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Interview de Didier Davydoff : Président du directoire d'IEM Finance et directeur de l’Observatoire de l’Epargne Européenne (OEE)

Didier Davydoff

Président du directoire d'IEM Finance et directeur de l’Observatoire de l’Epargne Européenne (OEE)

L'assurance vie est mise à mal

Publié le 10 Septembre 2008

«La fiscalité de l’épargne et les conditions de rémunération ne sont pas favorables à l’assurance vie»

Lundi 1er Septembre paraissait une étude réalisée par le cabinet de consultants IEM Finance intitulée «Epargne longue : la nouvelle donne».

L’étude actualise les informations fondamentales sur les besoins auxquels l’épargne longue répond, mesure globalement le poids de l’épargne longue, avant d’en analyser ses composantes, rassemble ensuite les informations et dresse les perspective détaillées de chaque véhicule d’investissement : le logement, l’épargne retraite, l’épargne financière longue, l’épargne bancaire longue, l’assurance dépendance.

Didier Davydoff, Président du directoire d’IEM Finance a accepté de nous livrer quelques impressions concernant cette étude.
 
De quelle manière appréhendez vous la vive concurrence des produits d’épargne liquide à court terme sur les produits de longue durée ?
On observe ces derniers mois une forte tendance de la part des épargnants de se détourner des produits d’épargne à long terme pour s’orienter vers des produits d’épargne liquide.

L’explication tient dans deux considérations. Tout d’abord l’aversion au risque a augmenté en raison des turbulences financières.

Ensuite, l’écart de rémunération qui joue habituellement en faveur de l’épargne longue s’est réduit.
Le taux du livre A est à 4%. En face, les taux servis par les assureurs dans le cadre des contrats d’assurance vie en euros ont connu une baisse relativement significative.
Le taux du contrat de l’AFER, qui est à certains égards un contrat de référence a été de 4,42% en 2007.
D’autre part les PEL ont vu leur rémunération bloquée à 2,5% depuis 2003.

Comment voyez-vous évoluer la situation ?
La situation n’évolue pas favorablement. Les nouvelles mesures prises pour financer le RSA accentuent les difficultés, étant donné que les produits d’épargne soumis aux prélèvements sociaux sont frappés, en particulier l’assurance vie et les plans d’épargne logement.

Justement, quel regard portez vous sur les modalités de financement du RAS ?
Il y a plusieurs questions sous jacentes à envisager. L’interrogation porte d’abord sur la catégorie de la population à laquelle on souhaite faire supporter le coût du RSA. L’assurance vie est un produit largement diffusé dans la population, et non pas exclusivement auprès de personnes fortunées. 

Par ailleurs, du point de vue de l’allocation de l’épargne, le mode de financement choisi renforcera la concentration des placements sur l’épargne courte. Or je pense qu’un tel comportement doit au contraire être dissuadé dès lors qu’il n’est favorable ni à l’intérêt des épargnants ni à celui de l’économie dans son ensemble.

La population française ne pourra satisfaire certains besoins qu’au moyen de son épargne longue. On sait que les régimes par répartition ne suffiront pas à financer la retraite des français, en raison des fortes pressions imposées par les évolutions démographiques.

Dans l’optique d’une acquisition d’un bien immobilier, les produits d’épargne de long terme trouvent toute leur pertinence. Les conditions de crédit actuellement se renchérissent et se resserrent. De ce fait l’apport personnel pour devenir propriétaire retouvre de l’importance. Cet apport ne peut vraisemblablement provenir que d’une épargne longue.

Je pense que la politique des Pouvoirs Publics en matière d’épargne ne va pas dans le sens de l’intérêt général. On sent une suite de décisions qui sont prises sans réflexion d’ensemble.

Quelle est l’hémorragie constatée au niveau des PEL ?
20 milliards sont sortis en 2006, 16 milliards en 2007 et déjà près de 9 milliards sur les quatre premiers mois de 2008.

Mais les banques ne pourront pas indéfiniment continuer à rémunérer à un taux important de la liquidité de court terme ?
Nous sommes actuellement dans une situation particulière. Les tensions du marché monétaire soutiennent des taux d’intérêt à court terme élevés.
C’est là une relative anomalie mais une anomalie qui dure.

Il est difficile de prévoir quand cela va rentrer dans l’ordre. Les banques ne sont pas au bout de leur peine, notamment eu égard aux difficultés auxquelles elles sont confrontées lorsqu’elles doivent lever des fonds propres.

L’assurance vie vit actuellement des moments difficiles. Quelle évolution de ce produit anticipez-vous ?
Les contrats en euros et les contrats en unités de compte se positionnent différemment.

Si les contrats en euros ont connu une baisse relativement significative du fait de l’écart de rémunération avec les produits d’épargne de court terme, la collecte sur les contrats en unité de compte s’est effondrés en raison de la crise financière.

Il faudrait donc que d’une part l’environnement sur les marchés financiers s’améliore de manière soutenue et que d’autre part les épargnants ne se sentent pas en insécurité sur l’évolution future des prélèvements obligatoires et de la réglementation pesant sur les contrats d’assurance vie.

Par ailleurs, un souffle pourrait également être donné à l’assurance vie si ce produit est identifié comme pouvant répondre à de nouveaux besoins.
L’idée pourrait alors compléter l’assurance vie classique par une assurance dépendance.

A ce propos, que pensez vous des propositions faites par le Sénat concernant l’assurance dépendance ?
Ces propositions me paraissent très judicieuses. Couvrir le risque de dépendance par une assurance dépendance n’est pas chose aisée. Les français ont tendance à souscrire ces contrats à un âge avancé, vers 60 ans. Par conséquent les primes sont nécessairement élevées.

Qui plus est, il y a une grande incertitude sur l’ampleur de ce risque de dépendance. On ne sait pas très bien quelles seront les évolutions des différentes pathologies de démence, comme la maladie d’Alzheimer.
Sur le plan individuel, l’assureur doit résoudre la difficulté du biais de sélection adverse. La personne qui souscrira une assurance dépendance est une personne qui a priori a de bonnes raisons de vouloir couvrir ce risque. Cela renchérit la prime.

Il me paraît donc justifié que par le jeu de la fiscalité on contribue à surmonter ces obstacles car la solidarité nationale, à travers nptamment l’APA (l’allocation personnalisée d’autonomie), coûtera de plus en plus cher à la collectivité.

Selon vous des produits un peu oubliés dans la période écoulée pourrait, sous l’action du gouvernement et notamment du Haut Comité de Place, revenir au devant de la scène.
A quels produits faites vous référence exactement ?

Nous pouvons mentionner le PEA. Le nombre de PEA s’est effrité même entre 2003 et 2007 alors que les marchés financiers étaient en hausse.
Le plafond du PEA n’a pas été révisé depuis de nombreuses années. En outre, le produit est compliqué à comprendre. Les conséquences de la sortie du produit sont difficiles à saisir. Il pourrait être relancé par une simplification de ses règles.

Nous pouvons également citer les OPCVM de long terme, en particulier des OPCVM actions.
Il est prévu que l’impôt sur les plus values pour les actions détenues en direct disparaisse progressivement à l’horizon 2012.
Je pense que la même chose devrait être prévue pour les OPCVM actions.

Des produits innovants pourraient voir le jour. Dans quels domaines en particulier ? Avec quels types de caractéristique ?
Au-delà de tout ce qui pourrait concerner la dépendance, les produits de diversification des actifs des épargnants ont toute leur place.

J’ai récemment travaillé pour  le pôle de compétitivité Industrie et Agro-ressources. A la suite des différentes analyses réalisées, nous sommes parvenus à la conclusion que si nous parvenions à proposer aux épargnants un produit de capital investissement liquide qui pourrait être investi sur des industries d’avenir comme les industries agro en ressources, cela rencontrerait un franc succès.

Que voulez-vous dire par industries agro en ressources ?
Ce sont toutes les industries qui utilisent des matières premières végétales en dehors des industries agro alimentaires. Au-delà des biocarburants de seconde génération, cela concerne par exemple les huiles, les matériaux, les engrais…

Un phénomène de substitution pourrait alors en découler ? Quels produits selon vous auraient vocation à si ce n’est à disparaître complètement, au moins à connaître un essoufflement durable ?
Il serait souhaitable que l’épargne liquide de précaution diminue. Il faut qu’il y ait un rééquilibrage en faveur de l’épargne longue et des actions en particulier.

On remarque que dans tous les pays d’Europe, l’épargne longue, que ce soit à travers l’épargne vie ou les fonds de pension, a un poids de plus en plus important.
C’est la première fois, depuis 1995 que je vois le stock d’épargne longue des ménages  diminuer. Nous pouvons supposer qu’il s’agit d’une situation transitoire liée à la crise financière que nous traversons actuellement.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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