Grand Emprunt, grand espoir ?
(Easybourse.com) Le grand emprunt national décidé par le duo Guaino-Sarkozy est-il une fausse bonne idée ? Devant l’envolée de la dette française et la dégradation continue des finances publiques, nombre de commentateurs estiment en effet que le risque est grand de voir cet emprunt assombrir encore un peu plus l’avenir de la France. Mais d’autres, au contraire, veulent d’abord y voir un moyen pour l’Hexagone de combler son retard notamment en matière d’enseignement supérieur, d’innovation technologique et de recherche...
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Le rapport de la commission sur le Grand emprunt, coprésidée par Alain Juppé et Michel Rocard, et publié fin novembre, a donné la priorité à l’enseignement supérieur et à la recherche. Au menu, sept axes prioritaires et 35 milliards d’euros d’investissements de l’Etat ont été préconisés afin de faire émerger un modèle de développement durable s’appuyant sur la connaissance et l’économie verte.
Grand emprunt en détail
La Commission propose ainsi de soutenir l’enseignement supérieur par l’injection de 16 milliards d’euros, le reste des 19 milliards devant être alloués à «des secteurs et technologies où la France tient des positions fortes.» Objectif de la manœuvre : structurer notre cadre de vie des 20 prochaines années.
Dans le détail, le rapport de la commission sur l’emprunt national relève 7 priorités stratégiques d’investissement. Sur les 16 milliards d’euros de l'enseignement supérieur, 13,5 milliards doivent être consacrés à la création de grands campus universitaires et 2 milliards à la recherche.
Le rapport préconise par ailleurs d’allouer près de 4 milliards à l’économie numérique, en particulier pour accélérer le déploiement de l’internet très haut débit via la fibre optique.
Autre projet d’envergure que la Commission sur l’emprunt national estime devoir être appuyé par la manne de l’Etat, à hauteur de 4,5 milliards d’euros, la fameuse «ville de demain» censée améliorer l’efficacité énergétique des logements.
Enfin, le rapport préconise d’investir 3 milliards d’euros dans les «mobilités du futur» (avions moins consommateurs de carburant, voitures électriques, nouvelles énergies etc.), 2 milliards dans la bio-économie (biotechnologies, sciences du vivant etc.) et 2 milliards dans des PME innovantes.
Reste maintenant au président de la République Nicolas Sarkozy à annoncer début décembre ce qu’il retiendra de ce travail.
Comment le grand emprunt sera-t-il financé ?
Le gouvernement l’a déjà indiqué, l’emprunt voulu par Nicolas Sarkozy et annoncé au Congrès de Versailles, profitera directement des 13,4 milliards d’euros remboursés par les banques ayant été aidées par l’Etat au moment de la crise, intérêts inclus.
Pour le reste, les 20 à 22 milliards d’euros devraient être levés sur les marchés, notamment sur le marché obligataire qui offre des taux très bas plus facilement conciliables avec la dégradation des finances publiques, selon les experts.
Il reste toutefois possible que la somme à emprunter le soit également auprès des particuliers. Même si le premier ministre François Fillon a écarté l’idée d’un emprunt obligatoire, ce dernier a néanmoins souligné que l’idée de ce futur emprunt est de «solliciter les Français, en tout cas pour une part». Un pari qui s’annonce difficile à relever, au regard des coups de sonde réalisés par l’Insee et qui indiquent que les ménages français, à l’instar de 1993, constituent une «épargne de précaution».
Ainsi le taux d’épargne des ménages est passé de 16% au premier trimestre 2009 à 16,7% au second. L’Ifop a même réalisé en juin 2009 un autre sondage démontrant que 56% des Français étaient opposés à ce grand emprunt et que 82% n’avaient aucune intention d’y souscrire.
Du côté de Bercy, l’idée ne suscite pas d’enthousiasme non plus, dans la mesure où il serait nécessaire pour attirer l’épargnant français de consentir de nouveaux avantages fiscaux, ou un taux d'intérêt supérieur à ceux du marché, ce qui aurait pour résultat d’ajouter du déficit au déficit.
Pour l’heure, le Trésor juge que la France a encore une capacité d’emprunt supplémentaire de 20 à 30 milliards d’euros, mais des voix s’élèvent, parmi certains économistes ainsi qu’au sein même de la majorité, pour que cet emprunt soit supérieur aux 35 milliards d’euros recommandés par la Commission sur l’emprunt national.
Le poids de la dette en jeu
Ainsi, avant même la publication du rapport de la commission Juppé-Rocard, 63 députés de la majorité plaidèrent pour que le futur grand emprunt soit compris entre 50 et 100 milliards d’euros.
Leur emboîtant le pas, certains économistes comme Bernard Marois, professeur à HEC et président du Club Finance d'HEC, et Jean-Hervé Lorenzi, qui participa au colloque parlementaire sur le Grand emprunt organisé par le sénateur de l’Oise Philippe Marini à la veille de la publication du rapport Juppé-Rocard, préconisent l’emploi de sommes à peu près équivalentes.
Pour Jean-Hervé Lorenzi, «il n’y a évidemment pas de montant optimal pour le grand emprunt. C’est une manière très vieillotte de poser le sujet.» En revanche précise-t-il, «il faut essayer de regarder quels ont été nos ralentissements d’investissement durant les 15 dernières années : en gros nous aurions dû investir dans les technologies et l’innovation de l’ordre de 100 milliards d’euros.»
Reste toutefois un problème de base, selon Bernard Marois, «celui de la rigidité de notre endettement.»
Bruxelles a déjà réclamé à la France de ramener son déficit public dans la limite de 3% du PIB d’ici 2013 alors que le déficit public de la France devrait atteindre 9% du PIB en 2010 et la dette 90%, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Pour mémoire, les limites tolérées par le Traité de Maastricht sont respectivement de 3% et de 60%, en temps normal.
Quant au projet de loi de finances pour 2010, ce dernier précise qu’après une croissance de 2,1% par an en moyenne entre 1998 et 2009, la croissance potentielle de l’économie française ne devrait plus être que de 1,7% en moyenne entre 2009 et 2013.
L’OCDE évoque pour sa part une tendance de seulement 1,4% sur 2011-2017.
Au total, estime Bernard Marois, «si nous n’arrivons pas à baisser les dépenses publiques, nous n’arriverons pas à retrouver un excédent budgétaire ou au moins un équilibre budgétaire, dans ce cas-là, l’endettement va continuer à croitre et par définition, grand emprunt ou pas, tôt ou tard, les agences de notation Moody’s et Standard & Poors, finiront par nous sanctionner et nous perdrons notre notation triple A».
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Nicolas Sandanassamy
Publié le 15 Décembre 2009





