Xavier Qiu
Président de l'Association Franco-chinoise des chefs d'entreprises (ASSOGES)
La crise financière devrait rendre les prix immobiliers pratiqués dans les grandes villes chinoises plus raisonnables
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Publié le 17 Novembre 2008
Que pensez-vous du plan de relance chinois qui prévoit d’investir 450 milliards d'euros, soit 7 % du PIB du pays sur deux ans ?
C'est un plan préparé depuis longtemps. Il est la suite logique des plusieurs grands plans nationaux élaborés depuis 1998, dont l'objectif est de rééquilibrer le développement économique chinois :
-Le plan du grand développement du Nord et de l'Ouest
-Le plan pour revitaliser les anciennes bases industrielles du Nord-Est
-Le plan pour inciter au ressort du Centre
Il se conforme aussi à une autre stratégie nationale réellement et progressivement mise en place depuis 2006 : dépolluer la Chine.
La crise financière mondiale n’a fait qu'accélérer la sortie de ce plan sous la forme actuelle, c'est-à-dire, spectaculaire.
Le marché de l’immobilier chinois est sinistré : on a observé une chute de 25% des prix dans certaines villes côtières et l’abandon par les promoteurs de nombreux projets de mises en chantier Le plan de relance a pour objectif de stimuler ce marché. Pensez-vous qu’il y parviendra ?
Je ne m'inscris pas dans cette hypothèse. Certes, des baisses des prix sont constatées dans des grandes villes comme Shenzhen ou Pékin. Mais, c'est loin d'être un sinistre ou une crise immobilière au niveau national, voire dans ces villes.
Ce plan national ne vise pas à relancer le marché immobilier dans des grandes villes, mais à faciliter l'accès aux propriétés par la population la plus défavorisée. Des gouvernements locaux ont pris des mesures pour soutenir les prix immobiliers dans leurs propres intérêts et celui des promoteurs locaux. Ils sont sévèrement critiqués par la population.
Ils n'arriveront pas à leurs objectifs dans les grandes villes. Mais, il n'y aura pas de crise immobilière en Chine, car, la demande est réelle et importante. A titre indicatif, dix millions de paysans deviennent citadins chaque année.
Cette crise financière va rendre le prix immobilier des grandes villes plus raisonnable. C'est profitable pour la population et l'économie. Elle n'aura pas trop d'impacts sur les moyennes et petites villes.
Le ministre canadien des Finances Jim Flaherty a estimé que le plan chinois était bon pour l'économie mondiale. Pensez-vous que c’est le cas ?
Oui et non.
Oui, parce que, d'une part, le plan de relance crée aussi des marchés pour les entreprises étrangères. D'autre part, si le plan arrive à inciter la demande intérieure, la Chine importera davantage. Enfin, une Chine stable contribuera à stabiliser le monde.
Non, car, sur long terme et sur le plan durable, le monde (incluant la Chine) ne mesure pas encore l'impact d'une Chine consommatrice.
Les investisseurs chinois sur le marché boursier auraient perdu chacun en moyenne 1 570 yuans (229,5 dollars) chaque jour depuis le 6 novembre 2007 dernier, à cause du déclin continu du marché boursier depuis un an.
Pensez-vous que la série de mesures prises par le gouvernement permettra de stimuler de manière durable le marché ?
Je n’ai pas d’idée sur le sujet.
Quelle croissance minimale vous semble nécessaire à la Chine pour absorber l'arrivée des migrants ruraux qui viennent chercher du travail dans les villes ?
C'est une question mal posée, car elle implique une hypothèse illogique. Dans le passé, c'est la croissance en Est qui a tiré les migrants ruraux de l'Ouest et du Centre. Si le changement provoqué par la crise financière et le Plan en question permettent aux migrants ruraux de retourner chez eux pour construire leurs propres villes et provinces, à l'économie agricole de se développer, cela favorisera le développement durable en Chine.
L’inflation peut-elle mettre en danger la croissance économique de la Chine ?
Je ne sais pas.
De quelle manière appréhendez-vous les tensions sociales dans le pays ?
Je ne sais pas répondre à cette question.
Pensez-vous que la consommation sera en mesure de compenser l’impact du ralentissement des exportations qui depuis 2003 comptent pour 2 à 3 points dans la croissance de la Chine ? A-t-on raison de penser que la vulnérabilité chinoise aux difficultés des grands clients étrangers est moins importante qu’on ne le croit ?
Si le Plan arrive à libérer la consommation des Chinois, l'économie mondiale et chinoise en profitera. Si le Plan arrive à dynamiser le développement économique du Centre et de l'Ouest, la croissance chinoise sera plus saine et significative que les deux chiffres des années passées.
La baisse progressive de l'exportation chinoise favorisera le développement durable en Chine.
Doit-on s’attendre à des répercussions négatives importantes pour les entreprises chinoises, s’agissant de leurs résultats financiers, de leur rentabilité ?
Oui dans l'immédiat. Ensuite, tout dépendra de comment le Centre et l'Ouest du pays évolueront.
Propos recueillis par Imen Hazgui

La crise financière devrait rendre les prix immobiliers pratiqués dans les grandes villes chinoises plus raisonnables
Jaco Rouw,