L'engouement, attendu, pour les obligations des pays émergents ne se dément pas
(Easybourse.com) Sur le primaire comme le secondaire, les investisseurs se bousculent pour acheter les instruments de dette des pays émergents, que ce soit des obligations souveraines ou des obligations d'entreprises.
Depuis le début de l'année, les investisseurs étrangers ont acheté un peu moins de 10 Milliards de dollars d'obligations de l'Etat sud africain, un record depuis 1995. Au début du mois, le Pérou a émis à 10 ans en monnaie locale à un taux fixe de 7.84%.Le constat est identique en Asie du sud est. La Malaisie, par exemple, vient d'émettre à 5 ans (en ringgit) à un peu plus de 3.8%. Les Philippines prévoient d'émettre à 20 ans (ou 25 ans) prochainement.
Et partout la demande couvre largement les montants offerts. «Si la tendance a débuté il y a quelques années déjà, la demande, domestique comme étrangère, pour les produits de dette longue des émergents a accéléré ces derniers mois » constate Yann Lepape, responsable de la stratégie taux, change, crédit chez Oddo & Cie.
Selon l'expert, plusieurs éléments expliquent cette tendance. Tout d'abord, la baisse des marchés d'actions locaux a joué un rôle prépondérant. Comme dans les pays développés, le niveau faible des taux courts incite les investisseurs locaux à allonger la duration de leurs portefeuilles.
Ensuite, les investisseurs étrangers ont accéléré leurs achats ces derniers mois dans un contexte de « chasse généralisée aux rendements. «L'évolution des flux de collecte des fonds mutuels américains depuis le début de l'année nous donne un indice de plus quant à l'attractivité actuelle des émergents» fait noter Yann Lepape.
Enfin, structurellement, la crise actuelle a renforcé la crédibilité macroéconomique et l'attractivité des émergents en tant que classe d'actifs : leur résistance macroéconomique et financière a surpris, même si l'intervention du FMI et/ou des instances européennes fut parfois nécessaire, comme en Europe centrale et orientale.
Sur le long terme, le responsable d'Oddo anticipe une poursuite de l'approfondissement de l'offre (souveraine et surtout corporate), ainsi qu'une demande soutenue.
«Nombre de pays émergents sont en situation d'excédent d'épargne, et il paraît cohérent que cette épargne s'investisse là où la productivité marginale du capital est la plus élevée, c'est-à-dire domestiquement, et non en obligations d'Etat des pays développés».
L'approfondissement de l'offre est liée aux réformes en cours des marchés financiers locaux, que ce soit en Chine, au Nigéria ou au Mexique.
Cependant, il convient de garder à l'esprit que l'investissement dans cette classe d'actifs somme toute très attractive n'est pas sans risque.
Le découplage macroéconomique et financier des pays émergents vis-à-vis des pays développés n'est pas encore une réalité. «En cas de rechute en récession des Etats-Unis notamment, un scénario que nous ne retenons pas pour l'instant, les émergents n'en sortirait pas indemnes».
Par ailleurs, si la volatilité macroéconomique de ces économies est moins forte aujourd'hui, elles ne sont pas pour autant devenues exemptes de faiblesses, qu'il s'agisse de goulets d'étranglement du côté de l'offre, de pressions inflationnistes, plus ou moins fortes selon les pays, ou encore de déséquilibres internes entre les différentes composantes de la croissance.
Par conséquent il faudra rester vigilant.
Imen Hazgui
Publié le 03 Septembre 2010





