de la crise de 1998, nous nous étions retrouvés avec plus de 50 millions de sans-emploi. Ceci démontre le fait que le pays est bien mieux adapté et bien plus fort pour faire face à la crise» explique le gérant d'Edmond de Rothschild AM.

Le Parti veut gagner du temps dans l’espoir que la reprise se fasse le plus rapidement possible au niveau international. Pour éviter tout dérapage, la priorité a été donnée au développement des infrastructures dans les provinces rurales comme la construction de digues et d’infrastructures d’irrigation, très utiles sur le plan local pour faire prospérer la production agricole qui génère un fort volume en main-d’œuvre non qualifiée, peu d’importations et qui permet d’éviter de grands mouvements d’exode.

Il est possible que d’ici la fin de l’année les autorités annoncent un autre plan de soutien davantage orienté vers les consommateurs en milieu urbain, qui sont pour le moment les grands oubliés du plan de relance mais qui constituent pourtant le fer de lance de la consommation chinoise.

Les autorités ont signalé par ailleurs leur intention de mettre en œuvre un plan de création de systèmes de protection sociale quasiment inexistants à l’heure actuelle. Cependant, non seulement les sommes consacrées sont minimes mais qui plus est, le déploiement de ce plan devrait se faire sur le long terme.

Si l’équilibre social chinois n’a pas vocation à être ébranlé pour le moment, la question du rééquilibrage vers le marché intérieur qui pourrait apporter de véritables solutions devra se poser tôt ou tard selon Valérie Niquet. «Cette question implique une remise en cause en termes de fonctionnement et de gouvernance telle qu’elle touchera aux fondements du système. La principale inconnue réside dans l’interrogation suivante : quand et sous quelle forme se fera la transition politique qui devrait avoir une influence déterminante sur l’orientation du développement de la Chine».

Imen Hazgui

Publié le 04 Juin 2009 Copyright © 2009 logo easybourse


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Une stratégie de contournement par rapport aux Etats-Unis ?


Par deux actions spécifiques (les DTS et les accords de swaps) la Chine a affiché sa volonté de venir concurrencer l’usage du dollar en tant que monnaie de référence internationale.

De quelle manière doit-on interpréter ce comportement. Certains pourraient être tentés de l’analyser comme une forme d’éviction tentée par la Chine vis-à-vis des Etats-Unis.

De l’avis des différents experts interviewés par Easybourse, aucune volonté machiavélique n’est à rechercher derrière tout ça.

L’article du gouverneur de la Banque de Chine Populaire sur les DTS était un message destiné plus à marquer les esprits qu’à entrer dans les faits. La démarche consistait à promouvoir le passage d’un système centré sur une devise vers un système centré sur un panier de devise. 

Par les accords de swap, la Chine essais d’encourager l’utilisation du renminbi auprès des pays avec lesquels elle négocie des contrats de swap (Brésil, Corée du Sud).
Eu égard à son poids grandissant dans l’économie mondiale, la Chine apparaît très en retard en ce qui concerne les réformes nécessaires liées à sa devise.

L’économie chinoise ne représente qu’environ 4500 milliards de dollars en termes de PIB courant, soit un peu plus de 5% seulement du PIB mondial contre plus de 20% pour les Etats-Unis. C'est environ deux fois la France. Mais le PIB chinois en parité d'achat, c'est-à-dire du volume, est en réalité près de trois fois supérieur. 
La Chine représente environ la moitié des variations de volume dans tous les domaines : pétrole, minerais, composants électroniques etc… Elle est ainsi devenue le premier marché mondial des voitures en mars dernier avec près d’un million de voitures neuves vendues, au-dessus des ventes américaines.
Si l'on tient compte du delta et de la projection de croissance du PIB en 2009, la Chine va contribuer cette année à hauteur de la moitié de la croissance mondiale et à près de 60% de la liquidité mondiale.

Or la monnaie chinoise n’est pas convertible facilement, n’est pas accessible, et a une valorisation encore trop faible. A terme, ce manque d’accessibilité risque de constituer un frein au développement de la Chine.

Les accords sont en quelque sorte des tests destinés à amener la Chine à occuper pleinement sa place sur le plan géopolitique et macro économique.

Mais pour l’ensemble des experts, le discours chinois manque de crédibilité et les limites d’une telle tentative paraissent évidentes.

Si la Chine souhaite que le yuan joue un rôle plus important sur la scène internationale, il lui faudra assouplir son régime de change et autoriser davantage les opérations financières transfrontières. La Chine ne pourra pas imposer le yuan comme monnaie de règlement international si par ailleurs, elle n’autorise pas l’utilisation du yuan comme monnaie négociée sur les marchés financiers.

Or Pékin n’est pas disposé en effet à s’exposer de la sorte aux fluctuations de marché.

 

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