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Interview de Philippe Chalmin : Directeurdu CyclOpe, professeur à Paris-Dauphine, consultant auprès d’organismes internationaux (OCDE, CEE, CNUCED)

Philippe Chalmin

Directeurdu CyclOpe, professeur à Paris-Dauphine, consultant auprès d’organismes internationaux (OCDE, CEE, CNUCED)

Même s'il existe une marge de progression des prix, la crise que nous vivons peut être résorbée par l'innovation

Publié le 04 Mars 2008

Quel regard portez-vous sur l’évolution des matières premières ?
Que ce soit le pétrole, le soja, le blé, le platine ou encore l’or, pratiquement toutes les matières premières sont au rendez-vous d'une tension qui n'a pas d'équivalent depuis une trentaine d'années.
Une des nouveautés réside dans le fait que la flambée des prix est de nature structurelle.

Dans quel compartiment la situation semble-t-elle la plus critique ?
Probablement dans le domaine de matières premières agricoles et dans de l’énergie où nous  atteignons le temps de rareté.
Si nous sommes aujourd'hui à un baril de 100 $ dans un relatif calme géopolitique, quelle serait la situation si nous avions une véritable guerre civile au Nigeria, un coup d'état au Venezuela, et une frappe américaine sur l'Iran ?
De même, nous sommes à des niveaux très élevés s'agissant des produits agricoles. Qu'en serait-il si nous avions une sécheresse, une inondation, ou tout autre catastrophe climatique dans un grand pays producteur ?
Que ce soit pour l'énergie, un incident géopolitique majeur, ou pour l'agriculture, un accident climatique important, la moindre goutte d'eau peut faire déborder le vase.

Pensez-vous que les prix que nous connaissons sur le pétrole, sur l'or sont des plafonds ou qu'il existe une marge de manoeuvre pour que les prix progressent davantage ?
Nous sommes, rationnellement et en se basant sur de longues séries historiques, sur des niveaux très élevés. Mais aucun de ces niveaux ne peut en tout état de cause être considéré comme un plafond même s'il faut se souvenir d'un vieux proverbe sur les marchés qui dit que les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.
Ma prévision sur le prix du pétrole se situe entre 60 et 120 $.

Peut-on dire que nous vivons aujourd'hui une ère nouvelle concernant les matières premières ?
Il y a lieu d’être prudent sur une telle expression. À chaque fois que nous avons dit que nous étions entrés dans une ère nouvelle, nous nous sommes trompés.
La crise telle qu'elle se manifeste se veut être une crise avant tout cyclique. Ainsi, a priori, nous pourrions envisager que cette crise n'est pas différente de celles que nous avons connues par le passé.

Néanmoins je pense que pour l'énergie et plus encore pour l'agriculture, la tendance a profondément changée.

Faut-il s'inquiéter de la flambée de ces prix ?
Si l'on considère les pays en développement, que ce soit les pays émergents, les pays du tiers-monde, incontestablement la hausse des prix agricoles a des conséquences sur les prix alimentaires, sur le niveau de vie des populations, qui peuvent être dramatiques.

Aussi, je suis très inquiet de voir l’augmentation de l'inflation en Chine, notamment de l'inflation alimentaire car l'alimentation reste pour beaucoup de Chinois le premier poste de dépenses.

Autant le débat en France sur la hausse des prix alimentaires est une tempête dans un verre d'eau, autant il existe un véritable débat sur la hausse des prix alimentaires dans les pays en développement.

Comment s'en sort-on ?
Ce n'est pas la première fois que le monde se trouve dans une telle situation. Nous avons toujours tendance à sous-estimer l'impact de la hausse des prix, donc de l'économie de marché, sur l'inventivité des hommes.

De la même manière que le pétrole à 100 $ est un message envoyé par le marché pour dire qu’il y a besoin de payer le prix de la chose, la flambée des prix des denrées agricoles est également un message indiquant qu'il va falloir produire beaucoup plus à l'avenir pour satisfaire les besoins de la planète.

L’innovation sera-t-elle réellement une solution lorsque l’on sait que les biocarburants constituent aujourd’hui davantage une offre supplémentaire venant combler une insuffisance qu’une offre de substitution ?
Nous avons cru que nous allions résoudre le problème énergétique en développant des énergies renouvelables à partir de l'agriculture. Au passage nous avons découvert qu’était sous-jacent au développement de ce type de biocarburants un enjeu alimentaire.

Nous devrions voir s'accélérer le passage au biocarburant de deuxième génération, produit à partir de déchets agricoles, forestiers, ou même ménagers où les potentialités sont considérables.
Je suis fondamentalement un optimiste. Chaque fois qu'il est dit qu’on n’y arrivera pas, ce type de discours ouvrait en lui-même la porte de sortie par le haut.

Je pense réellement que dans deux générations la consommation d'énergie sera profondément différente de celle qu'elle est à l’heure actuelle. La question est plus délicate en ce qui concerne les matières premières agricoles. Dans deux générations on aura toujours autant besoin de s'alimenter.

Nous avons besoin d'apprendre à économiser, à modifier nos habitudes de consommation car s’il existe une marge de manœuvre, si le monde est capable de nourrir 9 milliards d'êtres humains, le monde ne sera pas capable de subvenir aux besoins de 9 milliards d'Américains.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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