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Christian Noyer se montre inquiet sur les crédits

Christian Noyer se montre inquiet sur les crédits

(Easybourse.com) C’est dans le cadre de leur mission d’information sur les nouvelles régulations de l’économie, que les députés de la Commission des Lois de l’Assemblée Nationale ont auditionné, sous la présidence du rapporteur Sébastien Huyghe (UMP), le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer accompagné de Danièle Nouy, l’actuelle secrétaire générale de la Commission bancaire, et Christian de  Boissieu, président délégué du Conseil d’analyse économique. Au menu des discussions, les insuffisances de la régulation financière et bancaire à l’origine de la crise, les moyens mis en œuvres pour y remédier, mais aussi et peut-être surtout, la situation des banques françaises alors que la saison des résultats bat son plein avec la Société Générale et BNP Paribas en tête…

Interview de Sébastien Huygue

Interview

Sébastien Huygue
Député et rapporteur
Commission des Lois

Auditionné par les parlementaires de la Commission des Lois dans le cadre de leur mission d’information sur les nouvelles régulations de l’économie [voir interview de Sébastien Huyghe], le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a indiqué qu’il était aujourd’hui nécessaire d’agir sur trois niveaux : d’abord en ayant «une législation bancaire d’application très étendue» afin d’éviter la formation de «trous noirs dans la réglementation», ensuite, en créant des règles prudentielles et comptables adaptées afin d’éviter les prises de risque excessif -par exemple avec les politiques de rémunération…-, enfin, en mettant en œuvre «un suivi des risques du système économique et financier dans son ensemble» via les banques centrales…

Idées simplistes

Le gouverneur a également mis en garde contre «des idées trop simplistes», comme dire «qu’il suffirait d’augmenter considérablement les exigences en capital pour régler tous les problèmes». Selon Christian Noyer, la crise a en effet démontré qu’«on ne peut pas monter indéfiniment les exigences en capital sauf à faire subir au financement de l’économie réelle un coût excessif».

Ce qu’a confirmé de son côté l'économiste Christian de Boissieu pour qui il s’agit surtout d’une question de calendrier : «si vous relevez les exigences des banques en période de crise, vous accentuez la crise du crédit et l’ampleur de la récession!»

Enfin dernière «idée beaucoup trop simpliste» qu’a souhaité mettre à mal Christian Noyer, mais que partage le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mervyn King avec Paul Volcker, l'ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed) de 1979 à 1987 et actuel conseil du président Barack Obama, celle de la segmentation des activités bancaires [entre banque d'affaires et banque de détail], c’est-à-dire une réglementation de type Glass-Steagall Act.

Reprenant l’exemple des plus grands sinistres bancaires, notamment au Royaume-Uni, Christian Noyer a d’ailleurs rappelé que c’est justement les banques d’affaires, très spécialisées en financement ou en investissement immobilier, qui ont montré une très grande faiblesse, contrairement aux banques françaises dont le modèle de banque universelle leur a permis de mieux résister à la crise.

Des banques françaises solides ?

Les banques françaises semblent en effet avoir mieux résisté à la crise que leurs consœurs américaines ou britanniques. Elles ont d’ailleurs annoncé ces dernières semaines le remboursement total ou partiel des aides que l’Etat leur avait consenties.

Preuve également de cette bonne santé retrouvée, les résultats trimestriels publiés par Société Générale et BNP Paribas. La première a ainsi dégagé au troisième trimestre un bénéfice net de 426 millions d'euros contre 183 millions l’an dernier, tandis que la seconde faisait mieux qu’attendu, avec un bénéfice net de 1,3 milliard d’euros, en hausse de 45%.

Mais pourquoi les banques françaises vont-elles mieux ? A en croire Christian de Boissieu, cela tient essentiellement «à leur activité de banque d’investissement et de financement», autrement dit, il y a plus de fusion-acquisitions et les marchés se sont globalement redressés ces derniers mois…

Un constat que confirme  le gouverneur de la Banque de France qui s’est voulu rassurant bien que toujours prudent concernant la solidité des banques françaises. Christian Noyer prévoit ainsi «des résultats tout à fait convenables pour les trimestres qui viennent» et rappelle qu’au premier trimestre, le secteur bancaire français a dégagé 4,1 milliards d’euros de bénéfices.

Interrogé sur les dépréciations à venir en France, ce dernier a estimé «qu’il n’y aura plus d’évolution négative des prix de marché sur les produits dits toxiques», dans la mesure où, «pour l’essentiel, ce qui devait être fait l’a été, et aujourd’hui, les évolutions de marché sont plus positives que négatives sur ces produits

Crédits : les banques jouent-elles le jeu ?

Christian Noyer a toutefois souligné qu’il demeurait un risque important, et qui augmente, sur les crédits bancaires classiques. L’augmentation des risques, en particulier des impayés et des défaillances (entreprises et ménages), devrait en effet se traduire, encore pendant quelque temps, par une augmentation des pertes et des provisions.

C’est d’ailleurs sur l’activité banque de détail que le président délégué du Conseil d’analyse économique a tiré la sonnette d’alarme, car c’est cette activité qui peut du point de vue financier soutenir la reprise, or c’est là où il y a moins de crédits car moins de profits pour les banques…

De fait, les données disponibles en la matière montrent que la croissance du crédit a perdu 10 à 11 point en un an. Interrogé sur ce ralentissement, Christian de Boissieu indique qu’il est difficile de l’expliquer dans la mesure où «l’on ne sait pas pondérer ce qui est dû à l’offre et ce qui est dû à la demande

Logiquement en effet, du côté de l’offre, «les banques deviennent plus sélectives» parce qu’elles ont pris conscience des risques avec la crise, et parce que le financement des PME, «qui n’est déjà pas terrible en période normale, devient encore plus problématique en temps de crise…» constate l'économiste.

Cela étant, la crise a également affecté la demande de crédit, autrement dit, «un certain nombre d’emprunteurs se retirent eux-mêmes du marché parce qu’ils sont surendettés». Au total, estime Christian de Boissieu, «nous n’avons pas aujourd’hui la croissance du crédit qui pourrait soutenir une vraie reprise». [Voir encadré à droite]

Pour le président du Conseil d’analyse économique, il ne s’agit cependant pas d’un «credit crunch» puisqu’il n’y a pas d’arrêt de la production de crédit, mais elle «ralentit» ce qui explique qu’en France et dans la zone euro, «le crédit au secteur privé (entreprises et ménages) augmente à un rythme d’environ 0%».

Cela signifie-t-il pour autant que les banques françaises n’ont pas respecté leurs engagements, à savoir un taux de crédit maintenu à 3% ? Pour Christian de Boissieu, il semble que oui, mais encore faudrait-il s’assurer que les banques sont bien responsables de ce désengagement supposé. Pour cela, le président délégué du Conseil d’analyse économique indique qu’il faudrait pondérer les facteurs d’offre et de demande de crédit, «ce qu’aujourd’hui, personne ne sait faire…».

Nicolas Sandanassamy



Publié le 05 Novembre 2009

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