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Vers la remise en cause du modèle allemand

Vers la remise en cause du modèle allemand

(Easybourse.com) La véritable question réside dans la solidité  de la reprise début 2010. Le gouvernement et la banque centrale allemande ont récemment invité à ne pas surinterpréter les signes de sortie de récession en Allemagne. Des doutes planent sur la pérennité du modèle d’entreprises basé sur les exportations et sur la santé du secteur bancaire

À lire dans ce dossier.

Retrouvez en cliquant ici le papier «Une économie allemande attendue à -5% pour fin 2009»

L’économie affiche des signes d’affaiblissement indéniables : le taux de chômage («l’un des indicateurs clé à suivre» selon Rémy Marcel gérant Actions Europe au sein du Crédit Agricole Asset Management), qui impacte la solvabilité des ménages et influe sur la demande intérieure ;  la mise en péril de certains établissements bancaires, les défaillances d’entreprises…

Un taux de chômage aux alentours de 10,5% en 2010

Selon les données préliminaires publiées par l’Office fédéral du travail, le taux de chômage est resté stable en juillet (à 8,3%). Le nombre de chômeurs, en hausse de 297 000 depuis octobre 2008 (date à laquelle, le nombre de chômeurs était revenu à 3183 000) et de 254 000 depuis le début de l’année, a diminué de 6 000 en juillet tandis que le niveau de création d’emploi se contractait de 36 000 postes par rapport à son niveau de l’année précédente au mois de juin.

Le niveau de création d’emploi, publié avec un mois de décalage, s’est contracté de 36 000 en juin, soit une baisse de 0,2% en glissement annuel : 185 000 emplois ont ainsi été détruits depuis novembre 2008.

Le nombre de chômeurs n’a que faiblement progressé au regard de la dégradation de l’activité grâce principalement au recours au chômage partiel (+1,2 million entre septembre 2008 et mars 2009), qui a permis de sauvegarder de nombreux emplois. Le nombre d’heures travaillées a ainsi diminué de 3,9% t/t au premier trimestre.

La donne devrait cependant évoluer. Les mesures d’aide de l’Etat devraient prendre fin au terme de l’année. Et les entreprises locales confrontées à de réelles difficultés devraient intensifier leurs plans de licenciements. Le taux d’utilisation des capacités de production est en effet faible (72% au T1 2009 contre 88% au T1 2008). Et en tout état de cause, le niveau de production restera inférieur à celui de la fin de l’année 2008. 

Certains secteurs, comme l’automobile, traversent une crise structurelle. Or, l’industrie automobile représente à elle seule 10% de l’économie allemande. La disparition de la prime à la casse ne devrait pas arranger les choses. Celle-ci avait fortement soutenu la consommation au cours des mois passés, et avait eu une influence non négligeable dans les échanges commerciaux avec l’international. Un ajustement des effectifs à la baisse sera donc nécessaire pour ne pas nuire à la compétitivité.

L’indice composite PMI, malgré une progression de 1,4 point en juillet (à 45,2), suggère, par ailleurs, la poursuite de la contraction de l’emploi. Dans ces conditions, le taux de chômage est envisagé autour de 8,6% en 2009 et entre 9,8% et 10,5% en 2010.

Les répercussions devraient être réelles sur la consommation domestique. Les importations ont fortement baissé au deuxième trimestre (-6,5% t/t (après -9,8% t/t au T1 2009). Les ventes au détail ont également massivement reculées.

Le taux d’épargne des foyers allemands, l’un des plus élevés d’Europe, de l’ordre de 15% (contre environ 3-4% actuellement pour les Etats-Unis) pourrait permettre de soutenir un temps la consommation. Cependant cela ne sera pas suffisant à moyen terme. «Nous prévoyons une baisse de 1 % de la consommation des ménages en 2010».

Une nouvelle crise du crédit potentielle

Autre point de vulnérabilité, le secteur bancaire. Celui-ci souffre d’une faiblesse structurelle importante selon Rémy Marcel. «Les landesbanks (établissements publics rattachés aux régions allemandes) et les sparkassen (caisses d’épargne) dont la rentabilité est faible dominent largement le marché au détriment des banques privées -un peu plus disciplinées. Cela pénalise à la fois l’offre de crédit pour les entreprises et pour les particuliers» signale l’expert. 

Des établissements bancaires qui avaient initialement une faible rentabilité ont déjà fait faillite à la suite de prises de participation très risquées, en particulier dans l’immobilier commercial. Ayant peu de marge de manœuvre dans le cadre de leurs activités sur le territoire national, les landesbanks ont dû investir dans des produits risqués pour améliorer leur rentabilité. Or d’autres déroutes ne sont pas impossibles. «Nous devrions avoir à la suite des élections législatives une visibilité sur les réformes prévues en vue d’assainir les établissements en difficulté» déclare Catherine Stephan.

Les autorités du pays se sont efforcées pour le moment d’encourager des fusions pour remédier à ce problème structurel. Ce mouvement de consolidation a déjà commencé : Allianz s’est délesté de Dresdner Bank au profit de Commerzbank, la Deutsche Bank a racheté une partie de Deutsche PostBank. Il devrait se poursuivre notamment au sein des landesbanks.

Le problème de la distribution du crédit semble moindre du côté des ménages que du côté des entreprises. Pour celles-ci, une distinction est à faire entre les PME et les grandes entreprises. «Les PME allemandes, notamment les sous-traitants des constructeurs automobiles, sont confrontés à des difficultés de financement et de trésorerie. Des mesures fiscales et incitatives ont été adoptées par les autorités pour soutenir la trésorerie des petites sociétés et leur permettre de résister à la crise» fait noter Rémy Marcel.

Le gouvernement allemand envisage de nouvelles mesures pour aider les entreprises si une autre crise du crédit devait se produire, a déclaré Karl-Theodor zu Guttenberg le ministre allemand de l'Economie. Mais, la marge de manœuvre devrait être pénalisée par le poids croissant de la dette publique dans le PIB -près de 80% en 2009.

Le taux de croissance attendu pour 2010 est situé entre 0,5 et 1%. Nul ne peut indiquer avec assurance ce qu’il en sera véritablement. 

Côté exportations, la crise est encore très dure dans les pays d’Europe centrale et orientale, ainsi qu’en Russie, qui sont des marchés particulièrement importants pour les exportations allemandes. «Nous envisageons une croissance des exportations de 3% en 2010» annonce Catherine Stephan, économiste au sein de BNP Paribas.

S’agissant enfin du plan de relance, selon Christian Dreger, les mesures n’ont qu’une efficacité partielle. «Par exemple, le paquet fiscal a vocation à augmenter le pouvoir d’achat des ménages, mais ce pouvoir d’achat a déjà été renforcé par la faible inflation. Si vous ajoutez des déductions fiscales à cela, vous ne faites qu’augmenter le taux d’épargne. De même en est-il de l’investissement public, en particulier dans le secteur de la construction qui ne peut pas répondre à la totalité de la demande, le taux d’utilisation des capacités étant encore relativement élevé. Un plan de dépenses plus important ou des incitations fiscales supplémentaires ne sont donc pas utiles à mon sens».

Imen Hazgui



Publié le 24 Août 2009

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