La dette italienne de nouveau fortement attaquée par les investisseurs
(Easybourse.com) Le taux de refinancement sur une maturité de 10 ans de l'Italie a atteint un niveau record de plus de 6%. Depuis un an et demi, chaque fois que l'on a vu les taux à dix ans d'un pays européen dépasser les 6%, cela s'est terminé par un plan de sauvetage. Alors doit-on s'inquiéter ?
«Lorsque l’on regarde objectivement la situation économique de l’Italie, il n’y a pas de menace imminente sur le pays. La dette est très élevée mais le budget primaire, autrement dit le budget hors charges d’intérêt est en excédent. La charge d’intérêt représente 5% du PIB avec un déficit qui tourne autour de 2-2,5%. Il y a onze ans, les intérêts représentaient 11 à 12% du PIB dans le pays. Nous connaissons actuellement un redressement des comptes italiens» commente ce matin sur BFM Business Jean-Marc Daniel, économiste et professeur à l'ESCP Europe.
Pourtant l’Italie continue d’être de plus en plus montrée du doigt.
Les paramètres qui ont expliqué la précédente attaque de la dette italienne, le vendredi 12 juillet, n’on t pas changé.
Nous avons toujours un problème de crédibilité générale de la gouvernance en Europe. Le risque d’éclatement de la zone euro n’a pas été écarté.
«La problématique italienne est avant tout une problématique européenne» indique alors Philippe Waechter, responsable des études économiques au sein de Natixis AM. Ajoutant « on ne sait pas donné à l’issue de la réunion du 21 juillet les moyens de faire face à la crise de la dette souveraine en zone euro».
D’une part, «les armes ont été créées mais ne sont pas encore en vigueur. Il va falloir un certain nombre de ratifications et d’acceptations qui ne pourront se faire que d’ici le mois de septembre» note Thierry Sarles, responsable de la gestion de taux chez CPR AM.
Par ailleurs, «le discours des dirigeants européens n’est pas clair. Leur attitude reste équivoque. On laisse se développer la rumeur mais on ne donne pas de réponse concrète» estime Jean-Marc Daniel.
On ne sait pas de combien sera doté le Fonds de stabilité. «Or actuellement la capacité du Fonds est insuffisante pour intervenir de manière à stabiliser la situation» juge Philippe Waechter.
On ne sait pas non plus comment sera enregistrée sur un plan purement statistique la réalité de ce Fonds. On ne sait pas quel sera son rapport avec la Banque centrale.
Autrement dit «on manque de repère, et on reste dans une situation inconfortable» résume l’économiste de Natixis AM.
Au-delà de ce problème de gouvernance européenne, l’Italie doit faire face à un problème de croissance. Philippe Waechter qualifie cette croissance de carrément « médiocre ».
Face à cette faiblesse de la croissance, les investisseurs s’interrogent sur légitimement sur la manière dont l’Italie réussira à se désendetter ?
Les difficultés à trouver une solution semblent d’autant plus importantes que le pays semble s’inscrire dans un véritable chaos politique. «Un pan de consolidation budgétaire a été voté, mais les investisseurs semblent manifestement croire que ce plan est insuffisant» remarque Philippe Wechter.
En principe « à partir d’un taux de refinancement de 6%, compte tenue de la croissance et de l’inflation en zone euro, l’Italie est censé rentrer dans une dynamique d’effet boule de neige sur la dette» explique Jean-Marc Daniel.
Si l’on devait rentrer dans une logique où l’on devait intervenir pour l’Italie, nous rentrerions dans des montants énormes qui ne seraient pas gérable en l’état actuel des choses.
Pour le moment, il n’y a cependant pas encore de quoi s’affoler. «La dette italienne est assez longue. L’Italie n’a pas besoin de revenir fréquemment sur les marchés. En outre, la dette italienne est beaucoup détenue par des banques italiennes. Le mécanisme de rollover consistant à aller voir les banques pour leur demander de garder leurs titres de dette pendant un moment encore sur la base d’un taux d’intérêt négocié sera plus facile à mettre en place pour les autorités italiennes» rassure Jean-Marc Daniel.
Toujours est-il qu’une réponse globale est plus qu’indispensable pour éviter tout dérapage. «Ce n’est pas une réponse par ci ou une réponse par là qui satisfera les investisseurs. Il faut une solution globale qui ne soit dépendante d’aucun Etat et surtout pas des propos de Madame Angela Merkel ou Monsieur Wolfgang Schoeble» conclut Philippe Wechter .
Imen Hazgui
Publié le 03 Août 2011





