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France : des universités en perte de vitesse face à des Business Schools au top

France : des universités en perte de vitesse face à des Business Schools au top

(Easybourse.com)

45ème place : telle est la position occupée par la première université française dans le palmarès mondial des établissements élaboré par l’Université Jiao Tong de Shanghai. Pas de quoi avoir la grosse tête !

Interview de Alain Trannoy

Interview

Alain Trannoy
directeur d’études
Ecole des hautes études en sciences sociales

Certains discutent les critères de sélection retenus pour l’établissement de ce palmarès (cf. encart), à l’instar de Bruno Julliard, président de l’Union nationale des étudiants de France (Unef), selon qui «ce type de classement ne convient pas à la structuration de l’enseignement supérieur en France où la recherche est en partie dissociée du monde universitaire, contrairement aux autres pays. Tout ceci rend donc les comparaisons entre universités difficiles». «Mais il est tout de même certain que d’un point de vue financier, la situation est hétérogène. Si un classement venait à être établi en fonction des ressources allouées aux universités, la France serait certainement en queue de peloton», ajoute-t-il.

Dans le palmarès 2006 de l’Université de Shanghai, seules 4 universités françaises figurent dans le top 100 mondial et 21 dans le top 500. Rappelons que la France compte 83 universités. Le premier établissement, Paris VI, se classe en 45ème position, contre une 64ème place pour Paris XI, 96ème pour Strasbourg I et l’Ecole normale supérieure occupe l’avant dernière place du top 100. A titre de comparaison, si toutefois il est possible d’en faire une, 17 universités américaines figurent dans le top 20 !

Si la France veut prétendre pouvoir rivaliser avec ses homologues britanniques ou américains, elle va devoir consentir plus d’efforts à son système universitaire, et notamment d’un point de vue financier.

Harvard, qui culmine en première position du palmarès, disposait en 2005 d’un budget de 2,8 milliards de dollars pour ses 20 000 étudiants, 2 100 enseignants et 12 000 personnels non enseignants soit «un total de ressources égal au quart du budget total de la France pour l’enseignement supérieur», souligne Alain Trannoy, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS).
En 2003, l’Etat américain a dépensé près de 20 470 euros par étudiant au titre des établissements d'enseignement supérieur publics et privés, contre deux fois moins pour la France, avec un budget moyen de 9135 euros. Et en 2005, l’ensemble des ressources privées et publiques allouées par la France à l’enseignement supérieur «représente 1,1% du PIB contre 2,6% aux Etats-Unis», renchérit Alain Trannoy.

Côté performances, les chercheurs français sont à la traine. En 2002, ils ont déposé, proportionnellement à la population, deux fois moins de demandes de brevets à l’Office européen que leurs homologues allemands ou suédois, selon l’OCDE. Par million d’habitants, ce nombre s’élève à 85 pour la France, contre 167 pour l’Allemagne et 162 pour la Suède. Quant aux Prix Nobel scientifiques nationaux, ils se font également de plus en plus rares. L’Hexagone en comptabilise quatre (Pierre-Gilles de Gennes, Georges Charpak, Claude Cohen-Tanoudji et Yves Chauvin) contre soixante-deux pour les Etats-Unis depuis 1991.

Autres raisons, outre le sous-financement de l’Etat, aux piètres performances des établissements français ? Le sous-investissement des entreprises dans la R&D. Ainsi l’industrie finance 50,8% de la recherche (publique et privée réunies) contre 66% en Allemagne, 63% aux Etats-Unis et 74,5% au Japon. Le bât blesse également au niveau de «l’empilement des structures». «Lorsqu’un chercheur français publie une étude, il doit mentionner le nom du laboratoire auquel il appartient et celui de son institution de rattachement (Universités, CNRS, Grandes Ecoles). Aux Etats-Unis, il se contente de citer le nom de son université», souligne Alain Trannoy.

Autre sujet qui pose problème : le nombre d’étudiants par professeur. Il est de 17,6 en France en 2003, contre 9 en Suède et 11 au Japon. Les universités françaises souffrent également d’une insuffisance de développement de leur réseau informatique. Pour y remédier, le gouvernement a lancé, en septembre 2004, l’opération « micro-portable étudiant » à un euro par jour. Au 30 septembre 2005, ce sont plus de 300 000 micro-portables qui ont été achetés, soit une progression de 8 % à 22 % des étudiants équipés. De leur côté, les universités, aidées par l'Etat, se sont équipées en wi-fi plus de 4 000 bornes d'accès.

Mais le tableau n’est pas si noir que cela, «compte tenu du sous-financement des universités françaises, celles-ci ne sont pas si mal classées», précise le directeur d’études de l’EHESS, « même s’il est vrai qu’elles pourraient faire mieux », s’empresse-t-il de poursuivre.

Mais, force est de constater que ce palmarès contraste fortement avec celui établi par le Financial Times sur les meilleurs masters en management en Europe en 2006.

Déjà largement en tête du classement 2005, les écoles françaises de commerce s’octroient cette année les sept premières places du palmarès, avec en tête de peloton HEC, suivie de l'ESCP-EAP, en troisième position.…


 

 




florian

Publié le 20 septembre 2006

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