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Déficit américain : pourquoi l'accord n'a pas suffi  (1/2)

Déficit américain : pourquoi l'accord n'a pas suffi (1/2)

(Easybourse.com) Un accord a été voté la semaine dernière entre les responsables politiques de la Maison blanche et le Congrès pour relever le plafond de la dette américaine de 2500 milliards de dollars. De nombreuses questions demeurent cependant sur la trajectoire de réduction des déficits des Etats-Unis. La dégradation du triple A des Etats-Unis par l'agence de notation Standard and Poor's vendredi soir est la conséquence de ces différents points non résolus.

L’accord est jugé comme un accord a minima, qui n’offre pas de solution à moyen terme, et qui fait peser sur l’économie un risque de retour en récession.

Accord a minima

«Nous sommes avec l’accord qui a été voté face à un plus petit dénominateur commun» commente Jacques Mistral, directeur des études économiques à l'Institut français des relations internationales (IFRI). Il faut dire que la bataille a été rude et que le compromis a été trouvé in extremis à 24h de la date butoir fixée pour déclarer les Etats-Unis en défaut de paiement.
Le chiffre de 2500 milliards qui, de prime abord, peut paraître astronomique, est largement inférieur à ce qu’attendaient les agences de notation. L’agence qui a été la plus dure est S&P en posant la barre à 4000 milliards de dollars.

«Le CBO (Congressional Budget Office) qui est un organe indépendant aux Etats Unis avait aussi donné cette cible. Nous sommes à la moitié de cet objectif » observe Evariste Lefeuvre, chef économiste Amériques chez Natixis.

L’équation est encore très compliquée. On reste sur un niveau de déficit important. «Sans ces coupes budgétaires, on serait en moyenne sur les dix prochaines années sur un déficit du PIB de 4,3%. En prenant en compte ces coupes et en maintenant le scénario de base de projection économique de croissance du PIB en valeur de 4,7% (si l’on compte l’inflation, cela fait un taux de croissance autour de 3,5-3,7%) du CBO, le déficit atteint 3,6% » constate Christian Parisot, stratégiste actions chez Aurel BGC.

Or l’objectif fixé par les autorités américianes est de 3%. «Nous aboutissons donc à un résultat insuffisant, ce d’autant plus que l’on peut fortement remettre en cause le scénario retenu par le CBO s’agissant de la croissance potentielle estimée. L’économie américaine a du mal à repartir. Si l’on devait réviser ce scénario, le problème budgétaire serait encore plus aigu» complète Christian Parisot.

Un nouveau compromis politique à trouver avant Thanks Giving

L’accord voté par les démocrates et les républicains la semaine dernière se déroulera en deux temps. Un premier relèvement de la dette a ainsi été fixé à 1000 milliards de dollars. Par la suite une commission bipartisane doit plancher sur une nouvelle coupe de 1500 milliards de dollars
«On a là une fenêtre de débats politiques encore ouverte et très inconfortable» commente Patrice Gautry, chef économiste d'Union Bancaire Privée.

La commission bipartisane va devoir rendre sa feuille de route d’ici Thanks Giving, autrement dit d’ici fin novembre, le vote du Congrès devant intervenir en décembre.
L’entente sera alors loin d’être gagnée entre républicains et démocrates et entre républicains eux-mêmes.
A ce moment là tout sera sur la table:, réforme de la fiscalité, réforme dans les dépenses de santé… «On va se battre sur des terrains sur lesquels aucun compromis n’a été trouvé jusqu’à présent» note Christian Parisot.

«Nous devrions avoir des négociations extrêmement violentes sur la seconde étape. Les démocrates auront très certainement un pouvoir de nuisance très fort. Ils seront plus agressifs et voudront absolument mettre dans la balance une réforme de la fiscalité, des augmentations de taxe et la disparition d’un paquet d’avantages fiscaux du côté des plus riches» avance Evariste Lefeuvre, chef économiste Amériques chez Natixis

Pour ce dernier, le débat politique et économique de la réforme de la fiscalité aux Etats-Unis vient à peine de commencer.

«On pourrait alors se retrouver face à un blocage» met en garde Jacques Mistral, directeur des études économiques à l'Institut français des relations internationales (IFRI).

Face à ce danger, une gâchette a été prévue pour permettre de couper les dépenses de manière automatique, sans être contraint d'obtenir un accord entre les membres de la commission. «En cas d’impasse. Ce mécanisme taperait à 50-50 dans les dépenses militaires et les dépenses courantes» signale Patrice Gautry, Chef économiste d'Union Bancaire Privée. .

Ceci étant, entre temps, pour Jacques Mistral, «l’intensification des querelles politiciennes pourraient contribuer à dégrader la crédibilité et la confiance dans le processus politique américain».

Actuellement, les élus républicains et démocrates se rejettent la responsabilité de la décision prise par S&P de dégrader la note du pays de l’oncle Sam. Plusieurs élus républicains sont même allés jusqu’à demander la démission du secrétaire au Trésor, Timothy Geitner. Ce dernier; qui a fait savoir qu’il entendait bien rester à son poste, a estimé que l’agence fait preuve d’un manque effarant de connaissance sur les mathématiques fondamentales du budget américain.

Il est d’ailleurs intéressant de constater qu’un des arguments premiers mis en exergue par l’agence de notation réside dans le problème de gouvernance du pays, la notion de ‘risques politiques’ ayant été clairement mentionnée. « Nous sommes dans une période pré électorale qui encourage les deux camps à rester camper sur leur position très dogmatique. C’est ce qui explique que S&P n’attende de ce fait pas de décision majeure dans les quinze prochains mois pour s’attaquer de manière agressive au déficit et à l’endettement » remarque Matthieu Rolin, gérant actions chez Prigest.


Imen Hazgui

Publié le 08 Août 2011

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