Espagne : le prochain maillon faible de la zone euro ?
(Easybourse.com) La croissance espagnole a atteint 0,2% au deuxième trimestre, un chiffre peu encourageant pour un pays tout juste sorti d'une récession de deux ans. Sur fond de crise de la dette souveraine en Europe, les investisseurs ont cependant acheté de la dette espagnole cette semaine. L'Espagne est-elle réellement proche de l'asphyxie ?
Selon les chiffres publiés mardi par l’institut national espagnol de statistiques, la quatrième économie de la zone euro tourne au ralenti. Au deuxième trimestre 2011, le PIB espagnol a augmenté de 0,2%, contre 0,3% le trimestre précédent, portant les estimations de croissance annuelle à 0,7% au réel. Ce ralentissement avait déjà été annoncé le 5 août, par la Banque d’Espagne, précisant que les résultats seraient conditionnés par «un environnement marqué par l'aggravation de la crise de la dette souveraine dans la zone euro».Le rythme de croissance souffre d’une «demande nationale négative», indique l’institut dans un communiqué. Fort heureusement, la demande extérieure vient compenser ces pertes, et parvient un maintenir une faible croissance.
Des indicateurs dans le rouge
Le pays peine encore à se remettre sur pieds. Après une chute de 3,7% en 2009, le PIB espagnol s’est replié en 2010 de 0,1%. La faible croissance enregistrée cette année, laisse penser que la réduction du déficit à 3% du PIB en 2013, annoncée par le gouvernement, sera très difficile, voire quasi-impossible à réaliser. De nouvelles mesures de rigueur doivent cependant être annoncées, ce vendredi, afin de pallier à cette croissance insuffisante et de maintenir les engagements de réduction du déficit. Celui-ci avait explosé en 2009, atteignant 11,2% du PIB. Il a ensuite été ramené avec beaucoup de peine, à 10,4% du PIB en 2010.
Même constat pour la dette, passée de 36,2% du PIB en 2007 à 53,2% en 2009. A l’heure d’aujourd’hui, la dette a encore progressé, recouvrant 63,3% du PIB, selon les informations publiées par la banque d’Espagne en juin dernier. Le gouvernement table même sur une plus forte progression de la dette, qui devrait atteindre son maximum en 2012 à 74,3% du PIB.
Les investisseurs financent cependant l’Espagne
Malgré ces perspectives alarmantes, les investisseurs se sont arrachés, mardi 16 août, les 5,7 milliards d’euros d’obligations émises par la banque centrale espagnole. Avec une demande deux fois supérieure à l’offre pour les bons à 12 mois et 3 fois plus élevée pour ceux à 18 mois, les titres se sont vendus comme des petits pains.
Jesus Castillo, économiste chez Natixis, explique cette situation par des taux de rendement bien plus élevés que ceux proposés par des pays comme l’Allemagne. Les investisseurs prennent donc le risque d’acheter de la dette puisque, dans les 12 prochains mois, «le risque que l’Espagne fasse défaut est faible, si ce n’est inexistant». Le rachat d’une partie de la dette espagnole par la BCE, a aussi garanti une sécurité aux investisseurs qui peuvent avoir recours à un acheteur en dernier ressort.
Sur les 12 prochains mois, le risque que l’Espagne fasse défaut est faible, si ce n’est inexistant 
Concernant le taux d’intérêt à 10 ans, qui a plus d’une fois dépassé le seuil critique des 6%, synonyme de basculement vers la crise pour beaucoup d’analystes, l’économiste se veut également rassurant. Selon lui, bien que la croissance espagnole soit faible, le pays n’est pas encore «dans le cas de l’Irlande ou de la Grèce», dont les économies ont été «absorbées par la charge de la dette», s’enfermant dans «la spirale d’une dette grandissante».
Que les investisseurs se rassurent, l’Espagne n’est donc pas à bout de forces et d’après les estimations de M. Castillo, la croissance du pays reprendrait lentement, avoisinant 0,8% pour l’année 2011 et 1% pour l’année 2012.
Pour l’instant, l’indice espagnol IBEX résiste un peu mieux que le CAC sur un mois, avec un repli de 13,82%, contre -18,53% pour le marché français. Le DAX a, quant à lui, perdu plus de 24% depuis la mi-juillet.
A lire également: l'interview de Jesus Castillo, économiste chez Natixis, "Sur les 12 prochains mois, le risque que l'Espagne fasse défaut est faible, si ce n'est inexistant"
Léa Deglaire
Publié le 19 Août 2011





