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Non, la rigueur n'est pas une bonne idée

Non, la rigueur n'est pas une bonne idée

(Easybourse.com) Nous faire croire que la rigueur budgétaire et l'euro fort vont nous sortir de la crise est déraisonnable.

Le combat pour un euro fort est reparti. Dans une longue tribune adressée au quotidien économique Handelsblatt, la chancelière allemande, Angela Merkel, explique qu' «un euro fort présente un intérêt vital, car une monnaie stable est indispensable pour maintenir la confiance des gens dans l'économie sociale de marché, et parce qu'elle renforce le pouvoir d'achat».

L'Allemagne défend son vieux modèle bec et ongle. Il faut une monnaie forte associée à la rigueur budgétaire. C'est, selon Angela Merkel, la seule façon de renforcer l'économie. Les Allemands ne sont pas les seuls à partager ce sentiment, d'autres comme le président de la BCE réclament que l'ensemble de la zone euro s'inspire de l'orthodoxie rhénane. Ainsi, lors d'une intervention aux rencontres économiques d'Aix en Provence, Jean-Claude Trichet expliquait : «
Nous sommes dans une période où il faut gérer très attentivement l'ensemble des budgets, C'est ce que nous demandons, c'est ce qui correspond à l'intérêt de la croissance à long terme. Il faut renforcer la confiance, ca veut dire avoir des politiques budgétaires soutenables pour tous. » Mais à la question : ne pensez-vous pas que ces mesures d'austérité risquent de pénaliser la croissance à court terme ? Celui –ci rétorque sans hésitation : « je ne le crois pas du tout ». Pas la peine de se perdre en conjectures et explications, seule sa parole suffit.

Mais voilà, le doute s'installe. Comment imaginer qu'on puisse renouer avec la croissance si en même temps, il faut nous restreindre. On comprend bien la logique de l'indispensable restriction des dépenses publiques, la nécessité de recourir de nouveau à l'impôt pour éponger l'emballement de la dette. Mais de là à nous faire croire que la rigueur puisse s'opérer sans douleur surtout dans la situation que nous connaissons actuellement, laisse perplexe. Pourquoi Jean Claude Trichet s'acharne-t-il à ignorer les risques d'un tel traitement de choc ?

On raconte que les Français manquent de culture et d'intérêt pour les sciences économiques. Mais, l'information qu'ils reçoivent, n'aide pas à la compréhension non plus. Il paraît que les médias ont un grand rôle et une grande responsabilité dans ce domaine. C'est ce que m'expliquait très récemment
Michel Rocard alors que je l'interrogeais sur la situation économique en Europe : «si vous, les journalistes, vous vous bornez à organiser le débat en donnant la parole à tout le monde, en restant prudemment planqués et en ne prenant pas partie, vous ne faites pas vraiment votre métier de journaliste». Ses paroles résonnent encore et à la lecture des propos d'Angela Merkel, mon sang ne fait qu'un tour. Il me faut donc dénoncer les thèses dangereuses à la fois de Jean-Claude Trichet et de la chancelière allemande. Non, il ne faut pas croire à ce qu'on entend Outre-Rhin. La rigueur imposée aujourd'hui n'est pas une bonne chose pour notre économie à court terme, ni même la nécessité d'un euro fort. Si en effet, il est grand temps de faire le ménage dans les comptes publics, il fallait le faire avant, quand tout allait mieux. Ce n'est surement pas aujourd'hui le meilleur moment pour le faire. Et là, je vous cite encore, Monsieur Rocard : «Jouer dans ces conditions-là (une période sans croissance), à je suis honnête, je paie mes dettes au point d'arrêter la croissance chez soi et d'aggraver la récession, a quelque chose de suicidaire. Tragiquement cette impression est fausse, les allemands ne savent pas...» Je vous ai écouté, j'ai fait le tri dans mes interviews et c'est bel et bien vous qui me semblez le plus juste dans vos propos.

Pour autant, si on entrevoit facilement ce qu'il ne faut pas faire, le mystère reste entier sur ce qu'il faudrait faire pour nous sortir de la crise à court terme et pour renouer avec la croissance à long terme. Intuitivement, on se dit que notre puissance économique devrait être au service de la relance. Il faut savoir tirer les enseignements de cette crise, l'Etat a su jouer son rôle pour éviter le pire au secteur bancaire (les aides et prêts), au secteur automobile (la prime à la casse), au secteur immobilier (la loi Scellier, les prêts à taux bonifiés), etc. Il faudrait peut-être savoir saluer cette prouesse et que ces mêmes secteurs sachent prendre le relais pour empêcher cette fois-ci la faillite de leur sauveur. «Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, demandez ce que vous pouvez faire pour votre pays», disait Kennedy.


Stéphanie Villers

Publié le 21 Juillet 2010

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