L'heure de vérité approche pour la Grèce
(Easybourse.com) Les détenteurs d'obligations grecques (banques, assurances, hedge funds...) ont jusqu'à jeudi pour dire s'ils acceptent ou non d'effacer la moitié de la dette grecque. Une opération inédite dont le résultat n'est pas garanti.
Jamais aucun pays n’avait fait cela à ses créanciers. La Grèce, dont l’endettement public atteint 160% du PIB, s’apprête à demander une remise de dette de 107 milliards d’euros, soit un peu plus de la moitié de ce qu’elle a emprunté auprès des banques, assurances et autres hedge funds de la planète.
Le record en la matière était jusqu'ici détenu par l'Argentine, débitrice de 82 milliards de dollars (73 milliards d'euros environ au cours de l'époque) lorsqu'elle avait fait défaut, en janvier 2002. Dans le cas de la Grèce, il ne s'agit pas d'un défaut mais d'un montage complexe, basé sur le consentement des créanciers. Cela fait en effet des mois qu’Athènes négocie avec les établissements de crédit, en particulier français et allemands, pour alléger le poids de sa dette (350 milliards au total dont un peu plus de 200 milliards sont détenus par des créanciers privés). Un « plan d’échange volontaire » a été mis au point : il prévoit une division par deux de la valeur nominale des titres de dette (les fameux 107 milliards) et un allongement des échéances de remboursement sur le montant restant.
Je suis plutôt optimiste de voir des niveaux de participation assez élevés (Charles Dallara) 
L’objectif est d’éviter au pays un défaut de paiement stricto sensu, en incitant les créanciers à « prendre leurs pertes » sur des obligations dont la valeur de marché est de toute façon très réduite. Ce faisant, ils permettraient à la Grèce de passer d’un endettement de 160% du PIB à un peu plus de 120% du PIB tout en lui donnant le temps de réaliser les réformes nécessaires.
Convaincre les récalcitrants
Chaque créancier a jusqu’au 8 mars pour accepter ou non ce plan. « Je suis plutôt optimiste de voir des niveaux de participation assez élevés », a confié samedi le directeur général de l'Institut de Finance internationale (IIF), Charles Dallara, qui a négocié le plan au nom de 450 institutions financières. Mais son optimisme n’est pas partagé par tous. La Banque centrale européenne elle-même prévoit un taux de participation des banques inférieur à ce qui est prévu par le plan, d’après le journal allemand Der Spiegel, qui cite une source interne à la BCE.
Or, un échec de l’annulation de dette compromettrait le deuxième plan d'aide à la Grèce de 130 milliards d'euros convenu avec l'Union européenne, la BCE et le FMI et pourrait conduire à la faillite du pays. C’est pourquoi Athènes pourrait forcer la main des créanciers privés les plus récalcitrants, notamment les hedge funds. Une clause dans le plan d’échange de dette prévoit en effet que si un nombre suffisant de créanciers acceptent d’annuler la dette, les autres devront faire de même, qu’ils le veuillent ou non. Mais il serait alors difficile de ne pas parler de défaut de paiement.
François Schott
Publié le 05 Mars 2012
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Philippe Waechter,