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L'Allemagne, un obstacle à la survie de la zone euro ?

L'Allemagne, un obstacle à la survie de la zone euro ?

(Easybourse.com) L'Allemagne est souvent utilisée comme prétexte pour justifier l'absence d'adoption d'une mesure de soutien à l'économie européenne ou d'une mesure de sauvetage à un pays européen. Certains s'interrogent alors sur le fait de savoir si a l'approche des élections, l'Allemagne pourrait durcir sa position vis-à-vis de l'Europe.

À lire dans ce dossier.

Les avis à ce sujet diffèrent entre les trois experts présents à la table ronde organisée par la Société Française des Analystes Financiers lundi 24 mars sous la présidence de Marie-Pierre Peillon, à savoir Jacqueline Hénard, essayiste et professeur à Sciences Po Paris, Thomas Fricke, éditorialiste et ex-économiste en chef du Financial Times Deutschland et Véronique Riches-Flores, économiste indépendante et présidente de la société Riches Flores Research.

Un modèle allemand injustement pris en exemple


Pour Véronique Riches-Flores, le modèle allemand est souvent cité en exemple aux pays membres de la zone euro cependant on a clairement perdu de vue que la croissance de l’Allemagne s’était faite dans des conditions exceptionnelles. «Le pays a bénéficié d’un environnement en bonne santé. 60% des débouchés de l’Allemagne ont été et restent l’Europe. Les entreprises du pays ont pu tirer profit de l’adhésion des pays de l’Est à l’Europe pour délocaliser massivement. Des économies d’échelle ont été permises entrainant des gains de productivité et le développement de ces acteurs économiques.
Cet essor a été aidé, non pas par une baisse des salaires comme on le prodigue actuellement mais par une modération salariale.
Qui plus est, la spécialisation de l’industrie allemande dans la fabrication de biens d’équipement a été un atout considérable pour surfer sur la vague du rattrapage économique des pays émergents. Ces biens ont représenté 80% des exportations allemandes
» développe l’économiste indépendante.
Celle-ci s’interroge alors, quel pays européen peut aujourd’hui avoir la prétention de suivre la voie allemande ? La réponse sous entendue étant aucun, M Riches-Flores souligne le fait que l’idée de la zone euro au départ n’était pas de gommer toute disparité entre les Etats membres pour que chaque pays ressemble à l’Allemagne.

En cela la cure d’austérité qui est pratiquée de manière généralisée dans l’ensemble de la zone est une erreur fondamentale de direction qui pourrait s’avérer très dangereuse. A terme, la déflation et l’éclatement guettent l’union monétaire si l’on continue dans cette voie. «La politique menée un peu partout est procyclique et ne fait qu’aggraver la situation. Au lieu de contrer les forces récessives, on ne fait que les intensifier» met en garde Mme Riches-Flores.

Des lacunes


Alors qu’on s’attend à ce que l’Allemagne tire les autres pays européens vers le haut, de manière délibérée ou non délibérée, la première puissance européenne présente au contraire des lacunes qui ont pour effet de ne pas aider la zone euro.
Le pays continue à dégager des excédents considérables de sa balance courante qui à ce jour représentent 6% du PIB et ne participe pas de ce fait à résorber les  grands déséquilibres qui pèsent au sein de la région. «Ceci n’est pas une menace pour 2013 mais pourrait avoir des incidences bien plus graves à terme et conduire à la prochaine crise» commente Thomas Fricke.
Malgré ses excédents primaires et sa résilience économique, l’Allemagne a fortement réduit ses investissements depuis l’aggravation de la crise de la dette à la fin du premier semestre 2011. «Les entreprises allemandes sont très inquiètes de la tournure que pourrait prendre la crise» poursuit Thomas Fricke. La construction immobilière est également atone et a une contribution très faible à la hausse du PIB.
La consommation constitue un autre point de fragilité. «Cette consommation avait crû en 2011 suite à une forte chute en 2009. Depuis, elle se détériore de nouveau. Deux explications à cela : l’absence de soutien assez significatif de la part du gouvernement et le contre effet des réformes introduites en 2002, 2003, 2005, 2007. La flexibilité du marché du travail a conduit à la création d’une multitude de petits boulots qui a eu pour conséquence de freiner la hausse des salaires. Ainsi le modèle allemand basé sur une forte sécurité individuelle a été quelque peu été cassé. Ces deux facteurs ont mis les Allemands dans une position inconfortable les incitant à être prudents et à moins consommer» éclaire l’ex-économiste en chef du Financial Times Deutsch land.

Des lueurs d’espoir ?

A bien y regarder dans le détail, des éléments seraient susceptibles de nuancer le tableau noir que l’on a trop tendance à dépeindre.
En premier lieu, Angela Merkel a conscience que trop d’austérité peut être néfaste. «Au moment de la prise de pouvoir de la chancelière en 2005, il y avait 5 millions de chômeurs, résultat des réformes structurelles menées au début des années 2000. La crise financière a conduit à une remontée du chômage, cela a mis la chancelière en difficulté lors des élections de 2009. A la suite des élections, après être parvenue à créer un gouvernement de coalition avec la SPD, la chancelière a décidé de faire une pause dans les réformes structurelles et même de faire une relance budgétaire. L’objectif de déficit public de 3% du PIB a été abandonné en 2006. La dette publique allemande a augmenté de 20% depuis 2008 pour venir en aide aux banques nationales et relancer l’économie. La politique fiscale a été assouplie. Les cotisations retraite ont été diminuées. Le gouvernement prévoit d’injecter 6,5 milliards d’euros rien que cette année 2013» avance Thomas Fricke.
Une autre lueur d’espoir est liée au fait que la chancelière, malgré une certaine réserve affichée au départ, finit toujours par céder. «Elle ne voulait pas initialement entendre parler d’une nouvelle aide à la Grèce, avançant que la péninsule devait s’aider elle-même. Elle a fini par y consentir. Elle a accordé à l’Espagne et au Portugal le droit de réduire l’allure de leur politique d’austérité. Elle a même toléré les opérations OMT envisagées par la Banque centrale européenne pour calmer la crise en dépit du farouche mécontentement du gouverneur de la Banque centrale allemande. Cela s’est certes fait sous la pression, mais cela a fini par se faire. Cela montre que la chancelière est lucide».

Trop tard, trop peu

Aussi bien pour Véronique Riches-Flores que pour Thomas Fricke, deux risques en particulier se posent : trop peu, trop tard.
La réaction de l’Allemagne s’est souvent fait attendre. Les décisions positives ont fréquemment pris du temps, parfois beaucoup de temps. Des solutions ont été apportées dans l’urgence de peur que le risque d’éclatement de la zone euro ne se matérialise. Il faut alors faire attention de ne pas rater le coche à force de trop réfléchir avant d’agir.
De plus, les remèdes prodigués l’ont été à dose limitée. D’importantes initiatives ont été prises, des mécanismes d’envergure ont été mis en place mais dans des modalités de fonctionnement sont cantonnées. «Des avancées ont été faites au niveau de la Banque centrale européenne, mais ces évolutions sont marginales. Les conditions posées au lancement des opérations de rachats d’actifs annoncées en septembre 2012 sont telles qu’elles rendent ce mécanisme d’intervention très compliqué à utiliser. Il n’a d’ailleurs nullement été fait mention de cette possibilité pour Chypre. De plus, le taux directeur de la BCE est à 0,75 points de base lorsque celui de la Réserve fédérale américaine est proche de 0 depuis longtemps. Alors que la Fed aide les banques américaines à sortir les actifs toxiques de leur bilan, la BCE ne le fait pas. On ne donne pas les moyens de sortir du marasme, on ne fait que temporiser. On gagne du temps».
Le « trop peu » pourrait bien conduire à d’autres mésaventures à l’avenir.

Quid de l’alliance franco-allemande ?

Jusque-là, le pilotage de l’avion était assuré par deux copilotes. Il semble de plus en plus qu’un seul pilote ait demeuré. L’absence de la France aux côtés de l’Allemagne est manifeste. «L’Allemagne est désespérée par l’absence de la France. Il lui manque un partenaire de premier rang pour avancer dans la construction de l’union monétaire. Elle sent que tout repose sur ses épaules alors qu’on lui a désappris de vouloir diriger. Elle se trouve dans une situation non souhaitée et non pensée mais dans laquelle il lui faut réagir. Par bonheur, le pays a une chancelière qui est l’incarnation du calme» remarque Jacqueline Hénard.

«La mise en avant de l’Allemagne ne tient pas à son goût pour le leadership. En voulant imposer son point de vue, l’Allemagne pense véritablement que les pays membres de la zone doivent agir dans ce sens. Elle a la conviction d’être sur le droit chemin» constate de son côté Thomas Fricke.

Pour Véronique Riches-Flores, le retrait de la France tient au fait qu'elle est complexée. «La France s'est rendue compte que s'être alliée à l'Allemagne lors des deux premières années de gestion de la crise et d'avoir délaissé ses partenaires d'Europe du sud a été une grave erreur historique et stratégique regrettable. L'alliance franco-espano-italienne aurait pu faire valoir un autre point de vue, une autre philosophie. Aujourd'hui il est trop tard et la France préfère ne pas faire de bruit».







Imen Hazgui

Publié le 26 Mars 2013

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