L'Occident impuissant devant le dumping monétaire chinois
(Easybourse.com) Il faut opposer au protectionnisme monétaire agressif chinois un protectionnisme douanier défensif occidental.
Si les Etats-Unis et l'Europe ont pleinement conscience que la Chine leur pose un problème énorme, pour autant ces pays n'ont pas trouvé la solution et surtout semblent manquer de volonté pour agir fermement et collectivement.«A aucun moment, nous n'avons entendu les responsables politiques de ces deux régions reconnaitre publiquement que la Chine asphyxiait leur croissance en maintenant le yuan sous-évalué. Jamais le président Obama n'a franchement indiqué que c'était en réalité le niveau du yuan qui empêchait l'économie américaine de redémarrer» avance Antoine Brunet, président d'AB Marchés.
Pour l'expert, les dirigeants occidentaux ont laissé penser à la Chine qu'ils n'étaient que « des tigres de papier » lorsqu'ils sont restés sans réaction après que la Chine se fut à nouveau jouée d'eux en juin à l'occasion du G20 à Toronto : juste avant le Sommet, elle avait annoncé par un communiqué solennel qu'elle entreprenait « la flexibilisation du cours du yuan », ce qui était une façon de suggérer fortement qu'enfin, elle revenait sans plus tarder à un processus d'appréciation graduelle du yuan contre dollar (comme celui de +21% intervenu entre juillet 2005 et juillet 2008). Cela lui a permis d éviter que le yuan soit en débat au Sommet du G20. Mais, deux mois plus tard, les Occidentaux (et avec eux, l'Inde, la Russie et le Brésil) attendent encore que la Chine concrétise sa promesse.
«Il n'y a eu aucune réaction significative de la part des Occidentaux. Ces derniers n'ont même pas remis en cause l'offre faite à la Chine en février 2010 de lui accorder un poste de conseiller spécial du directeur général du FMI. M.Zhu, ex-N°2 de la banque centrale de Chine, partage désormais le bureau de M. Strauss-Kahn. Le loup vient d'entrer gratuitement dans la bergerie».
Le salut ne se trouvera pas dans les difficultés macro économiques que rencontre la Chine, qu'on se le dise.
«Depuis plusieurs semaines, les journaux occidentaux titrent sur la possible survenance d'une crise en Chine. Nous ne pouvons pas écarter des évolutions inattendues, mais les autorités chinoises ont pour l'heure assez bien en main leur économie et leurs marchés d'actifs.
Elles n'ont pas commis la grave erreur de Greenspan qui renonça dans les années 95 à combattre préventivement les bulles et qui limitait le rôle de la Fed à éponger les dégâts une fois que la bulle avait explosé. Les dirigeants chinois, à la différence des dirigeants occidentaux, ont tiré de l'expérience du Japon de 1990 la leçon qu'une séquence « Bulle + Krach » était mortifère pour un pays. Depuis 20 ans, ils se sont montrés beaucoup plus vigilants et beaucoup plus préventifs contre les bulles que ne l'ont été les dirigeants occidentaux».
Il faut l'avouer, le combat ne se joue pas à armes égales. Ainsi une des principales armes utilisée par l'Empire du milieu pour stopper et dégonfler la bulle immobilière consiste dans un encadrement administratif des crédits distribués par les banques (sans modification du taux d'intérêt)..
Au demeurant, pour Mr Brunet quand bien même la Chine ne parviendrait pas à juguler à temps les excès, et qu'un krach immobilier finissait quand même par se concrétiser, l'Etat chinois serait en mesure d'absorber les dégâts : la dette publique de l'Etat chinois représente 20% de son PIB et ses réserves de change au sens large s'élèvent à 60% de son PIB. La Chine resterait donc très éloignée de la configuration actuelle du Royaume-Uni ou de l'Espagne.
Le salut est à rechercher selon le président d'AB Marchés du coté de l'OMC. «Il faut que les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la zone euro et le Japon si possible mettent le poing sur la table et menacent la Chine de remettre en cause leur participation au sein de l'OMC si elle n'acceptait pas d'apprécier immédiatement le yuan d'au moins 30 à 40%. contre dollar. Cela leur permettrait enfin de pratiquer collectivement des droits de douane conséquents sur les produits made in China».
Rien n'empêcherait pas ailleurs de reconstruire sans délai une autre organisation, une OMC Bis entre les pays qui sont prêts à jouer un jeu loyal en matière de change.
Imen Hazgui
Publié le 23 Août 2010





