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Les femmes sont-elles de meilleures gestionnaires que les hommes ?

Les femmes sont-elles de meilleures gestionnaires que les hommes ?

(Easybourse.com) Dans les années 70 déjà, plusieurs travaux universitaires ont remis en question le concept de rationalité sur lequel reposait l’efficience des marchés financiers. Kahneman et Tversky ont ainsi démontré dès 1979 l’existence d’une 'aversion pour la perte'. Cette étude fut l’une des premières à mettre en avant l’impact possible des émotions sur les comportements dans le domaine de la finance. Depuis, de nombreuses études sont venues alimenter notre connaissance sur le sujet, en mettant à jour certaines particularités dont l’une consistant à dire que les femmes ont davantage d’aversion au risque que les hommes, ce qui aurait de fait un impact sur leur méthode de gestion…

Interview de Nathalie Pistre

Interview

Nathalie Pistre
Directrice adjointe gestion obligataire
Natixis AM

Interview de Florence Marty

Interview

Florence Marty
Gérante actions
La Banque Postale AM

Lire la suite de notre dossier : Gestion financière : les femmes victimes de leur image ?

La plupart des études empiriques réalisées depuis les années 1990 sur les comportements face au risque semblent toutes converger vers cette conclusion : les femmes auraient une propension plus accentuée à la prudence que les hommes.

Des femmes moins aventureuses que les hommes

Plus généralement d’ailleurs, Catherine C.Eckel et Philip j.Grossman précisent [in Men, women and risk aversion : experimental evidence, 2002] que «si les femmes sont plus sensibles au risque que les hommes, cela se reflète dans tous les aspects de leur prise de décision, qu’il s’agisse du choix de la profession (et ainsi des profits ou revenus liés), des décisions d'investissement ou des produits achetés

Ce que confirment d’autres études plus anciennes et qui démontrent aussi «que les femmes se livrent moins que les hommes à une conduite risquée comme la prise de substances illicites ou à l’accomplissement d’actes criminels.» [in Etudes de Cooperstock et Parnell (1982), Daly et Wilson (1988), Gottfredson et Hirschi (1990), Kandel et Logan (1984), et de Wilson et Herrnstein (1985)].

L’étude d’Eckel et Grossman (2002) montre qu’il y a bien une différence significative en fonction du sexe, dans l'aversion au risque. Les chercheurs constatent que «pour l'investissement dans les paris, les femmes ont de façon significative une aversion au risque plus élevée que les hommes […]». La différence principale en termes de bénéfices apparait en revanche mathématiquement du fait que les hommes, prenant généralement plus de risques, gagnent davantage que les femmes qui, elles, en prennent moins. Corollaire évident d'une telle proposition, les hommes perdent en général plus que leurs homologues féminins.

De l’influence des effets du genre…

Plusieurs études démontrent toutefois qu’outre le genre, d’autres facteurs peuvent avoir une influence non négligeable sur le comportement et le profil de risque. Pour les hommes, plusieurs indices indiquent que ces derniers manifestent une confiance en soi bien supérieure à celle des femmes.

Ce qui expliquerait, au vu de l’enquête conduite par le courtier Paine Webber entre juin 1998 et janvier 2000, que les hommes réalisent en moyenne 45% plus de transactions que leurs homologues féminins.

Dans une recherche plus fine, Sundén et Surette (1998) ont étudié les différences entre genres dans l'allocation de capitaux selon divers types de placements. Pour ce faire, les choix d'investissement ont été définis selon 3 types : (1) investissement surtout dans les actions ; (2) investissement surtout dans les obligations ; ou (3) investissement partagé entre actions et obligations.

Les chercheurs ont constaté que le genre et la situation maritale sont significativement liés à l'allocation de capitaux. D’après eux, les hommes mariés de même que les femmes mariées seraient moins disposés à avoir un comportement à risque que leurs contreparties célibataires [autrement dit, les hommes mariés sont moins amenés à choisir l'investissement de type 1 que les hommes célibataires ; quant aux femmes mariées, elles ont moins tendance à choisir l'investissement de type 3 que les femmes seules, ndlr].

Enfin, et sans trop de surprise, les femmes célibataires apparaissent moins prédisposées au risque que les hommes célibataires (c'est-à-dire qu’il y a une probabilité moindre qu’elles choisissent l'investissement de type 1).

L’explication de tels résultats réside dans le fait que les conjoints influenceraient davantage leurs conjointes que l’inverse. Question de stéréotype sans doute, l’étude de Luc Arrondel, André Masson et Daniel Verger [Mesurer les préférences individuelles à l’égard du risque, 2004] précise d’ailleurs que «les avis des femmes et des hommes convergent vers l’image traditionnelle de leurs caractères respectifs.»

Des effets de la connaissance

A en croire les conclusions de la recherche menée par Atkinson, Baird et Frye en 2003 sur la performance relative des directeurs de fonds, masculins et féminins, les différences dans les schémas d'investissement entre les deux sexes peuvent être le résultat de différences dans le degré de connaissance et de richesse.

Toujours selon l’étude de Luc Arrondel, André Masson et Daniel Verger, il apparaît en effet que «l’éducation développe chez les individus la propension à prendre des risques», tandis que les personnes sans diplôme manifestent «la plus grande prudence

Ces résultats corroborent ceux de l’étude menée par Gysler, Kruse et Schubert (2002) qui estiment que «l’aversion au risque des femmes diminue avec la compétence, l'assurance et la connaissance.» En d’autres termes, l'aversion au risque des femmes diminue parallèlement à l’augmentation de leur expertise.

Ce qui semble étonnant toutefois, concerne les hommes, les mêmes chercheurs ayant pu constater que «les mêmes actes ont en revanche l'effet opposé pour les hommes, l'aversion au risque chez ces derniers augmentant avec le niveau d'expertise...»

En résumé, notent Luc Arrondel, André Masson et Daniel Verger dans leur étude, «les jeunes, les célibataires, les hommes, les hautes rémunérations et les enfants d’indépendants aisés (ou cadres non enseignants) seraient prêts à prendre davantage de risque que les autres. Les personnes âgées, en couple, les femmes, les moins diplômés, les enfants de parents prudents, d’ouvriers ou d’agriculteurs ont, au contraire, tendance à en prendre moins

NS



Publié le 01 Septembre 2009

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