Michèle Jardin
Directeur général d'IDEAM
L'investissement ISR permet de dégager une performance rapportée au risque supérieure à celle des indices
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Publié le 07 Avril 2008
Pourquoi avez-vous décidé de procéder à cette notation ISR par Vigeo ?
En signant les Principes de l’Investissement Responsables (PRI) en 2006, CAAM s’est engagé dans une démarche de transparence et de réflexion sur les questions environnementales, sociétales et de gouvernance qu’il entend aussi s’appliquer à lui-même. L’audit VIGEO correspond à ce souci de cohérence.
Quels sont les risques et opportunités de l’entreprise identifiés sur l’ensemble des domaines couverts par la responsabilité sociale et environnementale (RSE) ?
Dans le cadre de l’évaluation de CAAM, Vigeo s’est intéressée à 6 grands domaines : les droits humains, les ressources humaines, l’environnement, le comportement sur les marchés, l’engagement sociétal, le gouvernement d’entreprise.
Sont appréciés pour chacun de ces domaines, la politique définie par l’entreprise, sa mise en œuvre et les résultats obtenus. Chaque note est accompagnée d’un indicateur de tendance permettant d’apprécier les évolutions constatées au cours de la période sous revue.
Pour deux des domaines évalués, CAAM obtient une note de 2, et dans quatre domaines, la note attribuée est de 3. Sachant que la note minimale est de 1 et la note maximale est de 4.
Quels sont les domaines dans lesquels vous obtenez la note de 3 ?
Les ressources humaines, le comportement sur les marchés, l’engagement sociétal, le gouvernement d’entreprise.
A notamment été mis en évidence dans le cadre des ressources humaines le fait que les orientations données étaient établies en collaboration avec les représentants des salariés. Par ailleurs, la volonté, affirmée et partagée par tous, de favoriser le développement des compétences et des évolutions professionnelles est confortée par la mise à disposition de moyens substantiels. La communication interne a été jugée de bonne qualité. Le déploiement des engagements et le suivi des actions reposent sur des processus robustes.
Parmi les points à améliorer nous citerons la politique de gestion des seniors qui ne s’appuie pas sur une analyse et un traitement spécifiques.
Comment expliquez vous la notation de 2 sur les droits humains et l’environnement ?
Concernant les droits humains et l’environnement, l’audit met en évidence des avancées mais aussi des pistes d’amélioration. En matière de droits humains, VIGEO fait le constat que la politique en ce domaine n’est pas explicitement formalisée, et repose essentiellement sur les convictions personnelles des responsables et non sur une ligne de conduite managériale homogène.
Dans le domaine de l’environnement, l’audit a mis en évidence que CAAM n’a pas d’engagement probant sur des sujets comme la maîtrise des déplacements, les consommations d’énergie liées aux bâtiments et à l’exploitation informatique, et n’a pas défini les objectifs à atteindre concernant ses impacts environnementaux.
L’audit a été réalisé sur le périmètre de CAAM Paris. A quand une notation sur les filiales françaises et étrangères?
Pour des raisons pragmatiques, nous avons souhaité mener une mission compacte et tout d’abord ausculter le «moteur» de CAAM, c’est-à-dire la société mère dans la mesure où c’est elle qui insuffle un certain nombre de politiques (cf. DRH, compliance).
Il est prévu que le Comité Projet créé à l’occasion de la mission d’audit assure le suivi des actions qui en découlent. En fonction du déroulement du plan d’action, le Comité sera amené à faire des propositions d’audit, soit sur des points précis, soit plus largement, sachant que l’extension du périmètre aux filiales françaises et étrangères sera aussi examinée.
Feriez-vous appel aux mêmes critères de notation ?
Dans le contexte d’un nouvel audit, VIGEO appliquera la grille de critères propre à sa méthodologie. Il est possible que des ajustements soient nécessaires en fonction du pays dans lequel la filiale se situe.
Pensez-vous que cette bonne évaluation constitue un avantage compétitif important pour la société ? Pourquoi ?
Nous pensons que c’est un avantage compétitif de l’avoir faite et d’être la première société de gestion à l’avoir demandée à VIGEO
Nous pensons que des audits sollicités sur la responsabilité ESG vont se développer dans le domaine financier sous la pression des marchés, des clients, de la réglementation, des ONG et du public en général, pour plus de transparence.
L’évaluation par VIGEO, nous a permis de mettre en avant le fait que nous étions pleinement conscients de nos responsabilités et que nous souhaitions identifier de nouvelles voies d’action et de progrès.
Dans le cadre de votre engagement en faveur de l'investissement socialement responsable (ISR), CAAM a lancé un fonds thématique eau innovant : Pourquoi avoir choisi la thématique de l’eau ? Quel est le poids des critères ESG dans le processus d’investissement ?
Le lancement de ce fonds est issu d’un constat : l’eau est une ressource rare, placée au cœur d’un marché aux enjeux financiers considérables. Il s’agit d’une thématique fondamentale du développement durable. Le Comité des Nations Unies sur les Droits économiques, sociaux et culturels a reconnu l’accès à l’eau comme étant un droit indispensable, garant de la dignité humaine. Il constitue un pré-requis pour la réalisation et le respect de tous les autres droits de l’homme. Pourtant, nous sommes confrontés aux dangers d’une pénurie d’eau. 1 milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et, d’ici 2025, 35% de la population mondiale vivra dans des zones où l’approvisionnement en eau sera insuffisant.
Dans le même temps, l’eau possède des enjeux économiques : elle mobilise de nombreuses industries (collecte, distribution, recyclage…), engendre des investissements, de l’innovation, et génère du profit.
Consciente de la corrélation entre l’aspect économique et la demande durable du marché de l’eau, CAAM a décidé d’utiliser son expertise au service de ce marché en créant un fonds thématique : «CAAM Funds Aqua Global», géré par IDEAM.
CAAM Funds Aqua Global est l’un des rares fonds thématiques à avoir un processus de gestion ISR. Nous intégrons des critères extra financiers, en complément des critères financiers traditionnels, pour sélectionner les titres en portefeuille. Nos analystes extra financiers ont défini une grille de critères ESG très détaillée, nous permettant de noter et de pondérer les entreprises de l’univers d’investissement. Ainsi nous investissons, par exemple, dans les utilities qui s’assurent de ne pas proposer des prix trop élevés à la population, qui veillent à minimiser le gaspillage ou les déperditions d’eau (c’est important lorsque l’on sait que dans certains pays, comme en Angleterre, l’acheminement d’eau peut atteindre un taux de fuite de 20 à 30%) ou bien dans des entreprises de chimie qui restreignent au maximum l’utilisation de certaines substances dangereuses ou de certaines émissions toxiques.
La gestion ISR est basée sur une conviction : c’est dans la valeur immatérielle des entreprises que réside leur plus importante source de performance, à long terme. Par l’intermédiaire des critères ESG que nous définissons, nous avons la volonté d’anticiper les risques de long terme : risques environnementaux, conflits sociaux, risques de réputation, etc.
Quelle est l’importance de ce fonds actuellement ?
Le fonds a été créé il y a un an, avec 1 millions d’euros d’actifs sous gestion. Nous en sommes aujourd’hui à plus de 40 millions d’euros. Les investisseurs sont de plus en plus sensibles aux problématiques du développement durable. Nous pouvons espérer atteindre un objectif de 200 millions d’euros.
Avez-vous une grille de critères prédéfinis ou bien raisonnez-vous au cas par cas ?
Notre univers d’investissement est vaste. Il intègre tous les secteurs entrant en jeu dans la chaine de création de valeur de l’eau : collecte, acheminement, distribution, recyclage… On peut retrouver en portefeuille des entreprises publiques, des machineries (pompes et canalisation), des entreprises issues de l’industrie chimique (produits spécifiques au traitement des eaux), des entreprises du secteur électrique, électronique (compteurs à eau)… Nous faisons face à une thématique relativement hétérogène. Il serait difficile, et peu pertinent, d’appliquer à chacun, les mêmes grilles de critères ESG. De ce fait, notre analyse varie selon les secteurs. Nos analystes extra financiers déterminent pour chaque secteur les critères ESG et les pondérations les plus pertinentes.
Qu’en est-il de la performance avérée des fonds ISR par rapport à des fonds classiques ?
En ce qui concerne la thématique de l’eau, il nous faudrait un track record plus long pour avoir des données statistiquement significatives. En revanche, dans le cadre d’un autre fonds que nous gérons et qui a 9 ans de track record, une étude conduite par notre équipe de recherche quantitative a démontré que nos critères ESG étaient sources de performance.
Sur la période 2006-2007, objet de l’étude, les facteurs ESG bruts utilisés dans la gestion d’IDEAM ont dégagé une performance rapportée au risque de 1.44. Ce résultat peut être favorablement comparé à un grand indice boursier européen comme le Morgan Stanley Capital index qui témoigne, lui, d’une performance ajustée de 0,80.
Quelle est l’importance de la demande de vos clients ?
Notre clientèle est principalement constituée d’investisseurs institutionnels. C’est une tendance de marché, comme le souligne le bilan 2007 du marché français de l’ISR publié par Novethic. En termes de classe d’actifs, les fonds actions représentent près de 65% des fonds ISR existant en France.
Actuellement, nous observons un déplacement de la clientèle institutionnelle vers une clientèle banque privée ; ainsi qu’un développement de l’offre des actions vers les produits de taux. C’est la raison pour laquelle nous travaillons à élargir notre offre taux pour le moment concentrée sur du crédit libellé en euro.
Après la thématique de l’eau, quelles autres thématiques pourraient être susceptibles de vous intéresser ? Pourquoi ?
Nous réfléchissons à l’élargissement de la gamme de nos fonds à d’autres thématiques environnementales ou sociales, même si ces dernières ne paraissent pas encore susciter d’intérêt marqué du grand public. Nos offres, en tout cas, sont amenées à s’enrichir dans ces directions.
Propos recueillis par Imen Hazgui

L'investissement ISR permet de dégager une performance rapportée au risque supérieure à celle des indices




