Easy Bourse Espace International

Interview de Nicole Bricq : Vice-Présidente de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation au Senat

Nicole Bricq

Vice-Présidente de la commission des finances, du contrôle budgétaire et des comptes économiques de la Nation au Senat

Le véritable enjeu réside dans la sortie de crise : comment et qui s'en sortira

Publié le 03 Novembre 2008

Quel regard portez-vous sur l’évolution actuelle de la crise financière? Pensez-vous que nous sommes désormais à l’abri d’un accident systémique et croyez-vous que le plan mis en place par le gouvernement a réussi à préserver la liquidité et la solvabilité du système bancaire, et éviter une éventuelle dégradation de la santé des grands établissements bancaires français ?
A mon sens, la crise financière que nous vivons actuellement est une crise systémique qui est partie d’une crise sociale, une crise d’inégalités entre les revenus du travail et les revenus du capital. On a octroyé des crédits à des ménages dont on savait pertinemment qu’ils ne seraient pas en mesure de rembourser leurs crédits. Ces derniers ont gagé leur bien immobilier sur la montée du marché.
 
L’accumulation de la mise en défaut des paiements a provoqué une crise financière qui, initialement localisée en un point précis, s’est propagée dans l’ensemble du monde. Le risque s’est diffusé dans l’ensemble des produits dérivés de la planète entière.

Les plans qui ont été mis en œuvre de manière quelque peu abracadabrantesque aux Etats-Unis, et au Royaume-Uni, en France ou encore en Allemagne, se sont efforcés de répondre à l’urgence du moment.
 
Les choses prendront du temps à se rétablir. Cependant, je pense que les différentes mesures prises sont à même de juguler la crise financière. Une régulation est à présent nécessaire du système aux diverses échelles pertinentes. Le mécanisme instauré, basé sur le crédit et le rendement maximums, sur les rémunérations excessives et sur le courtermisme est remis en cause. 

Avez-vous été surprise par l’amplitude de la crise ?
L’amplitude de la crise a été réellement révélée avec la faillite de Lehman Brothers. Pour autant, nous savions dès le mois de septembre 2007 -dès qu’on a su qu’il y avait une bulle immobilière et une bulle de crédit qui était percée- qu’une rupture allait se produire.

De quelle manière appréhendez-vous la crise économique?
La crise économique va assurément aggraver la crise sociale. Nous sommes entrés dans une conjoncture économique dépressive pour ce qui est des pays développés.
Les grands pays émergents, comme la Chine ou l'Inde, auront quant à eux un taux de croissance moindre que par le passé.

Nous devrions voir une remontée du taux de chômage dans les mois à venir, un taux de faillite des entreprises plus important, avec parallèlement une baisse de la consommation et de l’investissement.

A votre sens, la France se situe-t-elle dans une situation plus confortable comparée à celle de ses grands voisins européens ? Pourquoi ?
Le problème qui se pose est un problème de fond. Des plans ont été dessinés et vont être déployés pour tenter de juguler cette crise économique. On a établi un dispositif pour inciter les banques à continuer à octroyer des crédits et ainsi à poursuivre le financement de l’économie.

Cela a eu et va avoir plus ou moins de succès. On constate, par exemple, que les établissements bancaires maintiennent une position rétive.

Je crois que la grande difficulté résidera dans la sortie de la crise. Nul ne sait à quel horizon cette sortie se profile. On entend parler de juillet 2009, fin 2009. Cela permet de donner de l’espoir aux gens. Mais en réalité, nous devrions avoir plusieurs années difficiles…

Et tous les pays ne seront vraisemblablement pas dans la même configuration. Certains Etats s’en sortiront mieux que d’autres, du fait de leurs fondamentaux sains : des réserves budgétaires, un assainissement de leur compte, un investissement massif dans une économie plus compétitive tournée vers l’innovation et la connaissance.

Je ne suis pas certaine que la France, contrairement à l’Allemagne ou aux pays nordiques, soit bien armée par rapport à cette sortie de crise. Nos exportations sont mal orientées. Nous manquons d’entreprises innovantes. Nous avons peu de marges de manœuvre.

Un groupe de travail composé de 12 députés et 12 sénateurs a été mis en place afin de rédiger un rapport d'étape sur les moyens de "faire face à la situation financière et économique internationale ainsi qu'à ses répercussions sur l'économie française". Quels chantiers vous semblent prioritaires ? Quelles seraient les nouvelles règles financières à établir afin de prévenir les dérives et les excès qui ont entraîné la crise ?
Il y a lieu de poser à plat le problème des produits dérivés. Devra également être soulevée la question des agences de notation, ou encore celle des règles applicables aux établissements bancaires et financiers eu égard à leur ratio de solvabilité…
Ce groupe de travail doit essayer d’aboutir à un diagnostic partagé sur les causes de la crise. Les points de désaccord entre les camps politiques et même à l’intérieur de ces camps seront mis en avant. Nous tenterons de formuler des propositions à l’échelle continentale.

Le FMI pourrait jouer le rôle de gendarme mondial ?
Je pense que le rôle du FMI se trouve complètement modifié avec cette crise. Cette organisation financière avait eu, ces dernières années, mauvaise presse en raison de sa relative inefficacité.
Le FMI pourrait trouver sa place dans la fixation de nouvelles règles et dans le contrôle de la bonne application de celles-ci.

Qu’attendez-vous du sommet international ? Ce sommet pourrait-il être l’amorce d’un nouveau Bretton Woods comme certains l’attendent?
Organiser un nouveau Bretton Woods n’a pas grand sens. On ne refait jamais l’histoire. En 1945, les économies n’étaient pas mondialisées.
Aujourd’hui, un évènement de grande ampleur qui se passe à un bout de la planète peut avoir de graves conséquences à l’autre bout.

Ce qu'il est essentiel de faire, c'est rebâtir un nouveau système financier. C’est ce qu’on appelle alors la régulation financière et c’est à quoi va s’atteler le G20 à partir des propositions faites par le directeur général du FMI le 15 novembre prochain.

Propos recueillis par Imen Hazgui

| Plus

Derniers commentairesAccès aux forums

ouvrir un compte en ligne

Espace pédagogique

Comprendre l'économie et la finance

Bourse, fiscalité, patrimoine,...

Le mot du jour Bâle I

Les dernières tendances

Paris

CAC 40: vers une ouverture dans le vert.

(CercleFinance.com) - La Bourse de Paris devrait ouvrir en hausse mardi matin, après s'être laissé dériver dans le rouge hier après-midi (-0,1%)... 29/05 - 08h35
suite...

Wall Street

À Wall Street, l'Europe et les indicateurs donneront le ton

par Chuck Mikolajczak NEW YORK (Reuters) - Désormais privés, ou presque, de résultats, les investisseurs utiliseront la semaine prochaine la... 27/05 - 19h17
suite...

Tokyo

La Bourse de Tokyo finit en hausse de 0,74%

TOKYO (Reuters) - La Bourse de Tokyo a fini en hausse de 0,74% mardi, soutenue en fin de séance par des anticipations de statistiques américaines... 29/05 - 08h25
suite...

Devises

CHANGES: Le marché est peu actif avant le PIB des Etats-Unis

Les marchés des changes montrent des signes de nervosité vendredi en... 28/01 - 14h13
suite...

Pétrole

Les cours du pétrole ont fini en hausse

Les cours à terme du pétrole ont fini en hausse jeudi, l'Iran et les grands puissances économiques étant pour l'instant incapables de... 24/05 - 22h09
suite...

Taux

Fortes anticipations sur une baisse des taux dans la zone euro

Les derniers indicateurs économiques de la zone euro ont incité nombre d'analystes et d'économistes à prédire d'ici quelques... 24/05 - 20h57
suite...

Accès Membre | Client

Mardi 29 Mai 2012 | 10:29:32

Notre offre de courtage

Vos ordres de bourse
à partir de

DJ30 :

Nasdaq :

Nikkei :

Brent :

CAC40 :

€/$ :

Or :

Recevez
la newsletter