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Interview de Bernard le Bras : Président directeur général d'ACMN Vie

Bernard le Bras

Président directeur général d'ACMN Vie

L’avantage concurrentiel de l’assurance vie par rapport au livret A sera favorable cette année, même en cas d’une révision à la baisse des taux de rendement à 3,25-3%

Publié le 10 Février 2009

A quel niveau se situe le taux de rendement de vos contrats d’assurance vie pour 2008 ? De quelle manière vous situez-vous par rapport à vos concurrents ?
Les rendements offerts par nos différents contrats se situent entre 4 et 4,60 net.
Nous sommes dans la moyenne du marché.
 
Le livret A a-t-il joué un rôle dans la détermination de ces taux ?

Il est certain que le livret A, en proposant 4% net d’impôt sans frais d’entrée, a été un concurrent redoutable depuis le mois d’août.
Nous avons de ce fait tenu à ce qu’aucun taux de rendement ne soit inférieur à 4%. Ce niveau a été en quelque sorte une barre psychologique à atteindre vis-à-vis de nos clients.
 
Pensez-vous que la baisse du taux du livret A devrait conduire de manière automatique à une révision à la baisse des taux de rendement offerts par les contrats d’assurance vie ?
Je pense que si nous assistons à une baisse généralisée des taux de rendements sur les contrats d’assurance vie, cela sera davantage en raison de l’évolution des conditions de marché.
Une OAT 10 vaut actuellement 3,60%. Les marchés actions ne cessent d’être mis à mal et n’ont pas vocation à connaitre une reprise durable significative avant la fin de l’année. 
 
Aussi, nous pouvons raisonnablement penser que les rendements des fonds euros des assureurs vie, du fait d’une moindre rentabilité des portefeuilles, risquent si ce n’est de souffrir, tout du moins d’être caractérisés par une certaine stagnation ces prochains mois.
 
Est-ce à dire que le positionnement par rapport à d’autres produits d’épargne n’aura pas d’importance ?
Je pense que l’avantage concurrentiel de l’assurance vie par rapport au livret A sera favorable cette année, même en cas d’une révision à la baisse des taux de rendement des contrats par rapport à 2008.
 
Quelle pourrait être l’ampleur de la baisse du taux de rendement des contrats d’assurance vie?
Nous sommes pour le moment sur une enveloppe d’un taux garanti de 4%.
A présent, si l’on considère que taux du livret A est à 2,50 et qu’il pourrait baisser de nouveau au 1er mai, cela signifierait que des offres de contrats d’assurance vie à des taux autour de 3,50-3% seraient tout à fait attractives.
 
Nous sommes dès lors clairement dans une perspective de baisse des taux garantis. Les épargnants n’ont en pas encore pris totalement conscience. Mais cela est une question de temps.
 
Avez-vous beaucoup souffert des turbulences des marchés financiers au cours de l’année passée ? 
Nous avons peu investi en obligations classiques ces dernières années car nous estimions que les taux de ces instruments étaient à des niveaux très bas.
Nous n’avons par conséquent pas subit d’effet inertie dans nos portefeuilles obligataires. Le rendement moyen de ces derniers est aux alentours de 5%.
 
Qu’en a-t-il été de vos portefeuilles actions ?
La partie actions représente chez nous 8% de nos actifs. Nos investissements dans cette classe se fait par le biais d’un OPCVM dédié à la compagnie qui a pour benchmark l’eurostoxx 50 sur lequel nous avions pris la précaution de couvrir notre portefeuille à la baisse à l’aide d’options, de puts, de calls…
 
 Nous avons évidemment connu des moins values latentes. Le portefeuille a baissé en 2008 de 22% (contre une baisse de plus de 45% pour l’eurostoxx et le CAC). Ces lignes d’actifs n’ont par conséquent pas contribué à la performance de nos fonds.
 
Cependant, nous n’avons pas été contraints de passer des provisions. Nous avons en effet encore des plus-values significatives eu égard à nos investissements immobiliers.
 
A quelle stratégie d’investissement vous amène la mauvaise visibilité quant aux perspectives d’évolution sur les marchés financiers ? Pensez-vous que des opportunités existent ?
Les opportunités existent toujours lorsqu’on est dans une situation d’investissement net positif.
Nous avons eu en 2008 une collecte significative, en hausse de 11% par rapport à 2007 (le chiffre d’affaire s’est élevé à 1, 373 milliard d’euros pour un encours sous gestion qui dépasse les 7 milliards).
 
Nous avons pu profiter de la crise de liquidités à laquelle étaient confrontées les banques. Nous avons été en mesure d’investir sur des signatures bancaires de très bonne qualité à des échéances de courte durée mais avec conditions de taux très favorables.
 
Il est difficile de dire quelles seront les opportunités en 2009. Définir une stratégie d’investissement n’est pas évident dans la situation actuelle.
Les spreads sur le marché du crédit sont très élevés, ce qui sous entend des rendements très attractifs. Ces derniers sont cependant la contrepartie de risques non négligeables.
 
Nous ne sommes pas très optimistes sur une remontée à court terme du marché actions, pas plus que sur une amélioration du marché immobilier.
 
Doit-on s’attendre à une mise à mal encore plus importante des contrats en unités de compte cette année?
Nous sommes d’avis que les épargnants ne sont pas prêts à revenir sur le court terme aux unités de compte.
Pour encore longtemps, les fonds euros devraient être privilégiés.
 
Quels principaux arguments auriez-vous à déployer pour séduire une clientèle à la recherche d’une sécurité absolue ?
Les fonds euros des contrats d’assurance vie dans le contexte dans lequel nous nous inscrivons constituent en eux même de véritables solutions de sécurité.
Les mécanismes comptables, prudentiels et de provisions de l’assurance vie permettent une gestion de nos fonds euros avec une optique de régularité à moyen-long terme.
 
Ces mécanismes nous permettent de ne pas avoir à provisionner les moins values latentes sur les obligations, de mettre de coté des plus values latentes dégagées les années passées sur les actions lorsque les marchés étaient haussiers.
 
Nous avions au 1er janvier 2008 en réserve l’équivalent de 2,40% de taux d’intérêt sur l’ensemble de nos encours. Cela correspondait à ce que nous avions pu dégager les années précédentes et qui n’avait pas été distribué sous forme de rendement.
Nous avons pu puiser dans ces réserves pour servir le taux de rendement de 2008.
 
L’idée étant que le client nouveau, de même que le client ancien aient l’assurance d’un rendement régulier peu affecté par les mouvements violents sur les marchés financiers.
 
La baisse des taux de 2008 à 2007 va de 5 à 30 centimes selon les contrats. C’est sans commune mesure avec ce que le client aurait pu perdre sur le marché actions.
 
Même si ils peuvent être concurrencés de manière temporaire par des produits d’épargne à court terme, les contrats d’assurance vie n’en demeurent pas moins des véhicules de placement sécuritaire pour les épargnants.
 
De quelle manière appréhendez-vous la multiplication des fonds à échéance sur le marché des obligations privées ? Pour les gérants de ces fonds, la politique particulièrement accommodante des banques centrales conduira à une diminution notable du taux de rendement offert par les contrats d’assurance vie, notamment les fonds euros ?
Nous pouvons noter l’existence de multiples produits qui proposent actuellement des taux très attractifs.
Ces fonds à échéance comportent une part de risque relativement plus importante qu’un fonds euros classique.
Le capital n’est pas garanti. Le client qui veut sortir en cours de route dans un tel produit, peut se retrouver au final avec une moins value, alors que dans un fonds euros, il y a l’effet cliquet qui fait que ce qui est attribué une année donnée, ne peut pas diminuer l’année suivante en cours d’année.
 
Pour les gérants des fonds à échéance le risque concernant les grandes signatures des obligations investment grade qu’ils ont dans le portefeuille est quasi nul ? 

Il y a un an Lehman Brothers était également une grande signature. Cela n’a pas empêché la banque de faire défaut.        
Il  est vrai que les gouvernements ont clairement affirmé qu’ils ne laisseraient pas défaillir les banques de leur pays. Les garanties existent bel et bien.
Mais parallèlement le soutien de ces gouvernements aux corporates en cas de grandes difficultés n’est pas si évident que cela.
 
La politique accommodante des banques centrales ne vous inquiète donc pas ?
Pas à court terme.
Nous entendons parler d’un risque de bulle obligataire. Nous pouvons nous poser la question de ce que donneront les signatures obligataires à moyen-long terme.
On avisera à ce moment là. Et peut être qu’il sera alors temps de revenir massivement sur les unités de compte.
 
Vous pratiquez la politique du taux minimal. Soumettez-vous ce taux à des conditions particulières, notamment de nouveaux versements pendant l’année ?
Nous sommes très prudents en matière de taux minimal garanti. Comme j’ai pu vous l’indiquer il y a une grande incertitude qui pèse sur l’évolution des marchés.
 
Nous n’avons jamais pratiqué de taux garanti soumis à des conditions de réinvestissement en unités de comptes.
 
Un certain nombre de nos offres de taux garanti concerne des versements nouveaux ou des souscriptions nouvelles. 
L’objectif étant de nous positionner par rapport à la baisse du taux du livret A afin de donner la possibilité aux clients qui souhaitent le faire de transférer des sommes du livret A vers des contrats d’assurance vie.
 
Au-delà nous n’avons pas l’intention d’offrir des taux majorés sur les contrats que nous mettons à disposition. 
 
Y a-t-il des règles nouvelles que vous avez spécifiquement adoptées pour les clients qui quittent leur contrat en cours d’année ?

Pour les arbitrages de contrats euros vers les contrats unités de comptes, il y a toujours un taux minimum garanti ce qui permet au client de ne pas perdre la totalité de la rémunération.
Rien de nouveau par rapport à ce que nous avons toujours pratiqué.
 
Votre mot de la fin ?
Je suis convaincu que la collecte sur les contrats d’assurance vie en 2009 sera tout à fait satisfaisante. Les clients continueront à faire confiance à cette catégorie d’épargne.
 
Le maître mot est la diversification. Il y a lieu de constituer des portefeuilles ayant plusieurs lignes différentes afin que si une ligne venait à faire défaut cela n’impacte le rendement du fonds que de manière limitée.
 

Propos recueillis par Imen Hazgui

 

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